J’AI ÉPOUSÉ UNE OMBRE
Robin Davis, 1983
LE COMMENTAIRE
Un couple se forme d’abord sur un fantasme. Avec les années, il n’y a plus de secret. Les surprises se font moins fréquentes. La magie disparait. On peut expliquer l’autre et ses réactions. Cela ne mérite même plus que l’on s’y attarde. Finalement, rien de tel qu’un bon mystère (cf Ne le dis à Personne)!
LE PITCH
Une femme prend la place d’une autre.
LE RÉSUMÉ
Dans les années 80, l’industrie sidérurgique va déjà mal en France. Franck (Richard Bohringer) ne parvient pas à trouver du travail dans le bassin houiller du Nord Est.
Il parait que je suis pas assez qualifié! C’est l’usine qu’est pas bonne pour moi ouais!
Sa femme Hélène Georges (Nathalie Baye) est enceinte. Sur un coup de sang, il l’abandonne.
On va se reposer.
Ouais on va se reposer… Arrête de m’emmerder tu veux.
Mais je vais accoucher!!
T’as qu’à accoucher dans la forêt comme les Indiens! Tu seras au calme.
Je me barre! J’en ai marre de toi, du bébé, de tout. Allez fous moi la paix tu veux!
Désespérée, Hélène prend le premier train vers le sud. Elle y rencontre Patricia Meyrand (Véronique Genest), enceinte de huit mois comme Hélène, et qui vient d’épouser Bertrand Meyran (Humbert Balsan). Les deux femmes sympathisent. Patricia propose à Hélène de dormir dans son compartiment.
Dans la nuit, le train déraille. À son réveil à l’hôpital, Hélène comprend que Patricia est morte. Le médecin (André Thorent) a l’air de croire que la rescapée est Patricia. Hélène proteste puis fait semblant.
Je vous jure que c’est une erreur!
Vous n’êtes pas madame Meyrand…? Qui êtes vous alors ?
… Je suis Patricia Meyrand.
C’est bien. Vous allez dormir maintenant. Il faut vous reposer.
Hélène devient Patricia. Elle rencontre les beaux-parents de la victime : Mathieu (Guy Tréjan) et Léna Meyrand (Madeleine Robinson). Ils ne connaissent pas encore Patricia mais l’accueillent à bras ouverts.
Je crois que vous n’avez plus de famille. Alors nous vous offrons la nôtre.
Malgré les efforts chaleureux de Léna, Patricia a du mal à s’ajuster. Son beau-frère Pierre (Francis Huster) tombe rapidement amoureux d’elle.
Mon frère c’était mon frère, moi c’est moi. C’est pas parce que vous étiez la femme de mon frère qu’il faut que je me jette dans vos bras!
En dehors de quelques crises de jalousie de Fifo (Victoria Abril), Patricia commence à s’en sortir. Jusqu’à ce que Franck refasse surface.
Bonjour ma petite caille! T’as pas contente de me revoir ?
Le cuistre fait du chantage à Patricia.
J’veux du fric!
Franck informe Léna de la fausse identité de Patricia, et réclame une somme d’argent. Faute de quoi, il menace de tout balancer aux médias.
Cent briques et je disparais.
Patricia prend la décision de tuer Franck. Elle lui donne rendez-vous dans la nuit pour lui planter un couteau dans le ventre. Après quoi, elle appelle Pierre à la rescousse et lui avoue tout.
J’étais comme dans un rêve. On a été heureux tous ensemble, hein ?
Pierre lui renouvelle son amour et l’aide à maquiller son crime.
Le lendemain, Léna sur son lit de mort informe Patricia qu’après avoir changé son testament, elle déclare sur l’honneur avoir tué Franck Georges.
À présent laissez moi dormir, je suis fatiguée.
On n’en parle plus. Patricia peut retrouver Pierre au milieu des vignes. Le futur leur tend les bras.

L’EXPLICATION
J’ai épousé une Ombre, c’est être accepté·e par la belle famille.
Un couple est fait d’étapes, du coup de foudre au mariage jusqu’à la séparation. Avant les engueulades qui conduisent à la rupture, la rencontre avec la belle famille est un moment critique (cf Mon Beau-Père et moi).
La pièce rapportée se sent observée et évaluée avec plus ou moins de bienveillance, comme c’est le cas de Hélène Georges.
Les premiers échanges sont souvent des tests, même si la belle-famille s’en défend.
Ce n’est pas un interrogatoire.

Malgré tout, il ne faut pas se rater. Hélène doit maitriser son discours mais elle est clairement intimidée par cette famille bourgeoise. Léna tient à lui donner sa chance.
Je ne sais pas bien parler de moi.
Ne vous inquiétez pas, il n’y a que les imbéciles qui font ça bien.
Hélène doit passer l’examen. Elle doit répondre aux questions.
Comment avez vous rencontré mon fils ? J’ai besoin de savoir.
C’était dans une galerie de peinture… Je sais pas madame, je sais plus. Il faut qu’j’dorme.
Pire qu’un contrôle aux frontières (cf Border Line), les Meyrand vont fouiller dans les affaires de Hélène afin de déterminer si oui ou non elle a sa place au château. Hélène se sent mise à nue. Elle a honte de ses origines modestes. Par ailleurs, elle sait qu’elle traine des casseroles qui risquent d’être éliminatoires. Alors elle dissimule, sans mentir.
J’ai pas de passé.
Léna a compris dès le début que Hélène n’était pas Patricia. Pas folle la vieille. Elle ne connaissait pas plus Patricia, donc pour elle, finalement, cela ne change absolument rien. La belle-mère a envie de donner sa chance à cette inconnue.
J’ai jamais eu besoin de personne dans la vie, j’ai jamais rien demandé à personne. Je m’en vante pas, c’est comme ça. Mais aujourd’hui je vous demande de rester, avec votre enfant. Il faudra vivre. Être gaie. La gaité nous rend meilleurs.
Tout n’est finalement qu’une affaire de sentiments, plus que de gros sous. Léna apprécie Hélène pour qui elle est, y compris ses imperfections ou ses zones d’ombre qu’elle essaie de cacher pudiquement. D’ailleurs, Léna sait que personne n’est parfait, elle la première. Elle avoue notamment ne pas avoir aimé son mari comme elle aurait dû.
Alors quand Franck refait surface, elle va aider Hélène à s’en débarrasser une bonne fois pour toute.
Franck a disparu du paysage. La voie est libre. Hélène peut intégrer la famille en se mariant avec l’autre fiston.
Pierre vous aime. Il vous épousera et vous vivrez ici. Tout continuera.
J’ai pas voulu.
Vous n’aviez rien voulu de mal je le sais.
J’ai perdu un fils, j’ai trouvé une fille. Elle s’appelle pas Patricia, et alors ? C’est pas le prénom que j’aime.
La clé vient peut-être du fait qu’Hélène n’ait jamais rien voulu. À plusieurs reprises elle a signifié qu’elle n’était pas là par intérêt. C’est ce qui a plu à Léna.
Hélène peut pleinement investir sa nouvelle identité, avec la bénédiction de la belle-famille.