AFTER HOURS

AFTER HOURS

Martin Scorsese, 1985

LE COMMENTAIRE

La nuit porte conseil parait-il. On connait rarement à l’avance les lumières qu’elle peut nous apporter, et jusqu’où elle peut nous emporter. C’est aussi ce qui fait son charme. Commencer par lire tranquillement un bon bouquin d’Henry Miller pour finir dans un club punk sur Hudson Street.

LE PITCH

Un data analyst New-Yorkais fait une nuit blanche.

LE RÉSUMÉ

Paul Hackett (Griffin Dunne) fait partie des pionniers de l’informatique. Ses journées se suivent et se ressemblent, jusqu’à ce qu’il croise Marcy Franklin (Rosanna Arquette) par hasard dans un café. Elle l’invite à le rejoindre à Soho dans l’appartement qu’elle partage avec une artiste du nom de Kiki (Kinda Fiorentino).

Le voyage en taxi est mouvementé. Paul en perd son billet de $20. Une fois sur place, le rencontre vire à l’étrange. Le comportement de Marcy est inquiétant. Paul profite d’une minute d’inattention pour s’enfuir.

Il n’a plus d’argent pour un ticket de métro. Le patron d’un bar (John Heard) aimerait lui offre généreusement la course. Malheureusement, sa caisse est bloquée. Il laisse les clés de son appartement à Paul pour qu’il aille récupérer de quoi débloquer la caisse.

Chez le patron du bar, Paul surprend Neil (Cheech Marin) et Pepe (Tommy Chong), deux cambrioleurs en possession d’une sculpture en papier signée Kiki.

Paul rapporte l’oeuvre volée à Kiki, en plein rituel SM avec Horst (Will Patton). Lorsque Paul cherche à s’excuser de s’être sauvé comme un voleur auprès de Marcy, il découvre qu’elle s’est suicidée.

I’m having a really – really bad night.

Kiki et Horst sont déjà partis pour le club Berlin mais ont laissé un petit message à Paul pour qu’il les rejoigne.

Lorsqu’il pense à rendre les clés au patron du bar pour récupérer les siennes, Paul apprend que l’homme en question était le mari de Marcy.

Il se rend alors au club Berlin pour avertir Kiki et Horst de la mort de Marcy. Miraculeusement, il évite de se faire refaire une nouvelle coiffure, façon iroquoise.

What have I done? I’m just a word processor, for Christ sake!

Ce n’est pas fini. À sa sortie du club, il est pourchassé par la serveuse du bar (Teri Garr) qui le fait passer pour un cambrioleur. Paul retourne se cacher au club Berlin. où une autre sculptrice (Verna Bloom) le couvre de plâtre pour le dissimuler.

You wouldn’t believe what I’ve been through tonight.

Neil et Pepe s’introduisent soudainement dans le studio et vole Paul statufié. Au petit matin, la statue tombe du van dans un virage un peu sec aux abords de Midtown. Pile devant l’immeuble où travaille Paul.

Les portes s’ouvrent.

L’employé encore couvert de plâtre rejoint son poste.

L’EXPLICATION

After Hours, c’est la première nocturne.

Les grandes villes comme New York, Londres, San Paolo ou Paris aimantent les workaholics animés par leur ambition professionnelle (cf American Psycho). Des personnes qui ne s’épanouissent que par leur travail, pour lequel ils ne rechignent pas à faire des extras comme par exemple prendre leur pause déjeuner devant leur ordinateur, travailler le weekend ou encore faire des nocturnes.

C’est à dire travailler jusqu’à tard le soir, en dehors des horaires réglementaires fixés par la convention collective.

À ce titre, Paul Hackett va faire l’expérience de sa première nocturne. Un voyage vers l’inconnu. Pénétrer dans l’envers du décor (cf Night Call).

Different rules apply when it gets late you know, it’s like uh… after hours.

La nocturne commence toujours de manière studieuse, au calme.

Puis un premier élément perturbateur vient interrompre cette belle concentration. Marcy.

I feel like something incredible is really gonna happen here!

Elle ne croit pas si bien dire. La jeune femme fait dérailler ce jeune cadre dynamique si sûr de lui, sous son costume impeccable. Quand Paul rejoint Marcy à son appartement, il pense d’abord pouvoir séduire Kiki. Toujours en maîtrise.

L’histoire de Marcy le dépasse rapidement. C’est le premier moment de panique.

Paul cherche à fuir mais il n’a déjà plus d’argent. Il va devoir aller jusqu’au bout. Pas d’autre choix que de devoir traverser cette nuit par ses propres moyens et espérer s’en sortir sans trop de casse (cf Eyes Wide Shut).

Prisonnier de sa nocturne, Paul n’est plus en contrôle de la situation. C’est New York (cf Short Bus). La nuit, tous les chats ressemblent à Eric Anzalone. Tout part en vrille. La serveuse lui met le grappin dessus. Le patron du bar l’envoie dans son appart à la rencontre de deux voleurs qui vont le renvoyer chez Kiki qui disparaît soudainement en compagnie d’un dominant (cf 50 shades of Grey).

Le travail le lessive jusqu’à lui en faire perdre son identité. On l’assimile avec un cambrioleur, bien qu’il s’en défende.

I’m not a thief!

Paul a beau crier à l’aide, s’il doit être lynché alors il sera lynché. Toute une communauté lui court après dans les rues désertes de Soho.

Pendant ce temps, les aiguilles tournent. Minuit a sonné, le carrosse ne s’est pas transformé en citrouille. L’aventure continue. Les premières heures du matin ajoutent à la paranoïa de Paul qui se pense pourchassé par des papillons de nuit.

Accablé de fatigue, Paul ne s’amuse plus de ce petit jeu. Trop tendre. Pas assez mûr. Il veut même arrêter l’expérience (cf The Game).

Can you take me home?

Ce n’est pourtant plus l’heure de rentrer à la maison. À quoi serviraient quelques misérables heures de sommeil? Paul doit finir le travail pour échapper à la horde qui veut sa mort.

Il termine sa nocturne épuisé. À l’arrêt. Figé dans un sarcophage en papier. Kidnappé par deux voleurs qui le remmènent à la case départ.

Le soleil se lève mais Paul n’a pas vraiment bougé. Il en revient au même point, un peu sonné. Sans avoir eu le loisir de se changer.

La nocturne est le baptême du parfait employé qui vont son agenda basculer dans la folie. Le rythme va continuer de s’accélérer à une cadence inhumaine. La Provence et ses cigales semblent soudainement bien loin. Les prochains vacances également.

Le travail continue. Paul a dépassé sa peur. Maintenant, il va devoir s’adapter à ce nouveau rythme de non-vie. À l’image d’un zombie pris en tenaille par le décalage horaire entre l’Amérique et l’Asie. L’argent ne dort jamais. Les nocturnes vont s’enchaîner, encore et encore.

Avec un peu de chance dans son malheur, Paul y prendra peut-être goût.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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