LES FRÈRES MCMULLEN
Edward Burns, 1995
LE COMMENTAIRE
Un homme a très peur de la réalité : ne pas être grand chose. C’est pourquoi il frime pour se donner du volume – toujours cette obsession de la taille… L’homme s’agite tout seul pour se donner de l’importance, en s’appuyant sur son groupe de copains. Il a besoin qu’on le remarque pour exister. Pourtant, cet animal sait très bien que sans ses potes, il ne serait rien d’autre qu’un petit garçon.
LE PITCH
Trois frères s’interrogent sur la manière de conduire leur vie.
LE RÉSUMÉ
Finbar Barry McMullen (Edward Burns) est sous le choc. Sur la tombe de son père, sa mère (Catharine Bolz) lui annonce qu’elle a décidé de retourner vivre en Irlande pour rejoindre son amour de toujours : Finbar O’Shaughnessy. Elle a pourtant eu trois fils avec son défunt mari : Barry, Jack (Jack Mulcahy) et Patrick (Michael McGlone).
Tous les trois sont à des stades différents.
Jack est l’ainé. Avec Molly (Connie Britton), il forme le faux couple parfait puisque Jack est sous le charme de Ann (Elizabeth McKay), une ex-copine de son frère Barry.
Barry ne se voit pas dans une relation longue durée. Il se protège derrière son cynisme.
I like being a pessimist. It helps me deal with my inevitable failure.
Quant à Patrick, le plus jeune, il a du mal à s’engager. Il traine sa relation avec Susan (Shari Albert) alors qu’il est plutôt amoureux de Leslie (Jennifer Jostyn). Cependant, il se demande si elle est assez jolie, polie, sérieuse ou catholique pour lui.
Les deux frangins en galère demandent à Jack de squatter chez lui temporairement. L’occasion pour les trois frères de faire le point, chacun dans son rôle.
Jack donne des leçons de morale alors qu’il est en plein doute.
Barry tourne en boucle.
This is thinking, this is a thought process…
Patrick tourne en rond.
I don’t need any new ideas, I’m confused enough already!
Tous les trois sont perdus, à leur manière.
Jack finit par tomber dans le piège de Ann pour mieux s’en mordre les doigts et revenir la queue basse auprès de sa femme.
Barry fait la rencontre d’Audrey (Maxine Bahns). Un coup de foudre qui l’oblige à revoir ses théories fumeuses.
Patrick finit par assumer son désir pour Leslie. Au diable ce qu’en penseront les autres.
Ils ont fait le deuil du fantôme de leur père et sont bien décidés à ne plus vivre dans son ombre.
I went to the grave today.
And?
I’m happy to report that, uh, he’s still dead.
L’EXPLICATION
Les Frères McMullen, c’est se donner la permission de vivre.
Dans la logique freudienne, le père a une fonction. Il représente une figure d’autorité fixant des limites. En cela, il est nécessaire pour les enfants afin que ceux-ci apprennent que l’on ne peut pas tout faire dans la vie. D’une certaine manière, il est un guide dans le développement de l’enfant (cf Le Retour).
De toute évidence, le père des frères McMullen était un vrai papa dans tout ce que l’on fait de pas drôle.
When I asked Dad how he liked my new red varsity jacket? He said ‘You should get another one in blue and burn the both of em’.
Le père est mort sans que ses fils n’aient pu le tuer. Résultat : il les hante (cf Comment j’ai tué mon Père).
Jack a voulu être tout ce que son père n’était pas : un bon mari. Il n’y parvient pas, car on n’évite pas le désir. Jack a beau être un grand gaillard, il n’est pas plus fort que les autres. Il cède à l’appel de la sirène (cf Knock Knock).
Barry veut se poser les bonnes questions que son père a visiblement ignorées. Il passe son temps à développer des théories à la misogynie déguisée. Ce qui le conduit à craindre pour l’intégrité de son pénis face à une femme qu’il imagine comme une mante religieuse.
Man is like a banana. Strong and firm, bright and phallic, and he’s protected by his all-important shield. But, when a woman comes along, you know, she sees this bright phallic beast and she wants it. So, she starts peeling away your all-important shield. First, she wants to see your romantic side, then she wants to see your passionate side, finally she wants to see your soft, caring, feminine side. She keeps peeling and peeling until you’re left there buck naked, totally exposed with your balls blowing in the wind. And that’s when she gets her knife, and she cuts away your manhood piece by piece until she’s having your cock in her corn flakes.
Patrick est marqué par ce père aux opinions si tranchées, à défaut d’être lumineuses. Il vit dans l’angoisse de ce que les autres pourront penser de sa vie. Le jugement d’autrui l’empêche de passer à l’âge adulte.
What am I going to do with my life? You know I didn’t think college was actually going to end.
Ces trois idiots sont paralysés par la faute de leur père. Ensemble, tels des mousquetaires, ils se prêtent main forte pour vaincre le signe indien. Ils prennent exemple sur leur mère qui a le courage de partir en Irlande pour profiter des années qui lui restent. Elle ne va pas finir sa vie à pleurer indéfiniment un homme qui n’en valait pas la peine.
Elle se donne la permission de le faire.
C’est ce que les trois frères vont réussir également : se libérer de leurs sacro-saintes conventions irlandaises pour vivre un peu. Faire des erreurs et réaliser qu’ils n’en mourront pas.
Patrick a le droit de suivre son instinct. Il ne brûlera pas en enfer parce qu’il rêve de faire des cochonneries avec Leslie. Qu’il se détende et profite de son histoire. Tout le monde s’en fout.
Don’t flatter yourself, Patrick, all right? Nobody is killin’ themselves over you.
Jack se pensait comme un chêne. Son escapade interdite avec Ann aura eu le mérite de lui faire ouvrir les yeux sur sa chance d’être avec une femme comme Molly, en lui enlevant un peu de pression sur les épaules au passage. Il est comme les autres. Personne ne lui demande d’être mieux.
Barry voulait mettre un point d’honneur à avoir raison. Audrey va lui apprendre à apprécier se tromper.

