EMPIRE OF LIGHT
Sam Mendes, 2022
LE COMMENTAIRE
Quelle drôle d’idée de fêter une année, dans l’absolu. Une année ne fait rien d’autre que d’ajouter du temps au tableau de bord. On pourrait plutôt célébrer les personnes pour ce qu’elles ont accompli d’incroyable : des vacances d’été au camping, une gastro-entérite à l’automne, un karaoké entre collègues… Cela vaut bien quelques feux d’artifice.
LE PITCH
Une intimité improbable nait dans un cinéma du sud de l’Angleterre.
LE RÉSUMÉ
Hilary Small (Olivia Colman) travaille comme manager au cinéma l’Empire de Margate. Elle y est fréquemment abusée sexuellement par le patron Donald Ellis (Colin Firth). Atteinte de troubles bipolaires, elle doit régulièrement faire des examens de contrôle chez son docteur qui n’est bon qu’à lui prescrire des drogues.
I’m sure that’ll wear off as soon as you get used to the lithium. It’s marvelous stuff.
La vie change lorsque Stephen Murray (Micheal Ward) rejoint l’équipe.
Stephen here will be replacing Trevor who’s never here anyway.
Ce fils d’immigrés de la Barbade va redonner un peu de joie de vivre à Hilary. Tous les deux se rapprochent discrètement, et vont faire des cochonneries à l’étage où personne ne va plus.
Désormais, Hilary trouve le courage de refuser les avances de Donald.
Elle découvre le racisme dont est victime Stephen. Ces clients mécontents qui n’ont même pas besoin de dire des horreurs tellement ils portent leur xénophobie sur leur front.
He’s not just angry, is he?
Stephen découvre la violence des hommes dont Hilary a été victime à de trop nombreuses reprises.
You men always have to help us! Always have to instruct us!
Leur secret est percé par d’autres employés de l’Empire. Tous les deux ne peuvent pas continuer leur aventure.
Once people know it, it’s different.
Hilary n’arrive pas à gérer ce rejet. Le soir de l’avant première des Chariots de Feu, Hilary monte sur scène pour faire un discours improvisé et gênant. Plus tard dans la soirée, elle révèle les agissements de Donald à sa femme Brenda (Sara Stewart). Après quoi, elle est arrêtée par la police et les services sociaux.
All these people. I’m the only one who knows the truth.
Hilary doit retourner en institution pour quelques temps. Stephen prend de ses nouvelles. Quand Hilary sort, elle reprend son travail à l’Empire.
Stephen se rapproche de Ruby (Crystal Clarke).
Il est agressé par des skin-heads. Hilary lui rend visite à l’hôpital.
Finalement, Stephen est pris à l’Université de Bristol, grâce aux encouragements d’Hilary. Au moment de se dire au revoir, Hilary a le coeur brisé mais elle s’accroche. Elle retourne à l’Empire et demande à Norman (Toby Jones) de lui jouer Being There.

L’EXPLICATION
Empire of Light, c’est se faire un cinéma pour éviter de se tirer une balle.
Plus le temps passe et plus on traine son lot de casseroles. La vie devient un poids et l’on aimerait beaucoup ne pas avoir à se sentir soi-même comme un problème.
I’m not some problem to be solved!
Quand on vit à Margate, on comprend mieux que la vie n’est pas de la tarte. On ne peut pas échapper à la réalité. C’est à dire que l’on vit sur la côte anglaise, dans un environnement de rêve. Et malgré tout, il s’agit de l’Angleterre des années 80.
Un pays est en crise, rongé par un racisme rampant (cf This is England). La culture patriarcale permet toujours aux hommes de se comporter comme des porcs, en toute impunité. Sur le plan économique, l’Empire a du fermer tout un étage et deux salles – faute de public.
Hilary y fait un job peu stimulant, entourée de collègues peu inspirants et harcelée par son patron (cf El buen Patron, Harvey Weinstein, Promotion Canapé).
À Margate, même Colin Firth n’est pas sexy! On voit la vie pour ce qu’elle est : sans filtre, et sans pitié.
No one is going to give you the life you want.
C’est au cinéma que les gens viennent pour se divertir. L’Empire n’est pas un lieu comme un autre.
What a place…
It really was beautiful.
Still is. Another world!
On n’y va pas comme à l’hôpital, pour se réparer de ses blessures. Au contraire, on y vient pour se changer les idées et voir la vie comme elle n’est pas.
It’s just static frames, with darkness in between. But there’s a little flaw in your optic nerve so that if I run the film at 24 frames per second you don’t see the darkness.
Oublier ses soucis le temps d’un film, et retrouver le sourire.

Décoller de la médiocrité ambiante. Se dire que la vie n’est pas forcément que les tourments qui sont imposés au quotidien, mais aussi une histoire dont on peut éventuellement écrire la suite à sa manière. Une version un peu romantique de l’existentialisme.
Dans cet environnement de fantaisie où l’on vient échapper au réel, tout peut devenir possible (cf Cinema Paradiso). Stephen et Hilary se retrouvent dans un étage rien qu’à eux, où ils peuvent parler de tout et avoir une relation amoureuse loin des jugements, au delà de la différence d’âge ou de couleur de peau.
C’est à l’Empire que Stephen rencontre Hilary, grâce à laquelle il va poursuivre ses rêves d’architecture. Il peut poursuivre son chemin ailleurs, où il n’échappera pas aux réflexions racistes mais où il pourra peut-être les dépasser (cf Les Figures de l’Ombre). Le cinéma lui a permis de se donner les moyens de concrétiser son ambition.
Hilary s’est retrouvée détraquée à la suite de trop de mauvais traitements. Elle voit la vie du côté sombre, et le départ de Stephen ne va pas lui faciliter la tâche. Néanmoins, grâce à lui, elle va mieux comprendre où elle travaille. Elle a la chance de pouvoir demander à Norman de lui lancer un film à la volée.
Elle n’est pas obligée d’avaler ses pilules de lithium pour mieux encaisser toutes ces horreurs. Regarder un film ouvrant sur plein de possibilités lui permet de voir la vie différemment, et de faire au jour le jour. Après tout, le plus dur est de continuer (cf Blitz).