SATYRICON

SATYRICON

Federico Fellini, 1969

LE COMMENTAIRE

Difficile d’imaginer à qui pourrait ressembler la mort. On l’a représentée lugubre sous les traits d’un squelette revêtu d’une cape et armé d’une faux. Pourquoi la mort ne pourrait-elle pas prendre les traits d’une irresistible jeune femme souriante? Qui a dit qu’elle nous voulait du mal? À quoi bon toujours imaginer le pire?

LE PITCH

Deux étudiants Romains se disputent leur esclave.

LE RÉSUMÉ

Encole (Martin Potter) est remonté contre Ascylte (Hiram Keller) car il lui a charmé son esclave, le jeune Giton (Max Born).

J’ai donné mon coeur à un amour cruel.

Le jeune homme descend dans les sous-sols de Suburre pour s’expliquer avec Ascylte après l’avoir copieusement injurié. Grosse colère. Quelques claques plus tard, ils décident de faire moitié – moitié.

Partageons nos bien en commun, ce sera toujours mieux que rien.

Soit! Partageons nous affaires.

Encole arrache Giton des griffes du théâtral Vernacchio (Fanfulla) qui l’avait acheté pour la modique somme de trente deniers.

Encolpe est invité à l’orgie de Trimalcion (Mario Romagnoli) un esclave affranchi qui a fait fortune. Une nouvelle dispute éclate avec Eumolpe (Salvo Randone), un poète qui ne supporte pas quand Trimalcion se réapproprie les vers des autres.

Les temps sont durs pour nous poètes. Écoute ces vers lucides : ‘Seul compte le hasard, le destin mène la danse, la fortune est sans égards, buvons au nez des circonstances.’ C’est de moi.

Trimalcion ordonne que Eumolpe soit jeté aux flammes, ni plus ni moins.

Le poète laisse un petit quelque chose à Encole avant de partir.

Je ne peux te laisser que ce qui m’a ravi, à savoir la poésie, les saisons, le printemps et l’été, le vent, le soleil éclatant, la mer qui est douce, la terre encore plus douce, les montagnes, leurs torrents de larmes claires et les élégants nuages qui passent, solennels, légers comme l’air. Regarde-les en souvenir de nos mains qui touchaient nos lèvres. Je te laisse le feuillage des arbres, les oiseaux, les animaux. Je te laisse les joies et les peines de l’amour, les étoiles. Les sons, les chants, les bruits, les voix de l’homme, la musique des clochettes. Je te les laisse.

Encole, Ascylte et Giton sont capturés par Lichas (Alain Cuny) puis envoyés aux galères. Encole tape dans l’oeil du ravisseur qui le demande en mariage.

César est renversé. Lichas se retrouve la tête coupée. Encolpe et Ascylte sont libérés. Ils mènent une vie douce dans une belle villa en compagnie d’une ravissante esclave numide.

Suivant les conseils d’un brigand (Gordon Mitchell), ils enlèvent un hermaphrodite censé avoir des pouvoirs magiques. À l’époque, on lit la bonne aventure dans les entrailles et on prédit l’avenir en écoutant dans rots. Malheureusement l’hermaphrodite a la santé fragile et se trouve victime de la chaleur.

Capturé à nouveau, Encolpe doit jouer Thésée affrontant un gladiateur déguisé en Minotaure. Il triomphe mais en perd sa libido, incapable d’honorer Ariadne (Elisa Mainardi). Il retrouve son envie dans le Jardin des Délices en compagnie d’Œnothée (Donyale Luna).

Rends moi la vie!

Suite à la mort d’Ascylte, Encolpe souhaite profiter de sa jeunesse en Afrique du Nord.

Nous devons rattraper le temps perdu!

Avant d’embarquer, il observe dégoutté des marins cannibales executer les dernières volontés d’Eumolpe.

Dévorez moi avec la même ardeur que vous avez mis à me maudire.

L’EXPLICATION

Satyricon, c’est une décadence qui ne date pas d’aujourd’hui.

Une vision sportive du monde suffirait à résumer la vie en termes de matchs nul, victoires et défaites. C’est à dire que nous connaissons de grandes émotions comme lorsqu’Encole retrouve son Giton d’amour ou qu’un esclave s’affranchit. Le coeur bat. La fierté est énorme.

J’ai acheté ma liberté, peux-tu en dire autant?!

Certains vont même jusqu’à s’élever dans la société. Incroyable.

Le cafard devient roi, ainsi va la vie.

Nous pouvons connaitre des sentiments plus mitigés lorsqu’il s’agit de ramer dans une galère, sous les ordres d’un tyran.

Enfin, nous nous exposons également à de cruelles désillusions, comme celle suscitée par la trahison de Ascylte. C’est le jeu. Pourtant, la douleur reste la même.

Ainsi va l’amitié – changeante.

Un spectre d’émotions influencé par les impondérables bien connus, rappelés par Trimalcion le cynique.

La vie passe comme une ombre. Tôt ou tard, nous mourrons tous.

Certains s’en inspirent pour mener une vie mesurée et vertueuse (cf Don’t Look Up).

Pour les autres qui représentent une écrasante majorité, il s’agit d’un joyeux bazar avant la tombe. On mange à s’en faire vomir et on se saoule dans l’espoir de ralentir le temps. Danser jusqu’au petit matin. Essayer toutes les positions. En imaginer d’autres si nécessaire. Puis recommencer encore et encore jusqu’à ce que le corps ne parvienne plus à suivre.

Pourquoi s’embarrasser avec d’autres considérations? Quel intérêt d’accorder trop d’importance aux choses? Avec le recul, quel sujet mérite véritablement qu’on s’en soucie?

Mettons notre jugement en veilleuse, nous ne nous en porterons pas plus mal, à l’image d’Encole et Ascylte qui se partage l’univers. Les Romains pratiquaient eux aussi le détachement, à leur manière.

Une société en pente douce, déjà dénoncée l’époque par l’artiste qui regrette la non-considération de son travail

Notre civilisation est à bout de souffle. D’où vient cette déchéance? De la soif de l’argent, de l’avidité. Le temps passe, l’idéal de vertu pure et simple a fleuri. L’art n’est plus.

Eumolpe souhaiterait sans doute qu’on prenne quand même le temps d’élever un peu les débats. Réfléchir ne ferait mal à personne. Une orgie de temps en temps, certes. Mais nous ne sommes pas des animaux. Sachons nous comporter d’une manière un tant soit peu civilisée.

Qu’est devenue la dialectique? Et l’astronomie, la philosophie? Nous l’ignorons à force de copuler.

Voilà le drame, nous ne sommes qu’un simulacre de civilisation.

Continuons de nous plaindre sur ce monde qui va mal si cela nous fit plaisir. A priori, il n’a que très peu d’occasions d’aller mieux. En général quelques décennies après une grande guerre, si possible mondiale. Et encore (cf Playtime)!

Qu’Eumolpe se console : tout n’est pas perdu. Sa sensibilité traverse les années.

Les poètes meurent, mais qu’importe si la poésie demeure.

Encolpe a bien retenu sa leçon. Il a fait preuve d’audace en se battant pour Giton, de bravoure en terrassant le Minotaure et de retenue en refusant de goûter à ses restes. Tant qu’il y aura des Encolpe, nous pouvons faire la nouba (cf Le Sens de la Fête).

Rien de nouveau sous le soleil.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

 

2 commentaires

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