THE COWBOY
AND THE FRENCHMAN
David Lynch, 1988
LE COMMENTAIRE
Les Cowboys sont issus d’une longue lignée de garçons vachers, héritée des vaqueros aux origines ibériques. Ils sont ceux qui possèdent leur terre et cultivent leur élevage. Dans l’imaginaire collectif, la figure du cowboy inspire la liberté. Si ses jeans, sa chemise à carreau et son bandana vont inspirer la mode occidentale, il n’en reste pas moins un gros plouc (cf L’Ami Américain).
LE PITCH
Les opposés se rencontrent dans le fin fond de l’Ouest américain.
LE RÉSUMÉ
Slim (Harry Dean Stanton) s’occupe tranquillement des affaires de son ranch. C’est un jour comme un autre. Jusqu’à ce que Dusty (Tracey Walter) et Pete (Jack Nance) n’attrapent un intrus.
What the hell Pete?!
Les deux cowboys viennent de capturer un homme étrange, avec un béret et une moustache.
Monsieur, s’il vous plait, laissez moi vous expliquer la gravité de ma situation.
L’inconnu parle une langue encore jamais entendue dans cette contrée reculée d’Amérique.
I can’t understand a damn word he’s saying!
Slim est de toute façon sourd comme un pot. Cela ne fait pas une grande différence pour lui. Il exige que ses hommes fouillent l’inconnu. En vidant son sac, Pete et Dusty trouvent de drôles d’affaires :
- quatre bouteilles de vin rouge
- deux baguettes
- deux paquets de Gauloises sans filtre
- une carte postale de Paris
- un fromage qui pue
- des escargots
Mes trésors, tous mes trésors…!
Slim est dégoûté par ces trouvailles.
That’s awful.
Les hommes trouvent la lettre de sa fiancée, mais il ne parviennent pas à la lire.
This could explain some things maybe… Maybe not.
C’est lorsqu’ils découvrent des frites dans son sac que Slim comprend tout.
He’s got french fries! Well, by hell! I bet you a nickel we got ourselves a Frenchman here!
L’inconnu s’appelle Pierre (Frederic Golchan). Il est Français. Slim a de la sympathie pour la France, pays pour lequel les Américains sont allés se battre lors de la Première Guerre Mondiale (cf Les Sentiers de la Gloire).
Untie this boy!
Pierre parle de son amour pour New York, la ville de Sinatra.
La nuit venue, les hommes font la fête autour d’un feu de camp sur fond de musique country et de french cancan, en bonne compagnie.
Voulez vous… coucher… avec moi ce soir?
C’est une idée!
Pierre est l’invité d’honneur.
Vive le France!
Le lendemain matin, Slim informe Pierre qu’il convoite son sac en cuir.

L’EXPLICATION
The Cowboy and the Frenchman, c’est une diplomatie improvisée.
Jusque là, la diplomatie était l’apanage d’une élite (cf Les Vestiges du Jour). Les affaires étaient discutées en hauts lieux entre hommes rompus à cet exercice si particulier. Des décisions importantes étaient ainsi prises dans la fumée de gros cigares ou noyées dans le whisky, qui allaient avoir des conséquences majeures sur l’ordre mondial.
C’est ainsi que des peuples se sont affrontés, sans avoir la courtoisie élémentaire de se présenter au préalable (cf 1917). On tire d’abord, et on parle ensuite.
Go through his bag before we kill him.
À l’étage du dessous, tout reposait sur des idées reçues. Le peuple français se faisait une idée pitoyable des Boches. Quant aux Américains, mieux vaut ne pas savoir ce qu’ils pensaient des Japonais (cf La Ligne Rouge). Et réciproquement. On a vu ce que les choses ont donné entre les Yankees et les natifs (cf Danse avec les Loups).
Une bonne raison pour les diplomates de garder la main mise sur ces sujets de la plus haute importance (cf À la Poursuite d’Octobre Rouge). Il fallait ne pas considérer l’autre comme un barbare. Maîtriser le sens de l’Histoire pour accepter les différences, dépasser les clichés et oeuvrer ensemble un projet commun (cf Babel).
Les peuples seraient évidemment trop idiots pour y parvenir par eux-mêmes, trop sourds aux revendications étrangères (cf Avatar).
I’m going to tell you one more time boys, and I’m going to tell you plain.
Ils ne seraient pas suffisamment à l’écoute et ne sauraient évidemment pas trouver les mots pour faire passer leurs idées (cf Pocahontas).
Damn!
Quand les peuples se rencontrent, cela peut pourtant donner lieu à de beaux moments d’échange. Que peut-il se passer quand un Cowboy rencontre un Français ? Quand l’homme d’action se mesure au raffinement…
La poésie a pris vie.
What?! (…) Damn boys, this may be some kind of dol dang alien spy…
Deux conceptions du monde qui n’ont rien à voir. Les cowboys tirent sur les oiseaux que le Français aime à voir sortir de leur cage.
C’était juste un oiseau…
Alors que le Français est plutôt délicat et tout en nuances, le cowboy se montre brutal.
What the hell!
Pierre ne constitue pas une menace. Malgré tout, il est immédiatement attaché par ses hôtes qui instaurent un rapport de force.

Il faut un élément déclencheur aussi bête que quelques frites pour permettre le dialogue. Pierre en profite pour proposer un peu de sa culture.
Un petit morceau de fromage ?
Il ne faut cependant pas brûler les étapes. Le cowboy et le Français apprennent à trouver leur rythme, petit à petit. Ils font sans le savoir de la diplomatie, sans avoir reçu de formation. Et cela fonctionne tant bien que mal. En tout cas, on n’est pas si loin de la poignée de main virile entre Donal Trump et Emmanuel Macron.
Les Américains sont amusés par cet homme qu’ils considèrent comme un marginal. Tandis que Pierre est simplement curieux de découvrir une nouvelle facette de ce continent gigantesque qui ne se résume pas seulement à la côte est.
La diplomatie par le bas est possible car la rencontre est éphémère. Attention. Les vieux réflexes remontent très vite à la surface. Dès le lendemain matin, Slim l’impérialiste lorgne tout de suite sur le sac de Pierre.
Cela aurait-il d’ailleurs aussi bien fonctionné si Pierre n’avait pas été ce Français distingué ? Que ce serait-il passé s’il avait été mexicain (cf Sicario) ? La présence de Broken Feather (Michael Horse), le peau rouge démuni de sa terre par les cowboys, suffit à rappeler que les équilibres sont fragiles. Il ne faut pas déconner trop longtemps non plus. Un mot de travers peut justifier une balle perdue.