THE REVENANT

THE REVENANT
Alejandro González Iñárritu, 2015

LE COMMENTAIRE

Les antibiotiques, c’est pas automatique. Et c’est vrai. Ça devrait pas l’être en tout cas. Quand les pionniers du début du XIXe siècle se baladaient tout trempés dans les bois par -10°, ils devaient bien finir par choper des angines. Il n’y avait pourtant pas d’Augmentin à l’époque. Comment faisaient les pionniers du début du XIXe siècle sans amoxicilline? Ils n’en faisaient pas toute une histoire. Ce qui nous amène à la cruelle vérité qu’avec le temps nous devenons de plus en plus fragiles.

LE PITCH

Hugh Glass (Leonardo DiCaprio) revient de l’enfer pour se venger de John Fitzgerald (Tom Hardy).

LE RÉSUMÉ

Dans une Amérique encore sauvage, une bande de trappeurs se fait surprendre par une tribu indienne et doit battre en retraite en subissant de lourdes pertes. Quelques hommes s’en sortent, dont Glass et Fitzgerald qui ne prendraient pas leurs vacances ensemble (s’ils pouvaient en prendre). Peut-être parce que Hawk (Forrest Goodluck), le fils de Glass, est Amérindien et que Fitzgerald ne porte pas les étrangers dans son cœur.

Glass parti à la recherche de gibiers va se faire violemment attaquer par une maman ours. Plus qu’à moitié entamé, Glass ralentit la progression du groupe alors que les conditions sont déjà extrêmes. Devant rejoindre Fort Kiowa au plus vite mais ne pouvant se résoudre à achever Glass qu’il considère comme son meilleur élément, le responsable de l’expédition Andrew Henry (Domhnall Gleeson) promet une récompense à trois hommes pour veiller sur Glass pendant que les autres rejoignent le camp. Attiré par l’argent, Fitzgerald se porte volontaire pour venir en aide à Hawk et Bridger (Will Poulter).

Une fois seuls, Fitzgerald tue le fils et essaie de se débarrasser du père, avant de l’abandonner dans un trou. Quand il rejoint Fort Kiowa, il explique à son patron qu’il a été contraint d’achever Glass comme c’était à craindre.

Sauf que Glass est un dur à cuire. Il se sortira littéralement de sa tombe pour rejoindre le camp tant bien que mal, un pied cassé et handicapé par des plaies suppurantes, aidé par un Indien, pourchassé par d’autres. Glass de retour à Fort Kiowa, Henry tombe des nues et décide de punir Fitzgerald qui s’est fait la malle entre temps, emportant la recette de la trésorerie (faisant de lui un voleur, en plus d’être un assassin et un raciste).

Glass tient à accompagner Henry pour faire la peau à Fitzgerald. C’est son métier. Et en plus il n’a plus rien à perdre.

I ain’t afraid to die. I’d done it already.

C’est Glass qui finira par attraper ce bougre de Fitzgerald. Il ne se fera pourtant pas justice lui même et préférera offrir Fitzgerald aux Indiens qui se feront un plaisir de s’occuper de son scalp.

Revenge is in God’s hand, not mine.

dans-the-revenant-la-nature-est-aussi-belle-qu-hostile

L’EXPLICATION

The Revenant c’est garder la tête froide.

On est assez loin de la réalité des cow-boys aux dents blanches et des indiens aux peintures parfaites telle qu’Hollywood la fantasmait dans les années 50. La réalité est à l’état brut et le monde à l’état parfaitement sauvage. Tout le monde essaie de voler tout le monde. Les trappeurs Français ont l’impression de se faire voler par des Indiens qui se sont eux-mêmes fait voler ni plus ni moins que leur fille, ainsi que leurs peaux et tout simplement leurs terres. Fitzgerald vole sa cagnotte à Henry. Même les loups finissent par se faire voler leur bison! Impossible de garder la main sur ce qu’on croit être en sa possession. On comprend pourquoi les États-Unis feront plus tard de la propriété privée un amendement de leur Constitution avec lequel on ne rigole pas.

Face à cette sauvagerie, l’homme a le choix de se comporter comme un animal (Fitzgerald) en ne pensant qu’à ses petits intérêts personnels ou il peut agir avec bienveillance (comme Glass) en pensant aux autres. La différence est infime et l’homme peut basculer du mauvais côté à la moindre bourrasque de vent. D’où l’importance de savoir résister dans la difficulté.

When there is a storm. And you stand in front of a tree. If you look at its branches, you swear it will fall. But if you watch the trunk, you will see its stability.

Glass c’est la conscience de Fitzgerald, qui finit toujours par le rattraper. Fitzgerald essaie d’enterrer sa morale et la fait passer pour morte. Elle refait surface. Tel un coupable Fitzgerald tente sans cesse de se cacher derrière des excuses. Il finit par se faire coincer par un (plexi)Glass que ni la neige ni les flèches ne parviennent à briser.

Alors que Glass sérieusement amoché par un ours, moins sa femme et son fils, a toutes les raisons de s’arrêter de courir ; il retrouve un second souffle. On peut penser qu’il est porté par l’énergie du désespoir. Ce n’est pas la vengeance qui habite Glass. La preuve, il donne Fitzgerals aux Indiens. C’est la sagesse de sa femme qui le guide. Glass continue de se battre pour sa femme et son fils disparus. Il pense avoir tout perdu. Il a en fait tout gagné. Sa femme et son fils sont avec lui pour toujours et l’aide à endurer des souffrances infâmes. Ainsi on pense à tort que les participants à l’Iron Man ne sont qu’une bande de sado-masos qui aiment en chier alors qu’en fait pas du tout, ils le font pour leurs femmes (ou leurs maris) et leurs gosses.

Glass a emprunté la devise de sa femme pour en faire la sienne (parce que Glass n’est pas un voleur lui).

As long as you can still grab a breath, you fight. You breathe. Keep breathing.

Aragon n’était pas allé assez loin quand il affirmait que la femme est l’avenir de l’homme. C’est son GPS.

Comme quoi aussi il faut toujours continuer de se battre, même quand il fait froid et qu’on a les indiens aux fesses. Et ne jamais désespérer dans le cas de Powaqa (Melaw Nakehk’o) qui se fait violer à tour de rôle par des Français qui n’ont clairement pas ouvert aucun livre de Voltaire. Souhaitons au passage que les colons qui partiront à la découverte de Mars ne soient pas des adeptes de la télé-réalité et de Patrick Sébastien. En tout cas, si on s’accroche, on obtient toujours sa récompense qu’il s’agisse d’une médaille en chocolat ou de sa paix intérieur. Encore faut-il se battre pour les bonnes raisons.

Le problème de Glass c’est qu’il est revenu de nulle part sans qu’on sache vraiment où il aille. Et c’est là où la femme déconne, comme c’est souvent le cas avec les GPS. C’est dommage parce que ça ferait vraiment mal au cœur de se dire que Glass a fait tout ce trajet pour rien.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

4 commentaires

  • « […] par des Français qui n’ont clairement jamais ouvert aucun livre de Voltaire […] »

    Les tentatives de colonisations françaises du continent américain débutent au XVIème siècle. Celles de l’Alaska débutent quant à elles en 1704.

    Voltaire est né en 1694.

    Ils n’en ont clairement jamais lu. Néanmoins, il est difficile de lire des livres qui n’existent pas encore.

    • « Pour l’historien Gilles Havard, The Revenant reconstitue fort bien tout ce qui relève de la culture matérielle: costumes, équipement de survie, armes à feu, apprêtement des peaux, bateau à quille, fortin, villages amérindiens, etc. En revanche, il relève quelques anachronismes eu égard aux préoccupations et aux univers sociaux retranscrits dans le film, ainsi que des clichés de la culture populaire américaine à l’endroit des étrangers, en particulier francophones. »

      On n’est donc pas à une approximation près.

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