GERMANIA ANNO ZERO

GERMANIA ANNO ZERO
Roberto Rossellini, 1947

LE COMMENTAIRE

Les scientifiques ont affirmé une bonne fois pour toute qu’Hitler se serait bien doublement suicidé, avec du cyanure et d’une balle dans la tête. Histoire de ne pas laisser la place au doute. Pas de doute non plus sur le fait qu’il avait promis à ses jeunesses un Reich de 1,000 ans et qu’il les a abandonnées dans des villes en ruines. Il a transformé les jeunes Allemands en zombies.

LE PITCH

Le jeune Edmund (Edmund Meschke) tente de se reconstruire après la 2e Guerre Mondiale.

LE RÉSUMÉ

Les Kohler vivent péniblement chez Monsieur Rademacher (Hans Sangen). Les familles sont obligées de partager leurs appartements. Le père (Ernst Pittschau) se meurt. Karl-Heinz (Franz-Otto Krüger), ancien officier de la Wehrmacht se cache. Eva (Ingetraud Hinze) sort avec ses copines dans l’espoir de ferrer un allié. Le petit Edmund pique du charbon et se fait arnaquer sur le marché noir. Il essaie de faire de son mieux pour venir en aide à sa famille mais il galère, comme tout le monde.

Repéré par son ancien instituteur pédophile, Monsieur Henning (Erich Gühne), Edmund est instrumentalisé.

Tu es un beau et solide gaillard…

Le père d’Edmund est miraculeusement envoyé au dispensaire ce qui lui permet de se refaire une santé. L’embellie est de courte durée. De retour à la maison, il souffre à nouveau de la misère et du manque de nourriture. Il se lamente.

Je redeviens un fardeau pour vous. Je suis condamné à vivre…

Edmund met fin au calvaire de son père avec du thé empoisonné, après avoir mal interprété le cynisme de Henning – digne de celui du SAMU de Strasbourg.

On ne peut lutter contre son destin.

Et s’il meurt?

Nous mourrons tous un jour.

Il en avertit aussitôt son ancien instituteur qui ne veut surtout pas endosser la responsabilité de ce crime. Devant la tristesse de son frère et sa soeur, Edmund s’enfuit. Il erre seul dans les décombres. Les enfants de son âge refusent de jouer au foot avec lui. Désespéré, il se jette finalement du haut d’un immeuble.

allemagne

L’EXPLICATION

Allemagne Année Zéro, c’est le passage au compteur Linky.

En 1945, l’Allemagne souffre.

Malade, malade… nous le sommes tous!

Berlin ne ressemble pas exactement à la ville de lumière de Gold. La capitale déchue est dévastée. Tout est à reconstruire. Après avoir vécu un régime dictatorial plutôt strict, il n’y a désormais plus de règle. Chacun est livré à son compte. L’inflation galope. Les fortunes ont fondu comme neige au soleil. Edmund, le petit Aryen à qui on avait promis la gloire hérite d’un jouet cassé. Il a perdu son statut d’Übermensch. L’Allemagne est repassée à l’état de nature où les faibles laissent la place aux forts : on se croirait dans une étape Alpestre du Tour de France. Le tri par l’arrière. On se débrouille comme on peut. On ne se fait pas de cadeau.

Nous subissons tous les gémissements de ton père. Qu’il crève et qu’on ait la paix!

En plus, l’Allemagne de l’époque ne peut pas profiter du travail de Coluche, le penseur de l’altruisme moderne et papa des Restos du Coeur. L’Allemagne n’a pas non plus Jean-Jacques Goldman, ce chansonnier de génie qui met le dépassement du chacun pour soi en musique (cf Quand je pense à toi, je pense à moi). L’Allemagne se débat dans la grisaille. Tout juste arrive-elle à compter jusqu’à huit. Elle marche seule.

Je crois pas à l’aide d’autrui.

Les Allemands paient le prix fort, d’autant qu’ils n’étaient pas tous Nazis. La preuve : le père d’Edmund a toujours refusé d’envoyer son fils aux jeunesse hitlériennes. Les Allemands ont juste eu le tort de se sont saouler aux belles paroles du Führer. En 1945, ils ont la gueule de bois. Ils font l’amère expérience de l’ironie de la vie. Ce gaz dont ils ont abusé pour supprimer les Juifs les asphyxie désormais.

C’est invivable : D’abord le gaz, ensuite l’électricité.

Et ils sont contraints de reconnaître que le travail ne rend pas libre, contrairement à ce qu’ils ont essayé de faire croire à des millions de déportés.

Quel sale boulot!

Boulot? C’est de l’esclavage. J’étais un homme, un national socialiste. À présent on dit ‘Nazi’.

Les Allemands ont fait l’erreur de laisser les clés du camion à un fou qui n’avait pas son permis de conduire (Hitler n’était même pas Allemand) et ils se sont pris le mur. Ils ont été lâches et égoïstes à l’image de Karl-Heinz qui vit caché. Ils n’ont pas pris leur responsabilités et sont contraints de subir un reboot nécessaire du système.

J’aurais du m’insurger mais j’étais faible. Nous avons prévu le désastre sans l’empêcher. Nous en voyons les conséquences.

L’Allemagne passe donc d’une réalité de compteur à une autre. Le futur tendait les bras à Edmund, le jeune et bel Aryen. Au lieu de ça, il doit composer avec un autre monde. Ce sont de nouvelles habitudes qu’on lui impose. Au début ça râle. On porte plainte. On croit qu’on se fait arnaquer. On se fait d’ailleurs arnaquer comme Edmund qui récupère 2 boites de conserve plutôt que 300 Mark contre sa balance. Alors on truande l’EDF. On se soustrait aux passages du contrôleurs. Et puis à un moment, comme le disait le père d’Edmund, ça ne suffit pas de se lamenter. Il faut se débrouiller. Si tous les Allemands avaient fait comme Edmund en se jetant dans le vide, alors le pays n’auraient pas gagné autant de Coupes du Monde de foot. L’Allemagne ferme sa gueule et serre les dents. Elle se remet au travail, avec ses nouveaux compteurs d’électricité. Elle avale la pilule, paie ses factures Linky sans broncher, encaisse les ondes électromagnétiques. Et puis elle se relève et trinque fièrement pour la fête de la bière.

L’Allemagne est repartie de zéro, c’est le cas de le dire. Et ça ne l’a pas empêchée de se relever telle un Phoenix. Il y a eu le miracle économique, puis la réunification politique de 1989. Volkswagen s’est pris le Dieselgate dans les enjoliveurs et s’en est remis comme si rien ne s’était passé puisque la compagnie a annoncé des bénéfices records en 2018. Une question se pose : comment font-ils? Les choses sont-elles si roses? L’Allemagne ne garde-t-elle pas une face cachée…?

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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