MARATHON MAN

MARATHON MAN

John Schlesinger, 1976

LE COMMENTAIRE

Quand on lève la main droite, c’est pour dire Je le jure. Ouvrir la bouche, c’est pour dire Aaah. Sauf quand on tombe sur le mauvais professionnel de santé, genre un chirurgien sadique (cf The Human Centipede) ou un dentiste Nazi. Alors on se retrouve avec une fraise dans la bouche. On dit à nouveau Aaah non plus comme un test mais comme un appel au secours. C’est quand même nettement moins drôle.

LE PITCH

Un homme se retrouve malgré lui engagé dans une drôle de course poursuite.

LE RÉSUMÉ

Thomas « Babe » Levy (Dustin Hoffman) s’entraîne activement pour son premier Marathon. En parallèle il prépare sa thèse de doctorat à l’Université de Columbia, comme une façon de réhabiliter son père qui fut l’une des victimes d’une chasse aux sorcières. Sa vie va basculer suite à un accident de voiture dans lequel meurt le frère d’un ancien dignitaire Nazi. Ce drame pousse le tristement fameux Christian Szell (Lawrence Olivier) à sortir de sa retraite Uruguayenne pour récupérer un butin de guerre que les frères conservaient jusque là dans un coffre fort.

Christian Szell est surveillé par Doc Levy (Roy Scheider), le frère de Babe, qui travaille pour une organisation gouvernementale secrète, la Division, et dont les agissements sont peu recommandables.

Szell craint que Doc ne le dévalise de ses diamants une fois qu’il sera sorti de la banque. Alors il menace Babe via son service de sécurité personnel. Puis il assassine carrément Doc, quitte à prendre le risque de se mettre la Division à dos.

Babe ne comprend strictement rien à ce qui se passe. D’abord il apprend que son frère travaille dans une organisation secrète alors qu’il le croyait dans l’industrie pétrolière. Il fait la connaissance de Peter Janeway (William Devane), un collègue de son frère, dont il n’a jamais entendu parler et qui prétend être son ami.

My name’s Peter Janeway. But you can call me Janey, all of my friends do.

I’m not your friend.

Et sa petite amie Elsa Opel (Marthe Keller) n’aurait en fait rien à voir avec ce qu’elle prétend être.

Szell craint que Doc n’ait dit quelque chose à Babe avant de mourir. Il préfère assurer ses arrières en le kidnappant pour mieux le questionner.

Oh, please don’t worry. I’m not going into that cavity. That nerve’s already dying. A live, freshly-cut nerve is infinitely more sensitive. So I’ll just drill into a healthy tooth until I reach the pulp. Unless, of course, you can tell me that it’s safe.

Babe ne cède pas à la torture dentaire et pour cause, il n’a rien à dire! Il parvient à s’enfuir et à échapper aux hommes de Szell grâce à sa formidable endurance.

Désormais au courant de toute l’histoire grâce à Elsa, Babe parvient à liquider les hommes de Szell et à confronter son tortionnaire à sa sortie de la banque. Il emmène l’Ange Blanc – comme on l’appelait à Auschwitz – au Reservoir à Central Park puis disperse tous ses diamants volés dans l’eau. Szell se tue en essayant de rattraper sa mallette au trésor.

Babe ressort du Reservoir l’esprit libre. Il peut jeter au loin le revolver dont s’est servi son père pour se suicider.

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L’EXPLICATION

Marathon Man, c’est surmonter le mur des 30km.

Tout est relatif. Rapportées à la course de l’Humanité (cf Into Eternity), nos petites vies ressemblent à des sprints. À notre propre échelle, la vie s’apparente quand même plutôt à une course d’endurance dans lequel il faut s’accrocher et dépasser la douleur. Ce que n’a pas réussi à faire le père de Babe, de toute évidence, puisqu’il s’est suicidé mon amour.

C’est presque un marathon relais car on s’inscrit toujours dans une course plus grande. En l’occurrence, Babe doit courir avec sur ses épaules le pesant héritage de son père soupçonné par le MacCarthysme (cf Good night and good luck) et ses chaussures sont encore lourdes de la déportation du peuple Juif lors de la deuxième guerre Mondiale (cf La liste de Schindler). Il faut s’accrocher!

Avoir un objectif précis aide le marathonien à mieux avaler tous ces kilomètres d’entraînement. En chemin, il y a des ravitaillements qui sont comme une sorte de petits plaisirs, comme Elsa dont Babe est persuadé qu’il est amoureux.

Pendant la course, le mur frappe aux alentours du trentième kilomètre, plus ou moins fort. On a les jambes coupées. Démotivé. La lucidité envolée. C’est le moment où tout se gâte pour Babe. Plus rien ne fait sens : l’attitude de Doc avec Elsa au restaurant, tous ces mystères autour de sa profession, sa mort, Janeway qui lui vient en aide pour mieux le tromper. On a avait noté consciencieusement ses temps intermédiaires sur son avant-bras et tout s’est mélangé. C’est le moment de la course où l’on ne peut plus faire confiance à personne et en particulier à soi-même. Il n’y a plus de repère. Dans cette zone délicate, le doute s’empare de nous.

You’re weak. Your father was weak in his way, your brother in his, now you in yours. You are all so predictable.

On pense qu’on ne va pas y arriver. Tout ce qui compte, c’est la fraicheur. Tous les soucis esthétiques avant la course, le choix des baskets, du short, les coloris… tout cela disparaît soudainement pour faire place à l’essentiel : la santé.

You see, uh, in a sense, one becomes more emotional with age. First after a lifetime of being taken by friends and enemies alike, and then just when you think you have your possessions sure, your health begins to go.

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Tant qu’on a des jambes on continue, sans réfléchir. On avance. Débarrassé de ses peurs et de toute considération matérielle, on retrouve un second souffle. On franchit la ligne non pas comme une performance mais comme si on était enfin libre. En paix avec ses vieux démons. On n’a enfin plus rien à se prouver.

Babe peut jeter le flingue de son père au loin comme les runners peuvent disposer leurs paires de chaussures côte à côte… dans la poubelle. Ça, c’est fait. Il est désormais temps de poser ses fesses confortablement dans le canapé avec une bonne bière, un bon gros paquet de chips qu’on aura pris soin de laisser au frigo pendant quelques minutes. La vraie vie peut commencer.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

4 commentaires

  • J’adore ce film qui a une ambiance vraiment particulière (quasi fantastique par moment – ce ballon sorti de nul part qui rebondit sur les marches d’escaliers à la sortie de l’opéra par exemple, je kiffe -).

    Tout le monde parle de la métaphore du marathon comme une lutte pour la vie (on utilise aussi la boxe souvent dans le même genre de sous-texte assez pauvre et facile), il y a de ça évidemment, mais j’y vois plutôt quand même avant tout l’idée qu’on court tous après des choses qui finalement n’ont absolument aucune importance (l’argent, la richesse notamment). Après tout c’est aussi un récit initiatique et « Babe » à la fin du film marche lentement, à moitié hagard, alors que d’autres continuent à courir si je me souviens bien en arrière et en sens inverse. Il a en quelque sorte après son périple réussi à prendre de la distance, il ne va plus se prendre la tête, ne plus se faire d’illusions, ne plus continuer à remuer le passé, il n’est plus ce garçon plein de rêves qui vivait d’avantage dans l’imagination que dans la réalité.

    Pour l’anecdote Sir Laurence Olivier était en train de mourir pendant le tournage du film et certains y ont vu un passage de flambeau avec la « jeune » (il interprète un personnage qui a une vingtaine d’année alors qu’il devait déjà en avoir pas loin d’une quarantaine à l’époque) étoile montante Dustin Hoffman.

    • Merci pour ce très beau commentaire. Prendre de la distance plutôt que tenir la distance. Arrêter de courir après des chimères.

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