GLADIATOR II
Ridley Scott, 2024
LE COMMENTAIRE
On dit que les fans peuvent ruiner facilement la carrière de n’importe. En réalité, cela a toujours été vrai bien avant les réseaux. Quand le public hurle, le pouce se baisse. Et c’est une tête qui tombe.
LE PITCH
Un fils suit les traces de son père dans l’arène.
LE RÉSUMÉ
Les troupes du général Marcus Acacius (Pedro Pascal) prennent une ville de Numidie.
I claim this city for the glory of Rome!
Au passage, il réduit Hanno (Paul Mescal) à l’esclavage après avoir tué sa femme Arishat (Yuval Gonen).
Hanno doit faire ses preuves face aux babouins. Il est immédiatement remarqué par Macrinus (Denzel Washington) qui veut en faire un gladiateur.
Serve me, and I will serve you. Deny me, and you will die.
Le choix est clair : direction Rome! Chez le sénateur Thraex (Tim McInnerny), Hanno fait le spectacle devant les empereurs Geta (Joseph Quinn) et Caracalla (Fred Hechinger).
We are amused.
Hanno défonce le champion local puis décline une poésie virgilienne. Hanno devient une telle attraction qu’il finit vite au Colisée.
Acacius est revenu à Rome. Les Empereurs souhaitent l’envoyer en Perse, ce qui ne fait pas rêver le Général. Celui-ci estime qu’il a fait couler suffisamment de sang à son goût.
No more.
Acacius complote avec sa femme Lucilla (Connie Nielsen) pour renverser les Empereurs et redonner le pouvoir au Sénat de Gracchus (Derek Jacobi). Macrinus comprend ce qui se trame et fait échouer le putsch, pour mieux gagner la confiance de Geta.
Pendant ce temps, Hanno continue d’électriser les foules. Pas étonnant, il est en fait Lucius Verus, le fils de Lucilla et de la légende Maximus (cf Gladiator). Acacius lui est donné en pâture. Lucius Verus ne peut se résoudre à le tuer. Acacius est alors criblé des flèches des archers sur ordre des Empereurs. Le peuple gronde.
Is this how Rome treats its heroes?!
Profitant de la confusion, Macrinus monte Caracalla contre son frère et prend le contrôle du Sénat en tant que second consul.
I was once owned by an emperor. Today, I control an empire. Where else but in Rome a man can do that?
Macrinus fait le ménage. Il élimine Lucilla, Caracalla et les sénateurs pour devenir Empereur dans un climat de guerre civile (cf Civil War).
Macrinus et Lucius Verus se retrouvent aux portes de la ville pour un affrontement final. Protégé par l’armure de son père, Lucius Verus triomphe.
Let no more blood be spell in the name of tyranny. Dare we rebuild that dream together?
Le nouvel Empereur veut ramener la paix, et demande à son père de le guider.
Speak to me father.

L’EXPLICATION
Gladiator 2, c’est l’avènement du filiarcat.
On peut dire tout le mal que l’on veut du patriarcat, tout n’était pas à jeter (cf Les Dents de la Mer 2). Le patriarcat a connu son heure de gloire sous Marc Aurèle, le père de la nation. Sous sa direction, Rome a connu une belle expansion. Il était un homme qui croyait au pouvoir par le peuple et gouvernait avec des valeurs saines.
Strength and honor.
Simple.
Efficace.
Encore aujourd’hui, dans les milieux fachos cela fait fureur – si l’on peut dire.
Quoi qu’on en dise, Marc Aurèle était quand même plutôt apprécié et Maximus était l’un de ses fidèles.
Mais il y a un temps pour tout. Certain·es ont commencé à se sentir un peu à l’étroit dans cette société patriarcale qui a fini par s’éroder et perdre le fil. Marc Aurèle a vieilli et n’a pu éviter la prise de pouvoir autoritaire de Commode qui a rompu avec la tradition pour faire souffler un vent de barbarie sur Rome.
Violence is the universal language.
Ce successeur indigne n’avait aucun sens moral. Il rêvait même de faire des coquineries incestueuses avec sa soeur. Quelle horreur. Ce fut le début de la fin du patriarcat.
Rome drowns in its own blood.
C’est ainsi qu’un Empire commence à s’effondrer. Il abuse de sa position dominante et fait n’importe quoi, sans se rendre compte de sa propre décadence.
Wherever they go they leave destruction and they call it peace.
À cette époque, le fils de Maximus doit fuir loin de l’Empire en essayant de ne pas s’oublier en cours de route.
Remember who you are.
Bien qu’il ait été contraint à l’exil, son avenir reste radieux.
You will do well.
S’il a bien grandi en Numidie, il doit abandonner son identité d’emprunt pour devenir Lucius Verus. C’est à dire le fils de son père. Un valeureux combattant qui n’a peur de rien.
We have nothing to fear!
Tant mieux car à Rome, on ne lui fera aucun cadeau. Dans ce monde, c’est le travail qui rend libre. Lucius Verus va devoir faire ses preuves en repartant du bas de l’échelle, et gagner ses lettres de noblesse – à l’ancienne.
Pendant que dans les villas se succèdent les nuits orgiaques (cf Satyricon), Lucius Verus rame dur pour ramener l’ordre. Il ne s’énerve pas quand on se moque de lui en imitant des cris de singe. C’est sur le terrain qu’il va se faire respecter par le peuple comme son père autrefois. Pas dans les manigances d’arrières-cours, mais en affrontant des rhinocéros dans le blanc des yeux.
Surtout, il va devoir briser ses propres chaînes en s’affranchissant du tyran qui l’a réduit à l’esclavage et qui menace tout l’Empire (cf Spartacus).

Quand Lucius Verus revient à Rome, Macrinus a effectivement pris le pouvoir par la ruse et sans autre projet politique que d’accélérer la décadence de Rome. Il piétine la vision de Marc Aurèle.
The dream of Rome was an old man’s fantasy.
Blasphème!
Deux écoles s’affrontent : l’homme du ressentiment face à l’Épicurien.
Where we are death is not, where death is we are not.
Celui qui combat pour ses intérêts va mettre un genou à terre devant celui qui agit au nom d’une noble cause. Après des années de bordel, la logique est enfin respectée.
Lucius Verus ouvre donc l’ère du filiarcat. C’est le règne d’un fils qui s’inscrit dans la continuité du père.
What we do in life echoes in eternity.
Un fils qui a bien retenu la leçon.
Do not let them change what you are.
Sa vie lui appartient.
My will is my own.
Il se méfie déjà de ce pouvoir dont il vient à peine d’hériter.
I don’t fight for power, I fight to free Rome from men like you.
Maintenant qu’il est à la tête de l’Empire, Lucis Verus va devoir essayer de garder la sienne bien vissée sur ses épaules. La bonne nouvelle est qu’il n’est pas tout seul. Son père le guide et sa femme l’attend dans l’au-delà. On est reparti pour quelques années de gouvernance. Le filiarcat s’annonce encore mieux que le patriarcat.
Ne reste plus qu’à espérer que Lucius Verus passe la main avant de devenir un vieux con à son tour.