DETACHMENT

DETACHMENT
Tony Kaye, 2011

LE COMMENTAIRE

La jeune mineure regarde le jeune adulte avec envie. Il a tout ce qu’elle n’a pas : le vécu et donc le recul, la culture, la finesse, la justesse, la poésie ainsi qu’une chemise blanche parfaitement propre. Lui de son côté fait mine de ne pas la voir. Il ignore volontairement la fraicheur de cette jeune fille naïve, en bon adulte responsable qu’il est car il sait que c’est puni par la loi (cf Un moment d’égarement).

LE PITCH

Un jeune professeur assure l’interim.

LE RÉSUMÉ

Henry Barthes (Adrien Brody) prend un poste de remplaçant dans un lycée difficile (cf Entre les Murs). Il se retrouve immédiatement confronté au désintérêt ou à la violence de ses élèves. C’est le lot de tous les enseignants, y compris Sarah Madison (Christina Hendricks) qui est victime d’une agression de la part d’une de ses élèves. La manière qu’Henry a trouvé pour gérer cette situation, c’est le détachement. Il déambule comme un zombie et ne répond pas aux provocations, comme s’il était absent.

That bag. It doesn’t have any feelings. It’s empty. I don’t have any feelings you can hurt either ok?

Il est appelé en pleine nuit par l’hôpital pour venir en aide à son grand-père (Louis Zorich) qui souffre de démence. En rentrant chez lui, Henry est interpellé par une prostituée mineure après qu’elle se soit faite frapper par un client.

Les jours se suivent et se ressemblent au lycée. Mr Seadbolt (James Caan) essaie de sauver des ados en perdition au cas par cas. Il semble qu’Henry soit parvenu à captiver l’attention de la jeune Meredith (Betty Kaye).

En rentrant de l’hôpital où il est allé rendre visite à son grand-père, Henry croise de nouveau Erica (Sami Gayle), la jeune prostituée et décide de l’inviter chez lui.

Au lycée, tout le monde est à bout de nerfs. La conseillère d’orientation (Lucy Liu) n’a plus de solution. M. Wyatt (Tim Blake Nelson) perd les pédales. Et la directrice (Marcia Gay Harden) fait mine d’avoir la situation en main.

Erica accompagne Henry à l’hôpital. Le grand-père d’Henry a fait une crise cardiaque et vit ses dernières heures. Il est en pleine hallucination. Henry se fait passer pour sa mère et pardonne à son grand-père d’avoir été ‘méchant’. Quand il était petit, la mère d’Henry l’obligeait à fermer sa porte de chambre à clé pour éviter que son grand-père ne lui rende visite…

Après la classe, Meredith se confie à Henry. Elle est en souffrance. Sarah les surprend et tire des conclusions hatives, ce qui rend Henry absolument furieux. De retour à la maison, il fait appel aux services sociaux pour qu’ils s’occupent de Erica. Cette situation n’est pas saine. La séparation se fait dans la douleur.

You’re good and gentle, you’re the most kind… I love you Henry. Don’t let them take me, please nooooooooo, you’re all I have, please don’t let me go!

Le dernier jour est arrivé. Meredith n’est pas en classe. Elle attend tout le monde dans la cours avec des muffins qu’elle a préparés. Le sien est empoisonné. Elle se suicide ainsi devant tout le monde. Personne n’a rien vu venir (cf Polisse).

Barthes rend visite à Erica au dispensaire.

Puis il enchaîne dans une autre école, où il lit une nouvelle d’Edgar Poe à ses élèves, à mesure que la classe se fane.

Detachment-Movie-Review

L’EXPLICATION

Detachment, c’est ne plus vivre comme un vacataire (cf Substitute).

Nous ne vivons plus à l’état sauvage et malgré tout la vie reste extrêmement violente. Il s’agit simplement d’une violence d’un nouveau genre, à laquelle nous tentons de nous habituer. On doit composer avec nos rêves qui se sont envolés (cf Hollywoodland). On doit se remettre de certains traumatismes. On doit faire face à la mort. Et puis on manque d’argent, de considération, d’amour, de temps. On manque d’un peu tout. Disons que nous sommes très loin d’atteindre les objectifs que la publicité cherche à nous vendre (cf 99 Francs).

It’s a marketing holocaust.

Certes, ce n’est pas pire que l’époque où on chassait le mammouth. Mais le poids de toute cette frustration est énorme, surtout quand nous le transmettons à nos enfants. Ils plient sous la charge. La conséquence est qu’ils manquent d’envie. De découvrir. Et d’apprendre. Ils se protègent eux-aussi, avec violence.

Kids don’t have any attention span. They’re bored. So how you supposed to reel them in with classic literature if they don’t believe that you have something meaningful to share.

Dans ce contexte délicat, on peut faire comme Mère Teresa et consacrer sa vie entière pour les autres. N’est pas mère Teresa qui veut (cf Biutiful).

Ou alors on peut décider de faire cavalier seul. On pense à soi. Sa petite carrière. Ses petites vacances. Le monde peut bien s’écrouler, peu importe. L’essentiel est que nous puissions sauver notre peau (cf The Pianist). Chacun sa merde.

Ou alors on essaie la voie de la neutralité, en vivant détaché. On ignore la prostituée qui fait une fellation à l’arrière du bus. On encaisse les insultes sans répondre. On jure au SDF qu’on n’a pas de monnaie. On fait comme Henry, le professeur remplaçant, qui vit comme un courant d’air.

Y’know it’s funny, I spend a lot of time trying to not have to deal… to not really commit. I’m a substitute teacher, there’s no real responsibility to teach. Your responsibility is to maintain order, make sure nobody kills anybody in your classroom, and then they get to their next period.

C’est à l’image de la démission générale constatée par les professeurs du lycée, un soir de réunion parents-profs déserté par les parents d’élèves.

Where are all the parents??

Henry est très sensible. Il n’est pas prof de littérature pour rien. Ce qui veut dire qu’il ressent le monde avec beaucoup d’émotions. S’il tentent à sa manière de fermer les yeux, il ne peut échapper à lui-même. Il est trop sensible pour vivre détaché. Sa propre attitude l’attriste. Il est devenu une non-personne qui ne vit pas. Les mots de son grand-père résonnent :

Some old people sleep a lot before they die. Isn’t that silly?

Henry a préféré débrancher la prise. Il est en veille. À la dérive. Ce n’est pas un hasard s’il rencontre Erica la prostituée.

I am money. I change hands like a dollar bill that’s been robbed.

Leur rencontre lui sert d’électrochoc. Il veut aider Erica… pour mieux s’aider lui-même (cf Welcome), pour assumer sa responsabilité.

We have such a responsibility to guide our young so that they don’t end up falling apart, falling by the wayside, becoming insignificant.

Pour y arriver Henry doit accepter de pardonner à son grand-père, coupable d’attouchement sur sa fille. En partie responsable de son suicide. En partie responsable du fait qu’Henry vive seul.

Henry doit accepter la violence du monde et la douleur qui vient avec. Nous avons tous notre sac de cailloux. Nous nous sentons tous pris au piège. Ce monde, si nous ne pouvons pas le transformer en paradis, au moins nous pouvons essayer de le rendre vivable. Et puis on peut ne pas y arriver. Henry doit accepter cette idée également. Le poids est trop lourd pour Meredith qui décide de se suicider. C’est tragique et ça n’est pas la faute d’Henry.

Le corps enseignant est au bord de la rupture en permanence. Ils ne craquent pas. Ils essaient. Le véritable échec serait de baisser les bras. Nous n’avons pas le droit.

We’re failing in the sense that we have let everyone down, including ourselves. 

Tout est toujours à refaire.

You don’t get tired of moving around all the time?

Nous ne pouvons pas en avoir assez. Nous ne pouvons pas nous en moquer. Que les enfants du vide (cf Raphaël Glucksmann) que nous sommes essaient de sortir de l’impasse. Il y a trop de challenges qui nous attendent aujourd’hui pour que nous fassions semblant de rien. Soyons un peu civilisés, c’est à dire professionnels. Si nous ne sommes que de passage, faisons au moins du travail correct.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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