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LA CLASSE AMÉRICAINE

LA CLASSE AMÉRICAINE

Michel Hazanavicius, Dominique Mézerette, 1993

LE COMMENTAIRE

La classe américaine, c’est peut-être de continuer à danser de manière insouciante alors que le monde est bloqué par la faute des États-Unis de the Apprentice. Dans le monde, des gens meurent sous prétexte qu’ils ne portent pas de bikinis ou ne mangent pas de burgers (cf Super Size Me). Aux États-Unis, on ne s’arrête pas de danser pour autant. The show must go on. La classe américaine s’apprécie sur les bords des piscines.

LE PITCH

Deux journalistes enquêtent sur les derniers mots de l’homme le plus classe du monde.

LE RÉSUMÉ

Après une altercation verbale avec José (Burt Lancaster), George Abitbol (John Wayne) meurt dans le Pacifique Sud.

Alors comme ça t’as été élu l’homme le plus classe du monde? Laisse moi rire. Genre le grand playboy des fonds marins, genre qui fait rêver les ménagères. Sauf que moi j’les baise moi les ménagères!

Écoute moi bien mon p’tit José. Tu baises les ménagères, bien. Tu dois avoir le cul qui brille. Mais c’est pas ça qu’on appelle ‘la classe’. J’te dis ça en qualité d’homme le plus classe du monde.

Les dernières paroles d’Abitbol furent :

Monde de merde…

À New York, Dave (Paul Newman), Pétère (Dustin Hoffman) et Stévène (Robert Redford) sont chargés par leur patron (Jason Robards) d’écrire un article sur le sujet. Les reporters se rapprochent de Dino (Dean Martin) un ami intime de George.

C’est facile de traiter des gens de pédés. Tout ça parce que deux garçons vivent ensemble dans un ranch et portent des pantalons en cuir.

Dave croit tenir une piste. George Abitbol aurait été assassiné (cf Hollywoodland). Yves (Robert Mitchum) est le suspect n°1, jaloux de la relation que George entretenait avec Christelle (Lauren Bacall).

Mon cher Yves, je vais te dire pourquoi je suis avec George. J’aime les hommes qui ont de la classe. Encore qu’il arrive que parfois, les apparences soient trompeuses.

Pétère assemble les différents éléments, pour le plus grand plaisir de Stévène.

Les enfants, écoutez : je crois que j’ai le fin mot de l’histoire. Suivez bien. George Abitbol s’est fait assassiner par Yves. Le mobile : une femme. Christelle. Sexe + histoire de cul = meurtre.

Bien joué Peter! L’enquête touche à sa fin, on va devenir célèbres. On va bientôt niquer!

En fait, George Abitbol est toujours en vie. Il retrouve Yves pour exiger des excuses.

Ce que j’veux, c’est que tu t’excuses bien gentiment.

Je m’excuse.

… Excuse-toi mieux que ça.

Pardon : je te prie de m’excuser.

Les deux hommes passent la nuit ensemble.

Dave apprend que George est chez Yves. Il passe le chercher en voiture et en profite pour lui demander le sens de ses derniers mots.

Ça veut dire quoi ‘monde de merde’ ? Sans être indiscret.

Tu te réveilles à 35 ans pour te demander ce que ça veut dire ‘monde de merde’ ? C’est pas que t’es indiscret, c’est juste que t’es un con. En disant ‘monde de merde’, j’ai voulu dire que le monde allait mal. C’est un cri de révolte que j’ai lancé à mes frères opprimés.

Frappé par cette troublante révélation, Dave perd le contrôle de son véhicule. Les deux hommes sont victimes d’un accident.

On entend George répéter sa fameuse phrase, et Dave de partager son impression.

Moi aussi j’ai bien envie de le dire.

L’EXPLICATION

La Classe Américaine, c’est une intrigue à la con qui comble un vide absolu.

Bien avant la mondialisation, les réseaux sociaux, l’intelligence artificielle ou les coupes du monde de foot à 48 équipes, la vie était déjà complètement creuse. Pour l’occuper, on priait son Dieu et on tapait sur son voisin afin de lui piquer ses ressources.

En fonction des cultures, il y a néanmoins quelques nuances dans la manière de combler le vide.

Au Royaume-Uni, on meuble avec des traditions et des bonnes manières (cf Les Vestiges du Jour, This is England). Partout ailleurs, on trouve cela ridicule. Mais sur cette île, les bonnes manières permettent de se rassurer sur ce que l’on croit être le sens de la vie (cf Monty Python).

En Italie, on comble le vide en représentant la vie différemment à travers un certain sens de l’esthétique (cf Caravage). On habille le vide (cf House of Gucci) ou on le transforme en comédie (cf La Vie est Belle).

Dans la Grèce antique, on s’interrogeait pour mieux remplir le vide de sens (cf Médée, Troie). Les philosophes grecs se sont posés de vraies questions profondes, pas forcément inutiles. Ce qui leur a permis de laisser tout un corpus visant à bien conduire sa vie.

En France, on s’occupe en faisant mine de philosopher. En réalité, on passe surtout son temps à tourner en rond (cf Ridicule). Cela a généré une société prétentieuse, qui passe son temps à se prendre la tête (cf les Choses qu’on dit, les Choses qu’on fait, Dis moi Oui dis moi Non, l’Amour fou, Un Homme et une Femme, la Bataille de Solférino).

En Amérique, l’approche est différente. On comble le vide par du divertissement.

Pour cela, on crée des énigmes sans queue ni tête que l’on essaie de résoudre (cf Memento). Cela ne change sûrement pas la face du monde. En attendant, ces intrigues ont le mérite d’occuper.

Voilà comment l’histoire de George Abitbol retient l’attention pendant un peu plus d’une heure. Ces narrations sont exagérément dramatiques, comme un triple burger au bacon.

L’Amérique vient de perdre l’un de ses plus prestigieux ambassadeurs.

En réalité, on s’en fout. C’est pourquoi il faut enrober ce faux drame d’un mystère mystérieux.

On a pensé qu’on devait expliquer ses dernières paroles.

Oui. On en a chié pour trouver cette idée.

Parce que les Américains ont un talent pour rendre intéressant ce qui ne l’est pas, a priori. On se retrouve donc à suivre l’aventure de deux journalistes en quête de réponses, comme on peut lire un roman policier à deux balles sur la plage.

À travers cette aventure, les Américains distillent quelques messages humanistes.

Il parait que t’as des propos intolérables. Tu sais donc pas que c’est pas bien d’être raciste ? Que c’est mal ? On doit pas faire de discrimination raciale, c’est mal! Juger les gens sur leur religion, sur leur peau, sur leurs origines sociales ou sur leur nationalité c’est mal!

Ils ajoutent un peu d’orgueil car ils ont la fibre patriotique.

Comportez vous en bon Américain George, faites honneur à votre drapeau.

Sans oublier un peu de politique, pour ne pas avoir l’air complètement idiot.

George? Mais qu’est-ce que j’ai rien à voir avec George ? Parce que si on réfléchit bien, moi je suis un vrai démocrate. George est un fasciste de merde! UN FASCISTE DE MERDE!

Sans oublier non plus de faire la promotion du système capitaliste sur lequel le pays s’est érigé (cf There will be Blood).

George ne supporte plus la vie au Texas. Pas de clim quand il fait chaud, pas de téléphone, pas de TV, pas de chauffage… Bref, il supporte mal de pas avoir de vie moderne. Ça le rend irritable.

Parce que dans le fond, quand on enlève le maquillage, on se rend compte que les Américains ne sont pas des poètes. Ce sont plutôt de vrais bourrins.

Aime moi tendre, aime moi vrai.

… Mais ça veut dire quoi ces conneries ??

Ça veut dire : aime moi tendre. Et aime moi vrai.

Moi, tout c’que j’vois, c’est que j’vais t’botter l’cul!

La nature profonde des Américains reste d’aller à l’essentiel. C’est le moins qu’on puisse dire.

M’emmerde pas avec tes histoires. J’te dis qu’j’ai mal au bide. Faut que j’aille chier.

Leur culture n’est pas très subtile. En fait, elle n’a pas besoin de l’être pour vendre du popcorn (cf Le Loup de Wall Street).

C’est à n’y rien comprendre même en y réfléchissant bien!

L’Amérique a bien compris que rien n’était fondé. Donc elle a inventé le gas lighting. Grâce à quoi, on peut raconter n’importe quoi sans se soucier de prouver quoi que ce soit. Le récit se suffit à lui même. Il devient performatif.

Vous m’prenez pour une buse ? Je suis l’homme le plus classe du monde, bande de cons.

L’Amérique est avant tout pragmatique. En racontant leurs histoires, les Américains en profitent pour détourner l’attention et mieux abuser des personnes à qui il les racontent.

Pourquoi t’as choisi de faire ce boulot là toi ?

Ben si je fais journaliste, c’est évidemment pour être célèbre. Moi j’veux être connu. Tu sais pourquoi ? Pour niquer les gonzesses.

La culture du divertissement. C’est peut être ça la classe.

LE TRAILER

Cette explication de film n’engage que son AUTEUR.

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