UN TRAMWAY NOMMÉ DÉSIR

UN TRAMWAY NOMMÉ DÉSIR

Elia Kazan, 1951

LE COMMENTAIRE

Dans la culture patriarcale, l’homme n’est rien d’autre qu’un grand garçon. C’est d’ailleurs ce qui le rend si attachant. Responsable de son foyer, il est soumis à une immense pression qui le conduit parfois à ne pas pouvoir contrôler ses émotions – ni sa force. Cela arrive. Comme il boit trop, cela n’aide pas. Il lui faut hausser le ton et frapper alors que c’est rarement justifié. Mais il s’en veut toujours après. Il faut le comprendre. L’homme bénéficie de circonstances atténuantes. Ses cris de désespoir ont cependant l’air plus désespérés que sincères.

LE PITCH

Une femme s’installe chez sa soeur et son mari, à la Nouvelle Orléans.

LE RÉSUMÉ

Blanche DuBois (Vivien Leigh) quitte le Mississippi pour la Louisiane. Elle affirme avoir quitté son job dans l’enseignement à cause de l’anxiété. Un tramway nommé Désir la conduit vers le quartier français où vit Stella (Kim Hunter) qui est marié à Stanley Kowalski (Marlon Brando).

Les manières de Blanche tranchent avec la rudesse de Stanley qui n’aime pas que l’on dérange sa routine.

It’s going to be all right again between you and me the way it was.

Il soupçonne Blanche de dissimuler un héritage familial dont il pourrait profiter en vertu du code napoléonien.

In the state of Louisiana, we got here what’s known as ‘Napoleonic code’ according to which what belongs to the wife belongs to the husband also and vice-versa.

Alors il commence à fouiller dans les affaires de Blanche.

Where’s the money if the place was sold?

Lors d’une soirée de poker alcoolisée, Stanley violente Stella bien que celle-ci soit enceinte. Blanche emmène sa soeur chez la voisine Eunice Hubbell, pendant que Stanley se confond en excuses.

I want my girl down here!

Stella pardonne à son mari. Blanche ne comprend pas.

He was as good as a lamb when I came back, he’s really very ashamed of himself.

… That makes it alright?

Stanley devient un sujet de disputes entre les deux soeurs.

You’re married to a madman.

I wish you’d stop taking it for granted that I’m into something I want to get out.

(…) May I speak plainly?… If you’ll forgive me, he’s common… He’s like an animal. (…) Thousands of years have passed him right by, and there he is. Stanley Kowalski, survivor of the Stone Age, bearing the raw meat home from the kill in the jungle. And you – you here waiting for him. (…) There’s been some progress since then. Don’t hang back with the brutes!

Mitch (Karl Malden) fait la cour à Blanche.

I like you exactly to be the way that you are. (…) You need somebody, and I need somebody too. Could it be you and me Blanche…?

Jaloux, Stanley mène l’enquête sur le passé trouble de Blanche et s’arrange pour ruiner la réputation de sa belle-soeur.

She is as famous in Laurel as if she was the President of the United States, only she is not respected by any party.

Le mal est fait. Mitch quitte Blanche.

I don’t think I want to marry you anymore… No, you’re not clean enough to bring into the house with my mother.

Stella est à l’hôpital. L’accouchement est prévu pour le lendemain.

Pendant son absence, une violente dispute éclate entre Stanley et Blanche. Il accuse sa belle-soeur d’être une menteuse.

There isn’t a thing but imagination and lies and deceits and tricks. Take a look at yourself here in a worn-out Mardi Gras outfit, rented for 50 cents from some rag-picker. And with a crazy crown on. Now what kind of a queen do you think you are? 

Stanley poursuit sur sa lancée et viole Blanche.

Let’s have a little roughhouse…

Blanche est traumatisée. Après ce drame, elle ne sort plus de sa chambre. Le personnel de l’hôpital psychiatrique vient la chercher (cf Empire of Lights, Shutter Island). De retour à la maison, Stella refuse de croire sa soeur mais elle doit bien reconnaître les faits quand Mitch attaque Stanley.

What are you looking at? I never once touched her!

Comme toujours, Stanley appelle Stella. Elle se promet qu’elle va lui résister, pour changer. Cette fois, les choses vont changer.

I’m not going back in there. Not this time.

L’EXPLICATION

Un Tramway nommé Désir, c’était un terminus.

Pour ceux qui ne comprendraient pas bien les combats féministes (cf Simone) ou qui trouveraient que les femmes en font trop (cf Je ne suis pas un Homme facile), il suffit de remonter le temps de quelques années pour se rafraichir la mémoire.

Il y a seulement quelques années, le mâle dominant était considéré comme le patron absolu dans sa maison. On lui devait le respect.

Since when are you giving me orders?

L’homme n’avait pas forcément besoin de bien se comporter pour être fier de lui-même. Le fait d’exister pouvait suffire.

What I am is 100% American! I’m born and raised in the greatest country on earth and I’m certainly proud of it! And you don’t you ever call me a ‘Polack’!

Quand l’homme rentrait du travail, son dîner était prêt (cf La Bonne Épouse). S’il ne l’était pas, une mise au point pouvait s’avérer nécessaire.

Let me enlighten you on one point or two…

Le rapport entre les sexes était encore très animal. Les hommes devaient parfois remettre les femmes avec du caractère à leur place pour maintenir cette notion essentielle de respect.

Who do you think you are? A pair of queens? Every man is a king and I’m the king around here and don’t you forget it.

Les hommes se permettaient même de faire des blagues entre eux à ce sujet.

Pourquoi ta femme a deux yeux au beurre noir ?

Parce que j’ai du lui expliquer deux fois. 

Le genre de choses que l’on ne peut plus dire aujourd’hui, ce qui étonnent quelques nostalgiques.

Il n’est pas nécessaire de remonter très loin dans le temps pour voir des hommes abuser de leur position d’autorité avec le consentement de la société civile (cf Harvey Weinstein, Promotion Canapé). Quand une femme disait non, en fait cela voulait dire oui. Il fallait juste forcer un peu la porte.

Quand un homme cognait un peu fort, il lui suffisait d’indiquer ses regrets pour que l’on passe l’éponge. Se sachant la cause de la colère masculine, la femme était trop contente de voir son homme enfin apaisé. Stella craint les coups de sang de son mari et attend que l’orage passe pour pouvoir le prendre dans ses bras à nouveau.

Ainsi, la société était régie par des hommes comme Stanley aux multiples défauts : rustres, insensibles, alcooliques, violent, infidèle… Stanley frappe sa femme enceinte et la trompe avec sa soeur – en toute impunité. On peut difficilement faire pire. Mais à l’époque, l’homme pouvait s’en sortir.

Pour les femmes, le tramway nommé désir était une voie de garage. Il conduisait chez Stanley d’où il n’était plus possible de repartir.

Les femmes nourrissaient pourtant le besoin légitime de penser un peu à elles.

I don’t want realism, I want magic.

Mais on ne leur permettait aucune aventure. Terminus, tout le monde descend. La vie d’une femme ressemblait étrangement à une sorte d’impasse. Leur raison d’être était d’abord de satisfaire Monsieur. On les reléguait au rang d’objets, avec une date de péremption.

Men lose interest quickly, especially when a woman is over 30.

Dans le fond, les femmes se rendaient bien compte que quelque chose n’était pas juste. Cependant, il ne fallait pas le dire trop fort.

Strange that I shall be called ‘destitute woman’, when I have all these treasures locked in my heart.

Celles qui avaient le malheur de ne pas faire profil bas se faisaient violer, puis finissaient en institution. Il fallait serrer tout ce qu’il était possible : les dents, les poings… et se serrer les coudes.

No matter what happens, we all gotta keep going!

Heureusement, l’humanité a évolué depuis la préhistoire. Aujourd’hui, le tramway conduit à d’autres moyens de locomotion pour que le voyage se poursuive un peu plus loin.

LE TRAILER

Cette explication de film n’engage que son auteur.

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2 commentaires

  • Bravo ! Magnifique explication de film qui éclaire et rend sensible les rapports Hommes-Femmes dans les années 50. le film est une légende, les acteurs passés à la postérité.

    • Merci Davis, la pièce de Tennessee Williams portée à l’écran est sans concession sur les rapports Hommes-Femmes aux Etats-Unis de l’époque qui étaient assez « unilatéraux »…

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