THE TRUMAN SHOW
Peter Weir, 1998
LE COMMENTAIRE
Chaque jour le même parcours, les mêmes personnes ; chaque jour les mêmes paroles, les mêmes sourires. Les mêmes scènes, les mêmes attitudes. Quand sera-t-on suffisamment honnête avec soi-même pour reconnaître que cette pitoyable comédie a assez duré ?
LE PITCH
Un homme fait le show sans le savoir.
LE RÉSUMÉ
An entire human life recorded on an intricate network of hidden cameras, and broadcast live and unedited, 24 hours a day, 7 days a week, to an audience around the globe. (…) It’s The Truman Show!
Truman Burbank (Jim Carrey) est le héros malgré lui de sa propre télé-réalité orchestrée par le réalisateur Christof (Ed Harris). Les caméras sont braquées sur lui 24h sur 24h pour ne rien rater de sa vie. Il vit dans un décor. Les gens autour de lui sont des acteurs.
Truman est tombé amoureux de Sylvia (Natascha McElhone) qui a tenté de lui révéler la supercherie avant d’être écartée par la production, officiellement aux îles Fidji. Truman s’est ensuite marié avec Meryil (Laura Linney) bien qu’il fantasme encore de Sylvia et rêve des îles Fidji.
À trente ans passés, Truman commence à remarquer des détails étranges autour de lui: des projecteurs qui tombent du ciel, la pluie qui ne tombe que sur lui… Malgré les efforts répétés de Meryl et Marlon (Noah Emmerich) pour le rassurer, Truman ferait plaisir à Descartes : il doute de manière méthodique.
Malgré sa supposée peur de l’eau, il part à l’abordage. Christof déchaine la foudre. Truman ne fait pas marche arrière. Bien décidé à atteindre le bout de son voyage en heurtant un mur. Christof prend le micro et lui parle pour la première fois.
I am the Creator – of a television show that gives hope and joy and inspiration to millions.
Then who am I?
You’re the star.
Christof lui explique qu’il n’y a pas plus de vérité pour lui en dehors. Malgré tout, Truman tire sa révérence.
Say something, goddamn it. You’re on television, you’re live to the whole world.
In case I don’t see you : good afternoon, good evening, and good night. Yeah!
De toute façon, les téléspectateurs sont déjà passés à autre chose.

L’EXPLICATION
The Truman Show, c’est sortir.
La qualité est inversement proportionnel au volume de contenus à disposition sur les plateformes. Qui est responsable ? Les plateformes qui diffusent et se rendent complices du génocide culturel en cours ? Celles et ceux qui regardent ces contenus poubelle ? Ou celles et ceux qui affirment ne pas avoir honte de développer des contenus populaires (cf Confessions d’un Homme dangereux)?
We’ve become bored with watching actors give us phony emotions, we are tired of pyrotechnics and special effects. While the world he inhabits is, in some respects, counterfeit, there’s nothing fake about Truman himself. No scripts, no cue cards. It isn’t always Shakespeare, but it’s genuine. It’s a life.
Ce nouveau type de programme révolutionnaire inventé par Christof, un an seulement avant Big Brother, est un succès massif. Seahaven est un montage parfait dont l’audience ne faiblit pas. Il s’agit d’un programme miroir où les téléspectateur se regardent eux-mêmes, comme une bande d’amis pourrait regarder Friends ou Les Petits Mouchoirs. Voilà une parfaite utopie.
The world, the place you live in, is the sick place. Seahaven is the way the world should be.
Truman avale sa pilule chaque jour, les yeux fermés.
Il est dans la matrice, jusqu’au cou (cf Matrix).
Christof, let me ask you, why do you think that Truman has never come close to discovering the true nature of his world until now?
We accept the reality of the world with which we’re presented. It’s as simple as that.
Truman est un pur produit télévisuel. Né sur le petit écran. Bien marketé. S’il existe bel et bien, il n’est qu’une marionnette dont Christof tire les ficelles car tout ce qui l’entoure est mis en scène. Un produit qui est prisonnier d’un petit monde.
He’s not a performer, he’s a prisoner. Look at him, look at what you’ve done to him!
Pour Christof, Truman est plutôt une poule aux oeufs d’or : monsieur tout le monde qui vit simplement sa vie et dans lequel n’importe qui peut s’identifier. Christof réfute que Truman soit prisonnier. Selon lui, Truman a l’occasion de chercher la vérité mais ne le fait pas.
He could leave at any time. If his was more than just a vague ambition, if he was absolutely determined to discover the truth, there’s no way we could prevent him. I think what distresses you, really, caller, is that ultimately Truman prefers his cell, as you call it.

Truman, « l’homme vrai », va donner tort à son créateur.
Il montre que le questionnement fait partie de la nature humaine. Tel un philosophe, il s’éveille en interrogeant son environnement. Truman est celui qui va contre Dieu en cessant de gober le quotidien qu’on lui impose. Il ne se suffit pas de la routine qu’on lui propose.
Paul Valéry a écrit qu’Ulysse restait chez lui. L’explorateur n’est pourtant pas celui qui vit selon les limites virtuelles, le nez collé à l’écran de son ordinateur ou téléphone portable. Au contraire, Truman devient celui qui va au bout de son voyage afin de s’offrir le choix. Tel un Neo qui opte pour la pilule rouge, Truman quitte le plateau avec élégance et beaucoup de professionnalisme. Il choisit l’inconnu plutôt que ce monde où tout est scripté.
Truman s’affranchit de la société du spectacle de Guy Debord pour devenir acteur de sa propre existence. Va au bout de lui même, au delà de ce dont il croit avoir peur, pour toucher le monde du doigt et mieux se rencontrer. Il est un symbole d’espoir. Débrancher est possible. Après trente ans d’instrumentalisation,
Christof n’a pas complètement réussi à faire de Truman un objet télévisuel.
I know you better than you know yourself.
You never had a camera in my head!
Il ne s’agit pas du choix du coeur. Truman a beau être romantique, il n’est pas guidé par l’amour de Sylvia. Il est plutôt animé par une soif de vérité. Sylvia est un déclencheur, sans être la raison pour laquelle Truman veut s’échapper.
Personne ne sait ce qu’il va trouver de l’autre côté. Truman éteint son écran et coupe son téléphone. Il sort.