SEPT ANS AU TIBET
Jean-Jacques Annaud, 1997
LE COMMENTAIRE
Il est toujours utile de voyager quand on en a l’occasion et que le budget le permet. Si l’on ne doit pas forcément attendre d’un voyage qu’il donne une réponse à toutes ses questions existentielles (cf Into the Wild), il a l’avantage de donner quelques perspectives. Sortir de chez soi permet notamment de remettre quelques petites choses en place, comme l’ego.
LE PITCH
Un alpiniste autrichien se retrouve coincé sur le toit du monde.
LE RÉSUMÉ
1939. Heinrich Harrer (Brad Pitt) part pour les Indes britanniques afin de gravir le Nanga Parbat, un sommet inviolé de l’Himalaya. Blond aux yeux bleus, Harrer est l’archétype du bon Aryen. Prétentieux et sûr de lui, son triomphe servirait la propagande du 3e Reich.
Sur le quai de la gare, il se dispute avec sa femme Ingrid (Ingeborga Dapkunaite), enceinte jusqu’aux dents.
Why, why is there always a problem?!
Peter Aufschnaiter (David Thewlis) l’accompagne dans son expédition.
La deuxième Guerre Mondiale éclate. Les deux hommes sont arrêtés par les Anglais et faits prisonniers. Ingrid demande le divorce.
Dear Heinrich, please sign the divorce papers and send them to my lawyer.
Pendant quelques années, Harrer multiplie les tentatives d’évasion (cf La Grande Évasion, les Évadés). En 1944, Harrer et Aufschnaiter s’enfuient et commencent à errer dans les montagnes jusqu’au Tibet. Aufschnaiter y tombe amoureux d’une locale (Lhakpa Tsamchoe).
Malgré les années, Harrer continue à écrire à ce fils qu’il ne connait pas et qu’il ne voulait pas.
In this place where time stands still it seems like everything is moving. Including me. I can’t say I know where I’m going nor if my bad deeds can be purified. There are so many things I have done that I regret. But when I come to a full stop I hope you understand that the distance between us is not as great as it seems.
À Lhassa, le 14e dalaï-lama, Tenzin Gyatso (Jamyang Jamtsho Wangchuk) demande à rencontrer Harrer. Il est curieux de cet étranger aux cheveux blonds. Harrer doit lui construire un cinéma (cf Cinema Paradiso), ce qui leur donne l’occasion de se rencontrer fréquemment et d’aborder une variété de sujets.
Don’t you have all the answers, Heinrich?
No, I don’t.
En 1950, la guerre éclate avec la Chine. B D Wong (Ngawang Jigmé) se rend aux autorités chinoises. Le dalaï-lama doit fuir. Avant de partir, il offre une boite à musique à Harrer.
À son retour en Autriche, Harrer fait cadeau de la boîte à musique à son fils. Ce qui lui permet de renouer le lien. Tous les deux graviront d’autres sommets ensemble (cf Cliffhanger).

L’EXPLICATION
Sept Ans au Tibet, c’est le temps d’être moins con.
Pour les Grecs, la sagesse était une vertu. Le comportement d’un individu devait être conforme à une éthique, alliant la conscience de soi et des autres, la tempérance, la prudence, la sincérité, le discernement et la justice s’appuyant sur un savoir raisonné. Cette sagesse ne s’obtenait pas en un claquement de doigts. À l’époque, on n’apprenait pas le kung-fu en un simple téléchargement (cf Matrix).
Les vieux étaient sages parce que les années allaient dans leur sens. Ils se bonifiaient dans le temps, comme le bon vin. Grâce à l’expérience, les anciens apprenaient de leurs erreurs et pouvaient communiquer leur savoir. C’est pourquoi on les respectait.
Aujourd’hui, on ne se donne plus le temps. Tout doit aller plus vite que la musique. Il faut en faire un maximum et au bout de six mois, découvrir autre chose car on a déjà fait le tour de la question. Pas de temps à perdre.
Heinrich Harrer est à l’image de cette jeunesse moderne et ambitieuse qui cherche à atteindre les sommets (cf Kaizen) : il est insupportable. Il ne tient pas en place et croit tout savoir mieux que tout le monde.
In my humble opinion, this is ridiculous.
Heinrich Harrer a clairement de l’énergie à revendre. On ne peut pas l’enfermer. Il court toujours après quelque chose, mais il ne sait même pas quoi lui-même. Alors qu’il pense être dans le vrai, il est aveugle. Par exemple, il ne comprend pas du tout ce que le Tibet représente. L’intérêt de son voyage lui échappe complètement.
Tibet, the roof of the world. It feels as though we have ascended a medieval stone fortress towering above the center of Asia. This is the highest country on Earth. And the most isolated.
Être coincé dans ces montagnes lui fait d’abord très peur puisqu’il va être obligé d’apprendre à se connaître (cf Gerry).
So much time to question oneself is… not good.
Ces années sont pourtant une chance inespérée pour Harrer. Sous la contrainte, il va comprendre que l’objectif en prison est de sortir un peu moins con que lorsqu’on y est rentré (cf Un Prophète).
Bloqué au Tibet pendant sept ans, il comprend que les autres ne sont pas forcément des concurrents (cf There will be Blood) mais qu’il peut se réjouir du bonheur d’autrui.
A friend’s good fortune is a blessing, Heinrich. I’m sorry you resent ours. You must be very lonely and sad.
Sa rencontre avec cette nouvelle culture lui permet de voir les choses différemment. Tout n’est pas qu’une histoire de course. Une médaille d’or n’est pas une fin en soi.
This is another great difference between our civilization and yours. You admire the man who pushes his way to the top in any walk of life while we admire the man who abandons his ego.
Il apprend à apprécier chaque forme de vie autour de lui (cf Ponyo), même si cela lui paraissait secondaire auparavant.
In a past life this worm could have been your mother.
Le temps qu’il passe avec le dalaï-lama, pourtant plus jeune, va lui permettre de voir la vie différemment.
We have a saying in Tibet: If a problem can be solved there is no use worrying about it. If it can’t be solved, worrying will do no good.

Aujourd’hui, des personnes paient très cher pour s’offrir ce genre de retraites, loin de tout. Là où l’on peut vraiment percevoir le sens profond des choses, sans qu’il ne soit aussitôt ridiculisé par la société et dilué dans le rythme infernal du quotidien (cf Buy Now).
Par contre, il ne faut pas oublier que ce n’est pas quelque chose qui se fait en deux semaines. Il a fallu 7 longues années à Heinrich Harrer pour comprendre plus clairement ce qu’il aimait dans l’alpinisme (cf Les Herbes Sèches).
Tell me what you love about it.
The absolute simplicity. That’s what I love. When you’re climbing your mind is clear and free from all confusions. You have focus. And suddenly the light becomes sharper, the sounds are richer and you’re filled with the deep, powerful presence of life.
Il fait la paix avec ses démons et identifie ce qui est vraiment important pour lui. Surtout, il échappe à ce sentiment d’urgence qui avait fait de lui quelqu’un de méprisable. Il ne se sent plus le besoin de courir désespérément après le temps. Heinrich Harrer a retrouvé son fils et peut savourer chaque minute passé avec lui à contempler l’horizon (cf Les Huit Montagnes).