TOUT VA BIEN

TOUT VA BIEN

Jean-Luc Godard, 1972

LE COMMENTAIRE

Si les ascenseurs ne fonctionnent plus dans une société de classes, la circulation est bloquée. La communication est coupée. On ne se comprend plus. L’immeuble se transforme en pyramide. Les décisions d’en haut s’imposent à celles et ceux qui se trouvent en bas. Par contre si un feu démarre du rez-de-chaussée, les flammes finiront forcément par brûler les pieds de celles et ceux qui se trouvent au sommet (cf Merci Patron!).

LE PITCH

Un couple se déchire suite à un mouvement social.

LE RÉSUMÉ

Jacques (Yves Montand) et Suzanne (Jane Fonda) se rendent dans une usine de charcuterie où le patron (Vittorio Caprioli) a été séquestré par les ouvriers et les ouvrières.

Qu’est-ce que vous foutez là ?

Tous les deux deviennent les témoins de la grogne ouvrière (cf Germinal), quatre ans seulement après mai 68.

Le patron n’a pas l’air de vouloir prendre la mesure de ce qui se passe.

J’espère que je serai à l’heure chez moi. Nous avons un dîner ce soir!

Les représentants des syndicats ont constaté que les ouvriers restent sur le carreau pendant que les patrons se goinfrent.

L’objectif du patronat est simple : constituer dans chaque branche un ou deux géants capables de réaliser un chiffre d’affaires d’un milliard de francs, car ces messieurs visent plus loin que la clientèle de 50 millions de Français. (…) Comme il se doit, ces concentrations se font sous l’égide des banques. (…) Quand y’a des profits à faire, il n’y a pas de secteur négligeable. Car des profits il y en a, croyez moi.

Suzanne est journaliste. Elle veut faire un article sur les revendications des grévistes.

Je crois que j’ai compris le problème dans son ensemble.

Vous n’avez rien demandé.

J’ai vu ce qui s’est passé.

C’est plus compliqué. Faudrait qu’on vous parle des conditions de travail pour que vous vous rendiez compte…

Les ouvriers et les ouvrières souhaiteraient que l’on puisse faire la lumière sur leurs conditions de travail : les horaires, des machines qui ne sont pas aux normes, l’absence de pause, le harcèlement…

Les contrôleurs qui te caressent mine de rien pendant que tu travailles. On sait jamais. Des fois que ça réussissent.

De son côté, le patron n’attend qu’une chose : qu’on l’aide à reprendre les commandes afin qu’il puisse resserrer les boulons. Marche ou crève.

Je ne me laisserai pas guider ma conduite par des débiles mentaux. On leur donne la main, c’est le bras qu’ils veulent ensuite! Il n’y a rien à faire. La bonne vieille méthode du coup de pied au cul, c’est parfois bon!

Les forces de l’ordre interviennent. Le travail a pu reprendre dans les usines Salumi. Après quoi, Suzanne est frustrée que son article soit rejeté par sa rédaction. Jacques s’en retourne au tournage de ses films publicitaires.

Je suis ‘un cinéaste qui de temps en temps fait des films publicitaires’, c’est une nuance à laquelle je tiens. Oui, une activité débile et pas seulement dégueulasse. 

Le couple se dispute à cause de ses divergences d’opinion.

Je vais finir par me demander ce qu’on fait ensemble. (…) On va au cinéma, on bouffe, on baise et j’ajoute que j’en ai marre!

Dans un café, Jacques et Suzanne se retrouvent pour acter leur séparation.

L’EXPLICATION

Tout va bien, c’est une façon d’étouffer la colère sociale.

La colère sociale est le fruit d’un déséquilibre issu de la tension permanente entre les dominant·es et les dominé·es. Sachant que les un·es ont nécessairement besoin des autres.

Le maître pense qu’il ne vole pas son argent dans la mesure où c’est lui qui prend les risques. Au sein d’un environnement concurrentiel, il ne se satisfait de rien. Pour le maître, il n’y a aucune limite, surtout lorsqu’il s’agit de maximiser ses profits. Il regrette que l’esclave ne fasse que gueuler et à en faire le moins possible. Le maître est un réaliste ambitieux.

Pour moi, le mot ‘révolution’ n’a plus de sens aujourd’hui.

L’esclave a appris à devoir se contenter de peu. Il reproche au maître sa tendance à abuser, sans reconnaître qu’il ne serait rien sans sa force de travail – envers laquelle il affiche un certain mépris. L’esclave sait qu’il doit se battre en permanence pour ne pas se faire marcher dessus. Seul, il n’est rien (cf Spartacus). L’esclave est un peu défaitiste.

Ils seront toujours aussi cons ces patrons!

(…) On va continuer à se faire baiser quoi!

(…) Toujours la faute au mec qui bosse!

Les ouvriers et ouvrières sont contraint·es de séquestrer leur patron. C’est le seul moyen pour qu’ils ou elles se fassent entendre. Mais cela n’est pas suffisant. La lutte sociale dépend des ouvriers et des ouvrières qui la mènent ainsi que des personnes comme Jacques et Suzanne pour la soutenir.

Pour rendre possible une politique sociale, une politique populaire, il faut instaurer dans notre pays une véritable démocratie.

Jacques et Suzanne font partie de la classe moyenne. Tous les deux se sont rencontrés pendant la guerre d’Algérie. Jacques était un cinéaste engagé et Suzanne était une journaliste politique militante. Tous les deux ne se retrouvent pas chez Salumi par hasard. Chacun·e est concerné·e par ce qui se passe.

Et si avant de parler des méthodes on parlait des motifs pour une fois ?

Jacques et Suzanne peuvent se faire le relais de ce qui se passe chez Salumi et donner du volume à un mouvement qui pourrait faire plier le patronat.

La classe dominante, qui croit profondément dans le darwinisme social plus que dans les vertus d’un utopique équilibre, ne veut pas négocier. Ce serait un aveu de faiblesse. Donc elle s’emploie à mater la révolte par la force afin de renvoyer tout le monde au travail.

Ils savent qu’ils nous auront à l’usure.

Comment s’y prend la classe dominante ? En ayant recours aux autorités qui sont toujours de leur côté, plutôt que du côté du peuple (cf Un Pays qui se tient sage). La police utilise la matraque pour calmer tout le monde.

Par ailleurs, la classe dominante musèle celles et ceux qui pourraient avoir une influence néfaste comme Jacques et Suzanne.

Jacques est faible. Il cède aux sirènes de l’argent facile. Quoiqu’il en dise, le cinéaste engagé qu’il était autrefois n’a plus fait rien d’autre que des publicités foireuses pour des rasoirs ou des bas en nylon depuis quatre ans. Il est devenu honteux.

Pour moi, c’est une activité purement mécanique qui me permet de gagner ma croute et me consacrer à autre chose.

Suzanne travaille pour un média américain qui n’a pas pour ligne éditoriale de soutenir le salariat. Son n+1 lui refuse son histoire. Fin de l’aventure. De cette manière, on l’empêche de parler.

Maybe it’s a question of style… If you listen to the broadcast, it sounds like it’s written by the same person. The more I move forward the less I understand what’s happening.

Les ouvriers et ouvrières baissent la tête. Jacques et Suzanne ferment leur gueule. Leur couple vole en éclat. Pour le reste : RAS.

De votre point de vue : tout va bien!

LE TRAILER

Cette explication de film n’engage que son auteur.

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