LA MALADIE DE SACHS

LA MALADIE DE SACHS

Michel Deville, 1999

LE COMMENTAIRE

On ne consulte pas au hasard. C’est qu’il y a un symptôme. On essaie de deviner un début de réponse dans le regard. L’attente interminable du diagnostic conduit à une forme de soulagement. Au moins, on sait. D’un cabinet de docteur·e, on espère toujours en ressortir avec une solution.

LE PITCH

Journal de bord d’un médecin généraliste de campagne.

LE RÉSUMÉ

Bruno Sachs (Albert Dupontel) s’est installé dans le Loir et Cher. Madame Leblanc (Dominique Reymond) s’occupe de prendre ses rendez-vous. Ses patient·es défilent.

Je viens parce qu’il parait que vous soignez bien les sinusites.

(…)

C’est ma voisine qui m’a parlé de vous.

(…)

Parce que j’ai presque soixante ans et j’aimerais bien que ça continue.

(…)

J’ai appelé pour dire que j’étais malade. Mais en fait je vais bien et j’ai besoin d’un papier.

(…)

Parce que je n’ai pas trop le choix. Les médecins moins je les vois mieux je me porte.

La voisine d’en face (Marianne Groves) espionne tous ses faits et gestes. Chacun·e en ville a son opinion sur le bon docteur.

Le docteur Sachs moi je veux plus le voir. La dernière fois il a refusé de me prescrire mon médicament contre le cholestérol. Il a dit que le cholestérol c’est moins grave que la cigarette. Moi je lui demande pas d’arrêter de fumer, je lui demande de soigner mon cholestérol. Pour qui il se prend ?! Je sais quand même mieux que lui de quoi j’ai besoin! C’est qui le malade ?

Sachs s’occupe de l’avortement de Pauline Kasser (Valérie Dréville).

Entre les problèmes de constipation des unes (Anne Fassio), ceux qui ont besoin de lubrifiant pour faire l’amour (Pierre Diot), et celles qui repasseront (Claire Hammond), Sachs est très occupé. Le docteur consigne toutes ses observations.

Elles sont drôles les femmes, elles croient être les seules à savoir…

Pauline Kasser revient au cabinet pour faire sa déclaration.

J’aimerais que vous ne me plaisiez plus, mais vous me plaisez toujours. (…) Vous avez mon numéro et mon adresse… Même ma date d’anniversaire.

Et vous, si vous voulez me joindre entre l’hôpital, le minitel ou Madame Leblanc vous ne pouvez pas me rater.

Ça manque d’imprévu…

Et de mystère…

On pourrait en inventer : je ne vous appelle pas, vous ne m’appelez pas. Si je vous croise en ville on part ensemble. D’accord ?

Ils vont finir par se croiser à nouveau. Les patient·es craignent que Sache s’en aille. Mais il est toujours là pour rassurer sa mère (Lucienne Hamon) ou M. Guilloux (Philippe Lehembre) et son cancer.

Car tous les dossiers ne sont pas légers. Sachs ne voudrait pas finir comme ces professionnels de santé dépressifs qui picolent ou qui baisent mal. C’est pour cela qu’il note toutes ses observations.

On appelle ça comment en médecine : une manie, une maladie, ou un remède ?

Le capitaine des pompiers (Nicolas Marié) l’appelle dans la soirée. Son collègue, le docteur Boule (François Clavier) est mort dans un accident de la route. Il n’avait plus l’air heureux depuis longtemps.

Pauline Kasser compulse toutes les notes de Sachs. La poésie a dépassé le secret médical.

C’est un début ou une fin ?

Un début…

L’EXPLICATION

La Maladie de Sachs, c’est une manière de tenir.

On dit que les métiers du service font partie des plus difficiles, sachant que le client est roi et que le roi n’est jamais content (cf Garçon!). Pour peu que l’on considère que le médecin soit au service de ses patient·es, alors on monte encore d’un cran dans la difficulté.

Les médecins n’ont pas une obligation de résultat, mais une obligation de moyen. C’est à dire qu’ils doivent tout mettre en oeuvre pour la guérison. Sachs ne prescrit pas du paracétamol en rafale, ou de l’amoxicilline. Il écoute.

Que puis-je faire pour vous ?

Il prend soin de ses patient·es (cf I care a lot). Son rôle est de poser des questions.

C’est de famille. Ma mère aussi était constipée.

Et à part ça ? Ça va ?

L’attention que porte Sachs à ses patient·es fait une différence. Elle est d’ailleurs appréciée – sans exagération.

Vous avez dit à ma femme : quelle que soit la maladie, on peut toujours faire quelque chose. (…) C’est pas grand chose quinze jours quand on a souffert pendant trois ans. Mais ces quinze jours là, elle vous en a toujours été reconnaissante.

Car il n’y a pas de faux-semblant dans la vie de Sachs, qui ne manque pas de drame par ailleurs. Tous les jours, il est confronté au réel dans ce qu’il a de plus incontournable. Les patient·es consultent dans une position de vulnérabilité totale.

Beaucoup affirment qu’ils ou elles ne sauvent pas des vies. En l’occurrence, Sachs sauve des vies. Il essaie de soigner, ou soulager. Parfois cela fonctionne.

En tout cas, grâce à votre piqûre je souffre beaucoup moins.

Un sourire et tout le monde est content.

Parfois, cela ne marche pas. Comment réussir à gérer la santé d’un·e patient·e qui se dégrade ? Quand on a le pouvoir de rétablir, comment accepter que tout ne soit pas toujours sous son contrôle ? Il y a les mauvaises nouvelles à annoncer à des personnes qui sont devenu·es des proches avec le temps.

Sachs est exposé tous les jours et doit parfois composer avec des patient·es qui peuvent faire aussi le choix de refuser les soins, allant à l’encontre de ce pourquoi il s’est engagé (cf Hippocrate). C’est alors lui qui doit avaler la pilule.

Faut comprendre docteur.

Toutes ces années d’études (cf Première Année) pour exercer, sans relâche, un métier qui repose sur l’empathie – dans des conditions pas forcément simples… Comment fait-on pour se protéger de la tristesse, de la colère, de l’injustice ou du désarroi ?

Certain·es professionnel·les adoptent une forme de cynisme (cf Detachment).

Ce qu’on sait, ce qu’on ne sait pas. Il faut pas s’y attacher…

Une distance nécessaire qui se transforme parfois en maladresse. Sachant que la maladresse peut blesser les patient·es, quand elle ne les achève pas tout simplement. Cette distance n’empêche pas non plus certains praticiens de souffrir, comme le Docteur Boule qui a l’impression d’avoir perdu la foi.

T’es jeune encore. J’avais oublié qu’on pouvait se faire autant de souci pour ses malades.

Sachs n’est pas cynique. Ce qui le terrifie.

Vous n’avez pas peur ?

Moi non, mais vous oui. Vous passez tout votre temps à écouter ce qu’on vous confie. Pourquoi n’auriez vous pas le droit de vous confier en écrivant ?

Comme il ne peut pas se moquer de ce qu’il fait, ni de ses patient·es, il a trouvé une autre manière de tenir : il note tous les détails sur papier. C’est sa manière. Il observe les patient·es pour ce qu’ils ou elles sont. Avec curiosité. Sans jugement. Donc il ne trahit pas leur confiance.

Le docteur a également trouvé une partenaire qui le rassure.

LE TRAILER

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