LA FABRIQUE DU MENSONGE
Joachim Lang, 2024
LE COMMENTAIRE
Il n’y a malheureusement pas que les romantiques qui s’intéressent au 7e art (cf Cinema Paradiso, Prima la Vita, Empire of Light, La Main de Dieu). Toutes celles et ceux qui nient la réalité savent apprécier une bonne mise en scène (cf Argo, la grande Illusion). Les personnes d’influence se font leur cinéma pour consolider leur pouvoir.
LE PITCH
La propagande nazie est rattrapée par la fin de la guerre.
LE RÉSUMÉ
Joseph Goebbels (Robert Stadlober) fait partie des proches d’Adolph Hitler (Fritz Karl). Il est en charge de la propagande. Lorsque le chancelier parade à Berlin, c’est Goebbels qui se charge d’organiser le défilé de façon grandiose.
Je veux tout le monde dans les rues!
En 1938, Hitler parle d’espace vital. Après l’Autriche et les Sudètes, il lorgne sur la Pologne. Goebbels doit préparer mentalement tout un peuple à la guerre. Les succès de la guerre éclair galvanise les foules, à grand renfort d’images de vidéos et avec le concours des artistes du moment.
Nous comptons sur vous!
Goebbels est connu pour être un coureur invétéré. Aujourd’hui, on le qualifierait de porc (cf Harvey Weinstein). Son comportement outrageux ne gêne pas que sa femme (Franziska Weisz), il met tout le Reich dans l’embarras.
Il est le plus lourd fardeau moral du national socialisme!
Hitler reconnaît cependant la valeur indéniable de son ministre. Le Führer a besoin du socle que représente la famille Goebbels afin de renvoyer une image de stabilité auprès du peuple allemand. Il intervient personnellement auprès du couple pour que Goebbels mette fin à sa relation avec Lída Baarová (Katia Fellin).
Je veux éviter tout scandale! (…) Quand on écrit l’Histoire, il n’y a pas d’affaires privées. (…) Que valent de simples individus face au destin des peuples ?
Au sein du codir d’Hitler, la concurrence est rude. Ses n-1 se détestent. Goebbels se retrouve momentanément mis à l’écart au profit de ses rivaux Göring (Olivier Fleischer) ou Himmler (Martin Bermoser).
Hitler parle désormais de solution finale (cf La Conférence) et ouvre un nouveau front à l’Est contre Staline. Il a plus que jamais besoin de Goebbels pour orchestrer tout cela. Notamment après la défaite de Stalingrad. L’Allemagne est en train de perdre la guerre. Il lui faut garder le fil de l’histoire.
Lors de son discours du Sportpalast en 1943, le Ministre annonce une guerre totale dans une ambiance frénétique.
Nous allons en faire un plebiscite!
L’Allemagne s’effondre petit à petit. Hitler échappe à un attentat (cf Valkyrie), puis il est trahi par ses généraux. Il se retire dans son bunker pendant que Berlin est défendu par des enfants ou des vieillards.
Accompagné de ses derniers fidèles, Hitler se suicide et nomme Goebbels comme son successeur. Le nouveau chancelier ne fait pas de vieux os. Il empoisonne d’abord ses six enfants, avant de se donner la mort avec sa femme.
Nous entrerons avec lui dans l’Histoire!
Berchtesgaden, c’est fini.
L’EXPLICATION
La Fabrique du Mensonge, c’est la menace des démagogues.
Le vrai présente un caractère de vérité, sans nuance. Il s’appuie sur des faits objectifs et incontestables, que quiconque peut vérifier ou démontrer. Cela ne se discute pas. On ne triche pas avec le vrai. C’est la pilule rouge dans Matrix.
Tout ce qui n’est pas vrai est par conséquent faux. Le faux est un océan de mensonges fait d’approximations et d’interprétations subjectives, entre mauvais mensonges abracabrantesques et bons mensonges quasi-nécessaires que chacun·e se fera un plaisir d’avaler comme une pilule bleue.
La propagande consiste à fabriquer le mensonge qui sera servi aux foules, afin de consolider les intérêts du pouvoir.
Sous l’Allemagne nazie, Goebbels en était le Ministre. Le mensonge était son métier. Cet expert démagogue connaissait toutes les ficelles.
Verrouiller soigneusement toute communication.
Le peuple ne doit en aucun cas voir ces images.
Tout anticiper.
J’ai planifié chaque détail, chaque minute.
Marquer les esprits.
Inventez des slogans!
Répéter les messages.
Nous allons le marteler jusqu’à ce que tout le monde sache!
Les communiquant·es d’aujourd’hui ne font pas autre chose.
Goebbels avait trouvé une formule. Sa règle d’or pour manipuler les esprits était que pour transformer la réalité d’une manière efficace (cf Les nouveaux Chiens de Garde), il est primordial de ne pas ignorer la réalité, ni de trop s’en éloigner.
Nous sommes fidèles à la vérité, tant qu’elle nous sert.
Bien que cela puisse sembler paradoxal, Goebbels faisait preuve d’un grande lucidité. Tout le contraire d’Hitler, tellement pris dans son délire qu’il en finit par prendre ses désirs pour des réalités. Il voulut tellement la guerre qu’il refusa d’admettre que le peuple ne partageait pas son excitation. Hitler surestimait ses troupes au point de penser qu’elles pouvaient encore gagner la guerre quand elle était déjà finie (cf La Chute). Il prenait des vessies pour des lanternes.
Goebbels, au contraire, n’ignorait pas la vérité. Il savait doser ses mensonges et pouvait faire croire n’importe quoi à n’importe qui (cf Le Prestige, Boîte noire). Sa récupération de l’incendie du Reichstag en fut l’exemple. Plus le mensonge est gros, plus les gens le croiront. Il n’était pas vrai qu’un communiste mis le feu au parlement. Mais on pouvait le croire.
À l’inverse, Goebbels savait qu’il était dangereux d’affirmer que l’Allemagne était en passe de gagner sur le front de l’Est car ce n’était tout simplement pas vrai. Et personne ne pouvait le croire. La Wehrmacht s’enlisait à Stalingrad. Le bruit courait. Les gens le savaient, et on ne prend pas les gens pour des imbéciles – n’en déplaisent à celles ou ceux qui gouvernent (cf Matignon : Mission Impossible ?).
Goebbels n’ignorait pas l’appétence pour le mensonge. Tout le monde ment dans une moindre mesure et relativement souvent, quand il est difficile d’accepter le réel pour ce qu’il est.
Au fond, nous sommes tous des propagandistes!
Goebbels savait comme il était facile de faire en sorte que le monde devienne complice de la propagande : on écrit le narratif que tout le monde a envie d’entendre et puis la machine se met en marche. En quelques sortes, la propagande met de l’huile dans les rouages.
Pour ne pas souscrire à un tel système, au risque de finir dans un bunker, il est nécessaire de résister à la force de la propagande. C’est la seule manière de continuer à y voir clair et ne pas être instrumentalisé par un gouvernement qui voudrait décider des sujets par tous les moyens, y compris de commander de faux sondages pour se donner de la légitimité.
Pour décrypter ce qui se passe (cf Soleil Vert), il convient d’accepter la possibilité que les messages soient truqués et que celles ou ceux dont les votent les obligent n’aient aucun scrupule (cf JFK, Le Casse du Siècle).
Il est utile de repérer celles ou ceux qui parlent, sans écouter (cf The Apprentice, Dead Zone). Discerner toute forme de propagande, surtout quand elle ne se présente pas comme telle. Ne surtout pas chercher la vérité aux mauvais endroits. Arrêter de gober bêtement tous les contenus invérifiables. Garder un regard critique pour séparer le vrai du faux.
Ne pas se mentir est encore le meilleur moyen d’éviter que l’Histoire ne se répète.
LE TRAILER
Cette explication de film n’engage que son AUTEUR.
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