PARIS EST À NOUS

PARIS EST À NOUS

Elisabeth Vogler, 2018

LE COMMENTAIRE

Paris outragé, Paris brisé, Paris martyrisé mais Paris libéré. Mais Paris a le blues aussi. De Charles de Gaulle à Mad en passant par Marc Lavoine, Paname a inspiré les plus grands chanteurs au fil des années. Paris la capitale de la mode, la cité de l’amour, la plus belle ville du monde! Et ces Parisiens ingrats qui quittent leur ville lumière dès qu’ils le peuvent pour lui faire des infidélités avec le Touquet, en Normandie (cf Un homme et une femme) ou dans le Perche, préférant un coucher de soleil à la Tour Eiffel.

LE PITCH

La vie de couple de deux jeunes Parisiens à l’épreuve de la ville.

LE RÉSUMÉ

Anna (Noémie Schmidt) croise Greg (Grégoire Isvarine) en soirée. Il lui fait le vieux coup de lui toucher les cheveux. Elle ne peut pas résister. Le couple s’emballe.

J’ai jamais ressenti un truc pareil. T’es sûr que c’est bien réel? Et si on se racontait tout? Tout ce qu’on a jamais dit à personne.

Assez rapidement, les deux amoureux basculent dans des prises de tête interminables car il ne peut pas en être autrement en Ile de France. Les bisous font place aux reproches. La moindre parole se transforme en brasier de dispute. 

Tu sais que tu me dis toujours ce que je dois faire??

Tandis qu’Anna la romantique se promène le long du bassin de la Villette, vers les cinémas, Greg ronchonne.

Regarde les gens qui courent après leur ennui…

Le bougon a des envies d’ailleurs. Il songe à Barcelone. 

Qu’est-ce qui te retient à Paris? Ça pourrait être un nouveau départ pour tous les deux.

Au pied du mur, Anna promet malgré tout d’aller le voir puis ne prend pas l’avion. Au moment où un vol partant de Barcelone se crash dans les montagnes par la faute d’un pilote suicidaire. Une amie d’Anna, sans nouvelle, la croise lors d’un meeting à l’INSEP et se permet de lui faire part de ses doutes.

T’aurais pu crever et tu penses qu’à courir!?

Greg revient. Le couple se reforme – difficilement. Anna est perdue.

Je sais pas ce que je veux tu comprends?

Greg insiste.

C’est un truc qui nous est arrivé, on n’a pas le droit de tout gâcher. On n’a jamais fait semblant. (…)T’es là t’es en vie c’est une chance non? Moi je vois les choses en grand. Faut juste que t’arrête d’avoir peur.

Malheureusement, Anna a toutes les raisons d’avoir peur. Elle va être marquée par les attentats de Charlie Hebdo puis du Bataclan. La ville est en deuil. La foule défile main dans la main avec les CRS. Anna, à l’image des Franciliens, est traumatisée – sans perdre son lyrisme.

J’ai peur. J’ai trop peur de ce qui va arriver dans ce monde. Plus je parle. Plus j’essaie d’être moi et plus je suis vide. J’suis totalement vide. Aussi désert et triste qu’un centre commercial à minuit.

Ce n’est pas la disparition de Johnny Hallyday qui va apaiser sa souffrance, ni le discours d’Emmanuel Macron en hommage à l’idole des jeunes. Anna continue de courir à travers l’Histoire, un peu défaitiste.

La nuit tombe sur le monde. La nuit s’abat sur nous.

Greg, marcheur avant l’heure, se veut plus optimiste. Il improvise sur Socrate. 

On n’y est pour rien. C’est tout ce qu’on ne pourra jamais changer. C’est ce qu’on est maintenant. On ne sait rien de plus.

La nuit tombe effectivement sur Paris. Anna ne veut se rappeler que de sa belle rencontre avec Greg, bercée par les BPM, en attendant le petit matin pour que tout puisse recommencer.

L’EXPLICATION

Paris est à nous, c’est plutôt être à Paris.

Le Parisianisme transforme les filles en princesses ne jouant que les premiers rôles.

C’est comme si la vie était un grand jeu et que j’étais l’héroïne principale.

Seuls les étrangers apprécient vraiment leur je ne sais quoi (cf Love). Les autres les trouvent insupportables.

Le Parisianisme engendre des garçons ambitieux d’autant plus ridicules qu’ils sont faussement modestes. Ils nagent en plein paradoxe, voulant conquérir un monde qui les blase.

Alors quand une Parisienne et un Parisien se rencontrent, ça fait forcément des étincelles:

Y’a des gens qui ont de l’imagination et d’autres qui n’en ont pas.

Y’en a qui n’ont rien compris et d’autres qui ont un peu moins rien compris que les autres.

Et toi t’es dans quel camp?

Un peu moins rien compris.

Bien sûr.

Ces Parisiens se veulent profonds. Leurs réflexions, toujours intenses, ne planent pourtant pas bien haut. 

On est des Sim’s en fait. Tu t’es jamais dit toi que Paris, nos vies, ou peut être même l’univers, ça pourrait très bien être un jeu vidéo? Comme si la réalité, enfin notre expérience de la réalité, c’était un monde virtuel. Un programme sur un ordinateur. (…) Ça expliquerait tellement de choses. Tout ce qui se passe dans ce monde et qu’on peut pas comprendre. Ça serait tellement mieux si tout ça, ça existait pas vraiment.

Pas sûr que ça fasse la moyenne au bac de Philo tout ça…

À Paris, la règle exige qu’on ne soit satisfait de rien. Comme une seconde nature. On ne peut simplement pas être heureux, par besoin de différence, par souci de snoberie.

Il nous faut plus. Il nous faut la magie. Le jeu. Il nous faut quelque chose qui tienne entre toi et moi.

Que Greg et Anna s’estiment chanceux puisque l’Histoire va leur donner suffisamment de drame pour alimenter leurs conversations narcissiques. Paris-centre du monde va devenir le théâtre de tous leurs états d’âme.

Je suis tout ce que je vois à l’extérieur et que je supporte pas. Quand je veux détruire tout ça à l’extérieur il faut que je me détruise moi-même. Ça a pas toujours été comme ça. Quand on était petit et qu’on s’allongeait sous les arbres. Je sais qu’au fond on partage les mêmes choses, on est tous traversé par des choses beaucoup plus belles. Des choses qui nous lient au monde. Des chansons, des rencontres, des regards, des amours, des histoires, des ancêtres, des souvenirs.

Paris est comme un tatouage indélébile. Greg a fugué en Espagne et a fini par revenir. Anna a Paris dans la peau. Cette ville-là, on ne s’en sort pas.

Même si je sais que de l’autre côté il y a la vie, la réalité, je peux pas traverser. Je reste du mauvais côté. Ces images horribles finissent par me hanter. Par m’habiter. Cette haine. Cette peur. Cette repression. Et puis la résignation de ma génération qui sait qu’elle changera jamais le monde.

Ces Parisiens visionnaires évoquent déjà le Nouveau Monde.

Et si demain tout s’effondre, on allumera un feu et on se réchauffera avec les débris de leur monde.

Ils sont désormais servis. L’effondrement se déroule sous leurs yeux, chaque samedi depuis trois mois. Puisqu’il s’agit de se positionner, dans quel camp retrouverait-on Greg et Anna? Du côté de ceux qui manifestent sur la plus belle avenue du monde? Ou du côté des citadins qui pensent que les Champs sont réservés aux touristes? Braveraient-ils les gaz lacrymogènes et les flashballs? Ou seraient-ils assis en terrasse à siroter un Spritz ou sur le bord des Quais de Seine avec leurs lunettes de soleil à espérer que cela cesse?

LE TRAILER

https://www.youtube.com/watch?v=nktLCn-RmQo

Cette explication n’engage que son auteur.

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