LE FESTIN NU

LE FESTIN NU

David Cronenberg, 1991

LE COMMENTAIRE

Comment ne pas être subjugué par les grands mystères de la vie, que certains appellent encore les voies impénétrables du Seigneur? En plein confinement, prendre une minute pour contempler le papier peint sur les murs qui nous entourent. Ne surtout pas chercher à le décoller. Sous peine d’assister au ballet des cafards (cf Bug).

LE PITCH

Voyage d’un romancier toxicomane dans l’Interzone.

LE RÉSUMÉ

1953. Au sortir de sa cure de désintoxication, William Lee (Peter Weller) a choisi de se spécialiser dans l’extermination d’insectes. Sa femme Joan (Judy Davis) lui vole un peu de poudre insecticide pour se l’injecter par intraveineuse. Elle lui suggère d’en prendre également.

It’s a Kafka high. You feel like a bug.

L’addiction est immédiate. William consulte le Dr Benway (Roy Scheider) qui lui propose un remède alternatif efficace.

Placé en garde à vue pour détention de substances dangereuses, William est pris d’hallucinations. Un insecte géant lui ordonne d’assassiner sa femme, accusée d’être une agente oeuvrant pour le compte d’une organisation secrète.

You’re wife is not really your wife. 

William la tue par erreur d’une balle dans la tête.

There are no accidents.

Il est invité à se cacher à Interzone, au Maghreb. Là-bas il y rédige des rapports sur une machine à écrire aux allures d’insecte. Les hallucinations continuent. Sa Clark Nova lui explique qu’à Interzone aux moeurs approximatives, l’homosexualité doit lui servir de couverture.

Lors de quelques rares moments de lucidité, il s’entretient avec Tom Frost (Ian Holm), un autre romancier dont la compagne Joan est la sosie de l’ex-femme de William. Il rencontre également Yves Cloquet (Julian Sands), un milliardaire Suisse qui est en fait un mille-patte géant.

Petit à petit, les rapports de Lee constituent un corpus qu’il intitule Le Festin Nu.

A writer lives the sad truth like anyone else. The only difference is, he files a report on it.

William finit par retrouver la trace du Dr Benway déguisé en Fadela (Monique Mercure). Celui-ci est à la tête d’un gigantesque traffic de narcotiques concoctés à base de protéines de mille-pattes. Benway invite William à le rejoindre en Annexie.

Au moment de passer la frontière en compagnie de Joan, les autorités lui demandent de fournir la preuve de sa profession. William se présente comme écrivain et montre un stylo, ce qui ne semble pas être suffisant.

L’auteur se retourne alors vers Joan et la tue d’une balle dans la tête. Il n’en fallait pas plus.

Welcome to Annexia!

L’EXPLICATION

Le Festin Nu, c’est écrire en terre inconnue.

William Lee est un anonyme de plus dans la ville (cf Mort d’un commis voyageur). Son quotidien est terne. Chaque jour, il s’intoxique avec le dernier produit chimique à la mode, jusqu’à ce qu’un autre encore plus nocif fasse son apparition sur le marché. Il est déjà entouré de zombies.

Attentif à son environnement, il reçoit des appels à partir. Des voix qui l’alertent sur une menace qui pèse sur lui. Son salut passer par l’expatriation. La permission de rédiger une oeuvre ailleurs, tel William S. Burroughs exilé à Tanger. Loin de ces amis dont les opinions radicales ont la capacité d’étouffer toute forme d’inspiration. Leur orthodoxie annihile littéralement la création (cf Barton Fink).

See, you can’t rewrite, ’cause to rewrite is to deceive and lie, and you betray your own thoughts. To rethink the flow and the rhythm, the tumbling out of the words, is a betrayal, and it’s a sin, Martin, it’s a sin. 

William a besoin d’un espace à l’abri des regards, où le jugement n’existerait pas. Où les gens vont et viennent sans identité. Il va le trouver à Interzone, sa Twilight Zone. Sans repère (cf Las Vegas Parano).

Nothing is true. Everything is permitted.

Là-bas, il n’est pas supérieur aux nuisibles. Pas besoin de les tuer avec du poison. Il est à leur niveau. Sans pression. Le seul travail d’extermination est celui de la raison scientifique. William déstructure sa pensée.

Exterminate all rational thought. That is the conclusion I have come to.

Il s’y révèle en tant qu’écrivain. Faisant corps avec sa machine à écrire. Une expérience de fusion totalement surprenante. Au point que les pages commencent à s’écrire toute seules (cf Le Créateur).

I understood writing could be dangerous. I didn’t realize the danger came from the machinery.

Ses échanges avec Tom Frost sont de l’ordre du magique. Ensemble, ils trompent l’illusion du paraître. Se comprenant sans prononcer la moindre parole. Juste à travers un regard, comme un sixième sens.

This is all happening telepathically, non-consciously.

Dans un état second la plupart du temps, William ne comprend pas exactement ce qui lui arrive. L’exactitude a disparu. Il est emporté par son expérience.

I seem to be addicted to something that does not exist.

En compagnie de ces étrangers et sous substance, tout lui échappe gentiment. Entre plaisirs et paranoïa, il change de statut (cf C.R.A.Z.Y.). Cela ne fait plus de différence. Un autre monde. Pratiquement une libération.

Queer. A curse. Been in our family for generations. The Lees have always been perverts. I shall never forget the unspeakable horror that froze the lymph in my glands when the baneful word seared my reeling brain – I was a homosexual.

Sa mémoire lui joue des tours. Peu importe. Les enchaînements se trouvent de manière assez fluide.

One thing led to another…

Il retrouve le Dr Benway, le maître des clés. Celui qui va lui permettre de revenir à la civilisation. Il suffit à William d’exprimer son besoin.

Just tell me what you want.

L’auteur réclame à nouveau Joan, comme un réflexe. Peut-être pour mieux la tuer à nouveau? Puisqu’il lui est clairement impossible de revenir à sa vie d’avant.

I was a troubled person, I’m married now, I’m straight, I got a good job.

Il ne peut rentrer en Annexie qu’en tant qu’auteur troublé. Ce second féminicide devient son passeport (cf Shining). Il tire une nouvelle balle dans la tête de la femme pour entériner sa bizarrerie. Un crime symbolique.

En Interzone, il n’a sans doute pas écrit un chef d’oeuvre. Cependant, il s’en moque. William traverse sa vie sans histoire, ni faute d’orthographe ou rature. Il continue son voyage en terre étrangère pour un écrire un nouvel opus.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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