ENQUÊTE
SUR UN SCANDALE D’ÉTAT
Thierry de Peretti, 2021
LE COMMENTAIRE
La politique est une discipline noble, bien que sombre (cf Les Marches du Pouvoir, L’Exercice de l’État). Ce n’est pas qu’un monde de pourri·es et d’opportunistes, puisqu’il faut quand même sacrifier sa vie pour s’occuper de celle des autres – à serrer des louches sur les marchés et faire de belles promesses difficilement tenables (cf Alice et le Maire). Néanmoins, il faut passer maître dans l’art de la navigation (cf Personne n’y comprend rien).
LE PITCH
Un journaliste d’investigation pense tenir une grosse affaire.
LE RÉSUMÉ
Après une importante saisie de drogue par les Douanes, l’ancien agent Hubert Antoine (Roschdy Zem) passe à table. Il contacte un journal et propose de balancer Jacques Billard (Vincent Lindon).
Pour parler un peu crument : il m’a baisé. Il a un peu baisé tout le monde.
Jacques Billard tente quelque chose de différent.
Ce qui se passe en Espagne ne peut s’expliquer indépendamment de ce qui se passe dans nos régions. (…) Qu’est ce qu’on fait ? (…) On suit la drogue.
Ses méthodes irritent la procureure (Valéria Bruni-Tedeschi).
Non seulement vous piétinez la loi, mais en plus vous perdez le contrôle!
Quelque chose marche enfin pour lutter contre le traffic…
La fin justifie les moyens : pas avec moi!
Quelque chose ne semble effectivement pas net dans le fonctionnement des plus hautes instances. Stéphane Vilner (Pio Marmaï) prend la main. Il établit le contact avec la source afin de voir si elle est fiable. Puis il fait remonter l’information à sa rédaction qui décide collectivement d’en faire un sujet.
La seule question que je pose c est jusqu’où peut aller pour lutter contre l illegalité. Faut il etre voyou avec les voyous?
C’est parti.
Au fur et à mesure de l’enquête, Vilner en découvre de plus en plus sur Billard. Traffic d’influence. Association mafieuse. Le coup semble énorme.
La police française était au courant. Je peux même dire qu’elle participait. (…) On va faire péter la République!
Au point que les confrères de Vilner refusent de le suivre. C’est trop gros. Des collègues l’avertissent.
Tout le monde est mouillé, c’est tout.
Tu vois pas que t’as tout le monde contre toi ?? T’es tellement obsédé par la chose là, tu vois plus rien. Tu vois des complots partout…
Comme attendu, Billard porte plainte pour diffamation. L’instruction prend du temps. Dans l’intervalle, le journal a vendu du papier et Vilner sorti un livre. Ce qui lui vaut de se disputer avec Hubert Antoine.
Je vais lever le pied…
Toi tu as écrit ton bouquin. Moi, mon combat il continue.
Hubert Antoine n’assiste pas au procès car il meurt d’un cancer. Lors de l’instance, Billard se dérobe comme un beau diable, à l’image de cette drogue dont on n’arrive pas à couper les robinets.
C’est pas la police qui fait passer la drogue, elle passe toute seule. La drogue elle est partout. (…) L’important, c’est d’identifier les personnes. La marchandise en soi n’a pas d’intérêt. (…) Ça ne mène à rien cette comptabilité d’apothicaire. Vous vous focalisez sur des kilos, mais vous ne résolvez rien!
Match nul.
L’Office change de nom, mais l’organisation reste la même. Au tribunal, Julie Mondoloni (Julie Moulier) s’excuse personnellement auprès de Billard, qui sert la main à Vilner. Chacun rentre chez soi bons amis.
L’EXPLICATION
Enquête sur un Scandale d’État, ce sont des chiens qui aboient et une caravane qui passe.
Chacun·e fait sa petite comédie (cf Masques). On s’en offusque ou l’on s’en amuse. À la fin l’histoire continue et tous les protagonistes sont parfaitement dans leur rôle.
Hubert Antoine sent que Jacques Billard peut le lâcher d’un moment à l’autre. Il a besoin d’un levier empêcher Billard de le faire disparaître. Raison pour laquelle il sollicite les médias afin que l’affaire lui procure une immunité. Les projecteurs peuvent le protéger. Hubert Antoine a tout intérêt à ce que l’affaire fasse grand bruit (cf Les Hommes du Président). Il en fait des caisses.
Il a fait de l’Office, l’État français donc, le plus grand trafiquant du pays!
Du pain béni pour Stéphane Vilner qui veut grandir dans le métier. Pour cela, le journaliste a besoin de prouver à sa rédaction qu’il peut ferrer un gros poisson. Une fois qu’il a démontré la crédibilité de sa source, Vilner a lui aussi a tout intérêt à faire monter la sauce.
On est sur de la diplomatie occulte, (…) on est au delà du scandale!
Parce que le journal cherche un titre qui fasse vendre.
Donner à manger au web, c’est donner à manger à nos lecteurs!
Mais attention, ces acteurs ne font pas que brasser de l’air. Tout est réalisé avec le plus grand sérieux. Chacun croit dur comme fer dans son histoire. Hubert Antoine prend de vrais risques.
Si y a un problème, c’est moi qui mange!
Et le journal mène l’enquête de manière irréprochable.
On s’assure que le contradictoire soit respecté.
Le journal essaie simplement de poser les questions qui vont intéresser les Français.
La question c’est quoi ?
(…) Comment on fait la guerre ? C’est la seule question.
Le journal n’essaie pas d’apporter des solutions.
On ne donne pas de réponse, mais on se questionne.
Donc les chiens aboient.
Et de l’autre côté, Jacques Billard essaie de faire son business à la limite de la légalité (cf Donnie Brasco).
Quand on est dans le coeur de l’action, il arrive que l’on dépasse les limites.
Il a un pied dans les deux mondes – comme son agent Hubert Antoine.
Je suis ni d’un côté de l’autre : je suis ni un flic, ni un voyou et encore moins un trafiquant, je suis pas non plus un indic.
Tout ce beau monde est insaisissable. L’histoire tourne en rond, et elle tourne rond. C’est très bien car en réalité, personne n’attend de résolution. On préfère encore les histoires dont on ne connait pas la fin, sur fond de complot.
C’est un mensonge permanent.
Cela permet à chacun de se faire sa propre idée (cf Anatomie d’une Chute), et de faire tourner les moulins.
Vous êtes de quel côté ?
Hubert Antoine a besoin d’exister. Stéphane Vilner cherche à se faire remarquer. Ils se sont bien trouvés. Pendant ce temps, la caravane passe. Billard se faufile. Il est inquiété mais pas condamné. Ce sont les risques du métier. Il n’a pas coulé. La montagne a accouché d’une souris.
De toute façon, les lecteurs et les lectrices s’en foutent. Ils ou elles sont déjà passé·es à autre chose (cf Les Nouveaux Chiens de Garde).

