LE MAGE DU KREMLIN

LE MAGE DU KREMLIN

Olivier Assayas, 2026

LE COMMENTAIRE

Un numéro 2 est contraint de se mettre au service du numéro 1. C’est le jeu. Quoiqu’il fasse, il vivra toujours dans l’ombre du leader. Mais s’il n’a pas l’ambition de prendre la place un jour, alors à quoi sert-il vraiment ?

LE PITCH

Un jeune producteur TV se retrouve conseiller du Tsar.

LE RÉSUMÉ

Rowland (Jeffrey Wright), un auteur américain, se rend à Moscou où il est connu pour être un spécialiste d’Evgeni Zamiatine. Il reçoit une mystérieuse invitation de Vadim Baranov (Paul Dano) afin d’évoquer l’écrivain dissident. Ce qui donne surtout à Baranov une excuse pour parler de sa propre vie.

Dans les années 90, Baranov s’est construit sur les ruines de l’empire soviétique. Avec sa compagne Ksenia (Alicia Vikander), il ambitionne de refaire le monde.

Communism is dead. There is a whole new world to invent!

Ksenia quitte Baranov pour l’oligarche Dmitry Sidorov (Tom Sturridge). Après cette séparation, Baranov devient producteur pour une chaîne de TV (cf Confessions d’un Homme dangereux). C’est ainsi qu’il rencontre un autre oligarche Boris Berezovsky (Will Keen), si proche du pouvoir qu’il est connu pour faire la pluie et le beau temps.

It’s up to TV to show the way!

Berezovsky songe à Vladimir Poutine (Jude Law) pour remplacer le président Eltsine en déclin.

We will promote you as a new brand of politicians!

Poutine rencontre le protégé de Berezovsky et décide d’en faire son conseiller spécial. Baranov va accompagner Poutine partout à tel point qu’on le considère comme le nouveau Raspoutine. Il donne son avis sur la guerre en Tchétchénie, la déstabilisation de l’Europe, l’organisation des jeux de Sotchi jusqu’à l’annexion de la Crimée.

We need to take control.

Jusqu’à ce que le Tsar se lasse.

I played my role, I was no longer of any use.

Bien que n’ayant commis aucune erreur, ni trahison envers Poutine, Baranov se retrouve sur la liste noire des pays étrangers. Il est contraint de rester en Russie.

Depuis la naissance de sa fille qu’il a eue avec Ksenia, Baranov a l’impression d’avoir peur pour la première fois de sa vie.

I realized my life is in her hands, not the other way around.

Après le départ de Rowland, Baranov se fait sauter le caisson.

L’EXPLICATION

Le Mage du Kremlin, c’est de la magie noire.

On ne voit pas les spin doctors. Pourtant, ces éminences grises influencent clairement les discours dans les grandes lignes et soufflent les punchlines (cf Les Marches du Pouvoir). Tant et si bien que les membres de la cour voient en eux des magiciens capable d’ensorceler n’importe quel dirigeant. Les spin doctors suscitent bien des jalousies de par leur capacité à être dans les petits papiers du chef suprême – ou de la directrice.

Vadim Baranov a ce talent : il captive l’attention de Poutine grâce à sa lucidité. Par ailleurs, il n’a pas peur de dire ce qu’il pense. Vladimir Poutine apprécie. Le dirigeant comprend qu’avec Baranov sous son aile, il pourrait vite atteindre les sommets.

Baranov se laisse emporter par Poutine dans le tourbillon du pouvoir. En Russie plus qu’ailleurs, le pouvoir dépasse tout, même l’argent.

What matters in Russia is your proximity to power.

Un pays à l’ancienne. Ce qui déstabilise profondément l’Occident où les milliardaires corrompus ne se font pas inquiéter, encore moins mettre en prison (cf Inside Job). Poutine s’en moque. Ceux qui ne lui plaisent vont faire un tour en Sibérie.

The oligarchs ripped everything they could. Russia needed order.

Les règles ont changé. On en revient aux bonnes vieilles méthodes issues du Stalinisme. Le nouveau Tsar est craint. Il se charge de rappeler aux oligarques que personne n’est à l’abri.

Money can’t protect you from everything.

Poutine ré-instaure le culte du chef. Il renforce la fonction présidentielle en mettant les milliardaires au pas, quand d’autres pays voient leurs milliardaires placer leur pantin à la tête du gouvernement (cf Le Casse du Siècle).

Baranov, encore jeune idéaliste, se soumet littéralement à ses ambitions, trop content qu’on lui donne les manettes tout en ayant le confort d’être assis sur le siège passager. Il devient co-pilote (cf Vice, des Hommes d’Influence).

Stop making stories, start inventing reality.

Au début, Baronov profite pleinement de ce jeu politique dans lequel il excelle.

Politics is the only game worth playing.

Il se place bien, en jouant sa partition à merveille. C’est désormais lui qui porte les bonnes ou les mauvaises nouvelles à Berezovsky, son ancien patron. Lui qui suggère l’artiste qui se produira en concert à Sotchi pour la cérémonie d’ouverture. Encore lui qui considère que la meilleure manière de semer le trouble en Europe passera par l’abrutissement des masses, non la politique.

We need idiots!

Baranov change régulièrement de direction et en profite ainsi pour neutraliser ceux qui pourraient lui faire de l’ombre. Sa technique est imparable : attiser des feux jusqu’à ce que le continent entier se mette à brûler. En nourrissant les passions opposées des uns et des autres, il fait de la magie noire. Il ne lui faudra guère de temps avant de faire vaciller les démocraties européennes.

A wire : we twist it one way and another until it breaks. (…) They’ll go insane!

Baranov donne l’impression de surnager dans ces eaux troubles (cf Swimming with Sharks). Il s’y est abîmé malgré tout. Sa chute en enfer est interminable. Car Poutine est loin d’être une girouette. À la fin, c’est lui qui décide de tout. Lorsque Baranov pense qu’il serait judicieux de sauver les derniers marins du Kursk, Poutine ne bouge pas le petit doigt. L’ancien agent du contre-espionnage commande à la dure et envoie un signal fort à ses opposants. On ne se raconte plus d’histoires, on fait l’actualité. Quand la situation exige un arbitrage, Poutine fait preuve de fermeté.

Nobody believes advertising anymore. (…) We’re here to produce results!

Baranov ne peut que constater l’autoritarisme du président. Cependant, il sait aussi que les Américains font la même chose. Seulement, les élections truquées dérangent davantage lorsqu’elles se produisent en Géorgie que lorsqu’elles se passent en Irak.

Baranov en vient à se demander s’il est possible pour la Russie d’exister dans ce monde sans un homme fort. En absence d’alternative, il se résigne.

Tout conseiller vit au dépens de celui, ou celle, qui l’écoute. Et Poutine ne l’écoute plus. Dans ses dernières années, le magicien Baranov réalise à quel point il s’est trahi. Lui qui voulait un acteur du nouveau monde n’aura été qu’un simple collaborateur, spectateur du retour de l’ancien monde.

I want to be part of my times, not just a witness.

You know what, I leave my times to you with no regrets.

Il est mis sur la touche, coincé dans sa belle résidence et anxieux qu’il arrive une bricole à sa fille. La paranoïa de Poutine a fait de Baranov un magicien sombre. Le conseiller particulier finit par se tirer une balle dans la tête car il n’en peut plus. Baranov rappelle que l’on peut-être Russe et sensible à la fois. Rappel que s’il y a des Prigojine, il y a aussi des Jivago.

LE TRAILER

Cette explication de film n’engage que son AUTEUR.

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