L’HOMME QUI VOULAIT SAVOIR

L’HOMME
QUI VOULAIT SAVOIR

George Sluizer, 1988

LE COMMENTAIRE

Les apparences sont trompeuses (cf le Daim). Quand une femme imprime la rétine d’un monstre, sa vie est en danger. Ce n’est pas parce que l’homme est un père de famille bedonnant et qu’il porte une paire de lunettes qu’il est moins monstrueux. Il ne faut pas faire d’amalgames, ni séparer l’homme du meurtrier (cf Pourquoi vouloir séparer l’Homme de l’Artiste ?).

LE PITCH

Trois ans plus tard, un homme rencontre l’assassin de sa compagne.

LE RÉSUMÉ

Rex (Gene Bervoets) et Saskia (Johanna ter Steege) passent les vacances en France. Le couple s’arrête pour faire le plein sur une aire d’autoroute. Saskia veut acheter une boisson mais elle ne revient pas. Au bout de quelques minutes, Rex comprend qu’elle a disparu.

Je trouve plus ma femme… Faut faire quelque chose! Tout de suite!! Elle a pu être enlevée!

Des années plus tard, Rex fréquente Lieneke (Gwen Eckhaus). Cependant, il n’est pas parvenu à faire le deuil de Saskia.

Quelque chose me dit qu’elle est en vie, quelque part très heureuse. Alors je dois faire un choix : La laisse vivre sans jamais savoir, ou découvrir la vérité.

Rex continue de publier des avis de recherche. Il passe même à la TV pour s’adresser au ravisseur présumé.

Je veux vous rencontrer, je veux savoir ce qui est arrivé à mon amie. Et pour ça, je suis prêt à tout.

Raymond Lemorne (Bernard-Pierre Donnadieu) finit par répondre. Il se fait connaître et organise un rendez-vous.

Je suis l’homme que vous cherchez. (…) J’ai beaucoup réfléchi à notre rencontre Mr Hoffman. Depuis le début j’ai ressenti le besoin de vous voir. (…) Vous pouvez me tuer. Je vous en reconnais le droit.

Lemorne se présente volontiers comme un sociopathe.

Vous êtes complètement fou.

Peu importe.

Pas plus inquiet, Rex veut savoir. Alors Lemorne lui propose de prendre un somnifère, en promettant à Rex qu’il saura ce qui est arrivé à Saskia. C’est la seule façon. Rex hésite. Sa curiosité lui fait prendre tous les risques. Il avale le somnifère.

Rex se réveille coincé dans un cercueil. Lemorne lui a réservé le même sort qu’à Saskia en l’enterrant vivant (cf Buried).

L’EXPLICATION

L’homme qui voulait savoir, cela se termine de la même manière.

Devant le mystère de la vie, il y a deux possibilités.

  1. On peut prendre les choses comme elles viennent, sans se poser de question. À la fin, on meurt. On accepte la fatalité en essayant de profiter autant que possible (cf Une Journée avec mon Père).
  2. On peut se prendre la tête. La fatalité devient inacceptable. Les questions s’enchainent : Quel est le sens de la vie ? Meurt-on pour une raison ? Que se passe-t-il au moment de rendre l’âme (cf 21 Grammes) ? Voit-on une lumière (cf Ghost, L’Expérience Interdite) ? L’histoire continue-t-elle au Paradis ? Fait-il si chaud en Enfer ? À la fin, on meurt aussi.

Soit on accepte de ne pas savoir. Si l’on cherche à savoir, on peut le payer de sa propre vie. Celles et ceux qui acceptent de ne pas savoir ne peuvent pas s’estimer déçu·es. Par contre, quand on cherche des réponses, on n’est pas sûr d’en trouver. Même si ça peut mal tourner et qu’on peut regretter d’avoir posé la question (cf Les Aventuriers de l’Arche perdue, Ne le dis à Personne).

De ce point de vue, Saskia et Rex forment un couple complémentaire car ils ont des approches radicalement opposées. Saskia accepte l’incertitude. Elle ne veut pas savoir. Au contraire de Rex qui refuse l’incertitude. Il veut savoir. On pourrait presque ajouter une troisième façon de voir les choses avec celle de Lemorne qui veut savoir si l’on peut savoir que rien n’est écrit. C’est d’ailleurs pourquoi Lemorne est vraiment tordu : Il pousse la logique de Rex à l’extrême.

Saskia est donc curieuse de voir ce que la vie lui réserve, sans connaître la fin du film à l’avance. Dans un jeu télévisé, elle serait du genre à revenir la semaine suivante plutôt que de partir avec ses gains afin de les placer sur un compte épargne.

Le hasard de la vie va faire que sa route croise celle de Raymond Lemorne, le barjot.

Pour mesurer à quel point Lemorne est cinglé, il faut tenter de comprendre son mobile : être certain que rien n’est écrit à l’avance pour pouvoir se dire qu’on est vraiment libre. Dans sa jeunesse, il a d’ailleurs commis une tentative de suicide – juste parce qu’il pouvait le faire. Il veut faire l’expérience du libre-arbitre en se mettant lui-même en danger. Son approche du meurtre est presque métaphysique.

Pour contredire ce qui est écrit, il faut sauter.

Un jour, sa fille l’a vu sauver la vie d’une autre petite fille et a traité Lemorne de mon père ce héros. Lemorne n’a apparemment pas su se satisfaire de ce compliment puisque son cerveau dérangé s’est mis en tête d’essayer de tuer quelqu’un pour voir s’il était aussi héroïque que l’estimait sa fille.

Son admiration pour moi n’avait aucune valeur tant que je ne m’étais pas prouvé que j’étais incapable d’accomplir une mauvaise action.

Par conséquent, tuer quelqu’un est devenu son obsession. Il a répété le scénario de nombreuses fois en prenant des notes et en mesurant son rythme cardiaque dans le but de voir s’il pouvait passer à l’acte.

Mine de rien, c’est devenu une passion. Tu as quelque chose dans la tête, alors tu fais un pas. Et puis un deuxième, et puis tu te rends compte que tu viens de plonger dans quelque chose d’insensé. Peu importe! Tu persévères pour le plaisir de persévérer. Pour la satisfaction que ça peut procurer.

Voilà le genre de taré auquel on a affaire ici.

Malheureusement pour Saskia, Lemorne a été pris d’éternuement avec la femme qu’il avait ciblée avant elle. C’est donc Saskia qui a fait les frais du meurtrier. La faute à pas de chance.

Rex ne supporte pas qu’un événement puisse rester sans explication. Il pense de manière rationnelle, en plus d’être un peu égoïste. Sa compagne est morte mais tout ce qui compte, c’est sa souffrance à lui. Le fait qu’il ne sache pas ce qui s’est passé le rend fou, jusqu’à l’empêcher de dormir la nuit. Rex veut tellement savoir qu’il accepte de rencontrer l’assassin, non pas pour se venger mais pour obtenir une réponse.

Vous ne m’intéressez pas. Tout ce que je veux savoir c’est ce qui lui est arrivé.

Rex insiste pour savoir. Lemorne apprécie la démarche. Il le tue également, de la même manière que Saskia – presque comme un service rendu ou par respect. Lemorne se dit qu’il a peut-être rencontré son égal en la personne de Rex qui, comme lui, veut savoir.

Si Rex est d’abord naturellement terrifié de se retrouver dans un cercueil, il finit par en rire avant que son briquet ne s’éteigne définitivement. Au moins, il sait.

Saskia ne demandait rien à personne et la mort l’a frappée, presque par accident. Quant à Rex, il a cherché la mort et l’a trouvée. Chacun·e son délire.

Une chose est sûre : Homer Simpson avait raison. Qu’ils soient rouges ou verts, les petits nounours ils finissent tous par avoir la même couleur dans notre estomac.

LE TRAILER

Cette explication de film n’engage que son AUTEUR.

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