C.R.A.Z.Y.

C.R.A.Z.Y.
Jean-Marc Vallée, 2005

LE COMMENTAIRE

Depuis l’invention des statistiques on sait que le pourcentage de chances pour que la fratrie soit mixte est faible. Dès lors on peut imaginer la difficulté d’évoluer au sein d’une tribu de garçons avec toute la jalousie que ça suppose. James Brown n’a pas chanté this is a men’s world pour rien. Ça empeste la testostérone dans ce monde. C’est pas de la tarte de s’y faire une place. Encore moins quand on est le petit dernier. Encore une raison de ne pas avoir plus d’un enfant et de mettre un terme à la surpopulation mondiale galopante.

LE PITCH

Zach (Marc-André Grondin) découvre qu’il n’est pas comme les autres.

LE RÉSUMÉ

Zach est le quatrième d’un longue série de frères comprenant Christian (Maxime Tremblay), Raymond (Pierre-Luc Brillant), Antoine (Alex Gravel) et Yvon (Felix-Antoine Despatie). Zach est né un 25 décembre, comme le petit Jésus (Christ). Ce qui, en soi, le rend déjà relativement unique, pour peu qu’on soit catholique. Sa mère (Danielle Proulx) est convaincue que la mèche blonde de son fils est également un signe. Il a un don. C’est évident: Zach est spécial.

C’est pas pour rien qu’t’as une belle tâche de naissance des ch’veux.

Le petit Zach est soucieux de répondre aux attentes de son papa Gervais (Michel Côté) qu’il idolâtre profondément.

Contrairement aux pères de tous mes amis qui étaient tous banals et sans intérêt le mien était le meilleur au monde.

Il ne semble jamais être à la hauteur. Il pisse au lit. Il casse le disque préféré de son père par maladresse. Il ne s’intéresse pas aux choses des garçons de son âge. Pire, il porte les vêtements et les bijoux de sa mère.

J’venais d’avoir sept ans, et sans l’vouloir, de lui déclarer la guerre.

Son père essaie de stimuler la virilité de Zach, sans succès.

Zach l’adolescent continue de se chercher. Il pousse la chansonnette sur Space Oddity de David Bowie en se maquillant le visage tandis que son frère aîné Raymond enchaîne les joints et conquêtes. Un soir de Noël, Zach a le coup de foudre pour le petit copain de sa cousine. Conscient que ce n’est pas bien, Zach cherche désespérément à rentrer dans le rang.

J’allais simplement être guéri si je réussissais à traverser la tempête.

Il se rapproche de Michelle (Natasha Thompson) qui n’est pas vraiment sa tasse de thé. Au lycée, un garçon lui fait du rentre dedans.  Zach a du mal à l’ignorer. Il le tabasse d’abord puis finit par accepter ses avances. Son père surprend les deux amants par hasard. C’est la catastrophe.

C’est mal c’que t’as faite là!!

Gervais est contraint d’admettre la cruelle vérité. Lui qui se targue de n’avoir que des gars doit bien reconnaître que son fils est un fif. Au mariage de Christian, Zach est une nouvelle fois surpris par son père avec un homme. Le mariage se finit en pugilat. C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Zach quitte le foyer. Il part en Israël où il entreprend une traversée du désert à la suite de laquelle il peut enfin assumer son homosexualité. Il doit rentrer aussitôt à Montréal car Raymond a fait une overdose. Après avoir perdu l’un de ses fils, Gervais va réussir à faire la paix avec lui-même et se réconcilier avec son fils.

Mon père était redevenu mon père. Ça a tout de même pris dix avant qu’il me laisse rentrer chez lui accompagné.

crazy

L’EXPLICATION

C.R.A.Z.Y. c’est l’expérience de l’injustice.

Zach est le parfait petit garçon. Il est mignon. Il a le pouvoir de lever les brûlures. Et pourtant c’est Raymond le bad-boy qui est le préféré. Parce que depuis des décennies on préfère les écorchés vifs qui roulent en moto et font des conneries aux bons élèves. C’est l’héritage de Marlon Brando ou James Dean puis plus tard des chanteurs comme Johnny Hallyday ou Dick Rivers. On préfère ceux qui bousculent la norme aux bons élèves. C’est comme ça. Ça fait toujours chier de se faire voler la vedette par un tocard sous prétexte qu’il défie les lois. Ça fait d’autant plus chier dans le cas de Zach qui ne peut pas être moins dans la norme qu’il ne l’est. Il est le vilain petit canard.

C.R.A.Z.Y. c’est le parcours parallèle de Zach et Gervais vers l’acceptation d’une réalité brutale: l’homosexualité existe. Tous les deux sont dans le déni. Gervais le dogmatique impose sa vérité comme indiscutable. Avec lui, ça ne bronche pas.

Première leçon, quand tu conduis tu fermes ta gueule.

Il se cache derrière la nature pour mieux se voiler la face.

La nature elle s’trompe pas: c’est un gars ou c’est une fille. That’s it!

Il se sert de cet argument comme excuse pour acheter des jeux de garçons à Zach même s’ils ne lui plaisent pas. Quand Michelle quitte la maison par frustration, Gervais pense que c’est parce que Zach a essayé de lui peloter les fesses. Il transforme tout ce qu’il voit. Il a fini par se convaincre que tout le monde lui demande de chanter du Aznavour. Il a ses deux pieds profondément enfoncés dans la bouse de ses convictions:

Je sais pas quoi t’dire pour que tu comprennes que t’es pas comme tu penses.

Zach est bien le fils de son père. Il va également mettre du temps avant de voir la réalité en face (à savoir, qu’il préfère manger des graines). Il ment à son thérapeute bien qu’il souffre au point de vouloir en finir.

J’suis pas une tapette. J’aimerais mieux mourir que d’en être une.

Il traverse au feu rouge, il rentre sous la tempête, il traverse le désert. Il aimerait pouvoir revenir à la normale. Ces expériences vont l’aider à changer d’état. Gervais n’a pas tort:

Depuis qu’t’es tout p’tit qu’tu mens comme tu respires!

Zach doit se libérer de son mensonge. Il doit mourir en tant qu’hétérosexuel et en se réincarnant en tant que gay. Il lutte contre sa propre nature et tabasse ce garçon pour mieux réprimer son envie, sans parvenir à éloigner son désir. La nature ne se trompe effectivement pas. Sauf que des fois le gars en question préfère les autres gars aux filles. Dieu ne peut rien y faire.

Si j’avais bel et bien des dons, à force de lui rendre service, peut être un jour allait il m’exaucer.

Il y a un moment où Zach et Gervais sont contraints d’abandonner car la vie est plus forte qu’eux. Comme cette chanson de Patsy Cline où on finit par ne plus s’excuser parce que ça ne sert à rien. C’est ainsi que le père et le fils se retrouvent, sur le tard et dans la douleur. Comme le dit lui-même Zach.

Il y a des fantasmes qu’on prend plaisir à entretenir.

Le fantasme se nourrit de la différence. C’est pour ça qu’Homer Simpson aime sa bière fraîche et ses homosexuels folles-tordues. Il est délicat d’abandonner ses fantasmes tant ils sont plaisants. On aime fantasmer nos noirs avec un sexe tellement long qu’il touche le fond de la rivière ou nos arabes en inventeurs du triathlon. On est trop bien dans notre petit confort.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

3 commentaires

Commentez ou partagez votre explication

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.