L’OEUVRE SANS AUTEUR – 2E PARTIE

L’OEUVRE SANS AUTEUR – 2E PARTIE

Florian Henckel von Donnersmarck, 2018

LE COMMENTAIRE

Cela fait quelques années que tout le monde a compris que le système bi-partite ne fonctionnait plus. Droite ou gauche, c’est pareil. Ça finit toujours à droite. Plus la peine de voter, ou presque. On peut bien tout brûler que ça n’y changerait pas grand chose. Quand un politicien sort du chapeau comme un lapin en prétendant avoir la solution miracle (cf Macron à l’Élysée), une troisième voie, on peut s’attendre au pire. Laissons plutôt les artistes mettre le feu. Et voir quel monde pourrait émerger de ce chaos.

LE PITCH

Un artiste cherche à trouver la manière d’exprimer ce qu’il est.

LE RÉSUMÉ

Kurt (Tom Schilling) et sa compagne Ellie (Paula Beer) annonce officiellement leur union au professeur Seeband (Sebastian Koch) qui réagit avec mépris et scepticisme. Il glisse à Kurt que sa fille a une maladie rare qui va l’empêcher d’avoir des enfants. Ellie ne peut pas garder un enfant plus de trois mois. Elle risque de mourir. Malheureusement, elle est déjà enceinte. Il faut donc avorter vite et en toute discrétion bien sûr.

Nous avons une réputation à protéger.

Impossible que la fille de Seeband donne naissance à l’enfant de quelqu’un d’une race inférieur, qui porte en lui le gêne de la démence comme sa tante (cf L’oeuvre sans auteur – 1e partie).

L’officier soviétique qui protégeait Seeband doit rentrer à Moscou. Le Professeur est invité à partir en Allemagne de l’Ouest où personne ne le connait et où nul n’ira lui chercher des poux.

Nous ne nous reverrons plus mon ami. J’espère m’être acquitté de ma dette.

Kurt et Ellie surmontent l’avortement et se marient. Ils partent à Berlin Ouest puis déménagent à Dusseldorf où Kurt reprend ses études aux Beaux Arts, une école un peu plus en conformité avec ses aspirations créatives. Il y découvre d’autres techniques, rencontre d’autres artistes et se familiarise avec d’autres moeurs.

Pour eux, seul le fric compte!

Le fantasque Professeur Van Werten (Oliver Masucci) décèle tout de suite le potentiel.

Tes yeux me disent que tu en as vu plus que nous tous.

Le Maître challenge son élève. Après lui avoir conté ses mésaventures en Crimée avec la Luftwaffe, Van Werten remet en cause tout le travail de Kurt.

Qui es-tu? Qu’est-ce qu’es-tu? Ça… ce n’est pas toi.

Alors Kurt va puiser au plus profond de lui. Il peint l’arrestation du bourreau Burghart Kroll (Rainer Bock), l’ancienne éminence médicale Nazie. Puis il peint sa regrettée tante. Les portraits sont propres. Kurt les floute. Un jeu de lumière lui donner l’idée de faire cohabiter des visages sur la même toile. C’est ainsi que Kroll, Seeband et Elisabeth se retrouvent tous les trois superposés sur l’oeuvre de Kurt.

En atteignant sa vérité artistique, il touche du doigt une vérité universelle. Il exauce au passage le rêve de sa tante.

Seule la réalité est juste. Toutes les réalités sont justes. Je veux la vérité.

Ellie est de nouveau enceinte, de quatre mois cette fois-ci. La malédiction est brisée.

Kurt expose ses toiles à Wuppertal. Les critiques sont à la fois intriguées par le travail de celui qu’il considère déjà comme le plus grand artiste contemporain, tout en restant sur leur faim. Frustrées par le manque de sens commercial de Kurt.

Comme beaucoup de sa génération, il n’a rien à dire.

Les journalistes qualifient ce travail d’oeuvre sans auteur. Peu importe. Kurt a fait la paix avec son passé et peut aborder son futur de papa avec sérénité.

Tom Schilling (Kurt Barnert)

L’EXPLICATION

L’oeuvre sans auteur, c’est une porte de sortie artistique.

Le jeune Kurt est bien mal engagé : artiste dans un pays communiste qui dénigre l’art, marié avec une jeune femme qui ne peut pas avoir d’enfant et dont le beau-père n’est autre que l’assassin de la femme qui a compté le plus dans sa vie. Si Kurt ne fait rien, il se destine à une vie sans relief. Kurt et Ellie vivent les mêmes angoisses croisées. La jeune fille est la victime de son père qui l’a, selon elle, empêché d’avoir des enfants.

Est-ce que je serai toujours à sa merci?

Kurt et Ellie doivent décoller pour voler de leurs propres ailes. Comme Michael conseillait à son neveu Vincent de ne pas haïr ses ennemis (cf Le Parrain 3), Kurt va trouver la force de s’inspirer d’une phrase de Seeband :

Il ne suffit pas d’être bon. Pour être en sécurité dans ce monde, tu as besoin d’être le meilleur.

C’est ainsi qu’il refuse le confort modeste que lui offre la RDA. Il prend le risque de passer à l’Ouest, de tout remettre en jeu pour retourner à l’école, d’occuper un petit boulot peu reluisant comme celui qui a poussé son père au suicide. Surtout, il se remet en cause grâce aux conseils éclairés de Van Werten.

Lui qui avait tout compris, réalise enfin ce que l’art va lui permettre de faire : trouver sa liberté et l’offrir à Ellie.

Dans l’art seulement la liberté n’est pas une illusion. Ne votez pas pour un parti, votez pour l’art. En vous libérant, vous libérerez le monde.

C’est l’art qui donne à Kurt l’intuition de fuir Berlin avant l’édification du mur. Ellie lui confie que ses tableaux seront leurs enfants. L’art permet de débloquer l’esprit et de voir le monde différemment, sans contrainte. Seeband disparait du monde de Kurt tout en étant tellement présent que sa fuite est rendue impossible.

Là où le religieux et le politique ont échoué, l’art peut peut-être réussir car il nécessite que nous sortions des logiques d’exploitation, de rentabilité et de profits pour aller chercher autre chose dans le monde. La sensation de vivre. L’impression d’exister.

La conférence de T Bone Burtnett offre un peu de perspective. Elle donne également matière à réfléchir. La conscience du monde est désormais entre les mains des artistes.

L’art, c’est la passion du vrai et l’amour du beau. Comme le disait le chirurgien esthétique de Jack Napier, s’il faut faire une sortie, qu’on la fasse en beauté! (cf Batman)

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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