LE ROI DE L’ÉVASION

LE ROI DE L’ÉVASION

Alain Guiraudie, 2009

LE COMMENTAIRE

La Bible a dressé le portrait d’Adam et Eve comme s’ils ressemblaient au couple du Lagon Bleu. Dans les faits, ils étaient peut-être sensiblement différents. Adam était en surpoids. Eve était issue de la diversité. Leur écart d’âge était notable. Cela ne les empêchait pas de s’aimer à leur manière. Tout comme cela n’empêchait pas non plus Adam de s’intéresser aux mecs (cf Miséricorde).

LE PITCH

Un homme en pleine crise de la quarantaine tente de fuir (cf Les Évadés).

LE RÉSUMÉ

Armand Lacourtade (Ludovic Berthillot) ne se satisfait plus de sa vie de vendeur de tracteurs. Il se pose aussi des questions sur sa vie de célibataire. Les coups d’un soir ne l’amusent plus.

Si les hommes se marie et qu’ils ont des enfants, c’est peut être que c’est pas si mal que ça. C’est peut-être quelque chose qu’on peut pas dépasser?

Un soir qu’il chasse un homme dans la nuit Albigeoise, il vient en aide à Curly (Hafsia Herzi), la fille de Daniel Durandot (Luc Palun) un concurrent d’Armand qui ne le porte pas dans son coeur. Elle tombe amoureuse de son preux chevalier et le supplie de venir la délivrer du joug de son père tyrannique (cf Shrek).

Armand se met au vélo. Il préfère toujours les hommes. Pourtant, il va prendre tous les risques pour revoir Curly.

Surpris tous les deux nus dans un bosquet, Armand est arrêté par la police qui le contraint à porter le bracelet électronique qu’on réserve aux délinquants sexuels. Le commissaire (François Clavier) en profite pour le suivre à la trace en espérant remonter une filière un peu spéciale.

Les agriculteurs du coin ont cultivé la drouille, un aphrodisiaque artisanal qui prend la forme de pomme de terre tirant un peu sur kiwi avec un léger goût de vanille. Le commissaire espère bien démanteler ce réseau illicite.

Armand ne sait plus où il en est. Son patron (Pascal Aubert) le sent et lui demande de prendre des vacances. Armand lui réclame de pouvoir le sucer. Le commissaire intervient aussitôt et Armand accepte son congé.

Curly prend la poudre d’escampette avec Armand, qui se retrouve maintenant pourchassé par tout Albi. Tous les deux squattent une maison abandonnée jusqu’à ce qu’Armand perde patience.

Il plaque Curly et l’abandonne au bord d’un chemin pour fuir dans la forêt, en slip. La nuit, il aperçoit l’agriculteur Robert Rapaille (Pierre Laur) en train de faire des cochonneries avec le commissaire.

Jean (Jean Toscan) est là aussi et va en profiter pour séduire Armand en lui donnant au passage une petite leçon de vie.

Tant que je ne jouis pas, je continue d’aimer.

Finalement, les quatre hommes se retrouvent dans le même lit. Armand semble enfin apaisé.

L’EXPLICATION

Le Roi de l’Évasion, c’est apprendre à être libre.

La liberté ne s’obtient pas en claquant des doigts. Il faut se battre pour l’obtenir et continuer de se battre pour la conserver. Ce n’est pas tout. Il faut aussi apprendre à se l’approprier. Car tout le monde ne sait pas en profiter.

Armand est un jouisseur. Il ressemble à Bacchus, la barbe en moins. Cet homme ventripotent pense être libre car il se connaît déjà bien. En fait, il est un peu prisonnier de sa routine et ses habitudes faite de ventes de tracteurs ou de mecs au bord de la route. Apparemment, il n’a jamais encore vraiment eu l’occasion de se remettre en question.

Qu’est-ce qu’elles ont mes méthodes de ventes ?

Tu te sers de ton charme!

Ben oui, je suis un vendeur!

Peut-être un peu lassé de son quotidien. D’avoir l’impression que sa vie ressemble toujours à la même chose. Il entame une réflexion profonde.

Tu vas pas me dire que t’es pédé juste par plaisir de l’être ? Pour la liberté que ça donne ? Le côté festif de la chose ?

Aussi pour ça.

Parce que t’aurais pu faire autrement ?

Écoute Jean-Jacques, même si j’ai rien demandé à personne. Je suis persuadé qu’au fond de moi j’ai eu le choix. J’ai choisi de vivre comme je vis. 

Ses amis ne le comprennent pas. Armand a vraiment soif de liberté. Il se met au vélo pour avancer de nouveau et voir jusqu’où il peut aller. Surtout, il veut pouvoir décider.

À ce moment précis, il ne sait plus exactement ce qu’il veut.

Si t’as pas envie d’un homme, c’est que t’as pas envie d’en avoir envie, non ?

Armand a l’impression de perdre son temps avec ses histoires d’un soir. Le hasard fait toujours bien les choses en lui mettant Curly entre les pattes. Avec Curly, c’est différent. Elle lui confère un rôle de sauveur. Armand peut la libérer des jeunes de son âge qui essaient de lui mettre la main dans la culotte. La libérer de l’autoritarisme de son père (cf Viens, je t’emmène). Lui procurer aussi une libération sexuelle en lui faisant découvrir des sensations encore insoupçonnées.

Ça s’appelle ‘sensation fraîcheur’. C’est 6 euros à Intermarché.

De son côté, Curly libère également Armand qui se découvre un désir nouveau qui le fait sortir de ses propres schémas. Cette attirance est condamnée fermement par la société, à l’image de Durandot armé de sa carabine :

Je l’ai pas violée!

Elle a 16 ans! Tu m’emmerdes pas!!

C’est l’âge où ça commence!

Mais Curly n’est pas la solution car elle est trop envahissante. Elle a trop besoin d’Armand. Une enfant qui se plaint tout le temps (cf Alice au Pays des Merveilles). En plus, elle n’aime pas la sodomie qui semble essentielle au bonheur d’Armand. Elle n’est donc qu’un échappatoire qui permet à Armand de sortir de sa condition d’homosexuel célibataire endurci. Il n’est pas vraiment plus libre qu’avant. Sa fuite continue.

C’est toujours la tempête dans son esprit. Tout le monde lui court toujours après, y compris le commissaire qui représente sa raison.

Celui-ci intervient toujours au moment où Armand est sur le point de faire une bêtise comme par exemple scier son bracelet ou sucer son patron. Il ne peut pas le laisser faire n’importe quoi.

Et vous Armand vous savez où vous en êtes ?

Oui je sais très bien où j’en suis!

Sucer votre patron pour retourner travailler, mais tout va bien ?

C’est Jean qui donner la clé à Armand en lui expliquant qu’il a passé sa vie à vouloir satisfaire tout le monde. Un jour, il a compris que s’il n’était plus esclave de son plaisir sans y renoncer, il n’était plus prisonnier de personne. Son rapport au désir a changé (cf Jim Queen). Cela lui a pris le temps.

Il a fallu que j’arrive à 70 ans pour comprendre ça. Tu vois comme on peut être con ?

Aujourd’hui, Jean se sent libre comme l’air. Et il n’a pas besoin de drouille pour bander. Il est l’exemple à suivre car il semble avoir tout compris.

Armand a envie de l’embrasser. Il a trouvé la paix : ne pas chercher la jouissance à tout prix afin de ne plus en dépendre.

Tout le monde est réconcilié : Le commissaire est dans le même lit que l’agriculteur, Jean et Armand. On peut enfin profiter tranquille. Plus besoin de courir comme un furet.

LE TRAILER

Cette explication de film n’engage que son AUTEUR.

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