LAS VEGAS PARANO

LAS VEGAS PARANO

Terry Gilliam, 1998

LE COMMENTAIRE

Le siècle dernier, le philosophe Jean-Patrick Capdevielle avait compris la dimension cathartique du désert (cf Gerry). Ce lieu est effectivement propice aux prises de conscience. Qu’on soit seul ou accompagné, on peut s’y poser les bonnes questions, sans être freiné dans notre élan. Les points d’interrogation s’enchaînent, cheveux au vent.

LE PITCH

Un journaliste accompagné de son avocat part en reportage à Viva Las Vegas.

LE RÉSUMÉ

Raoul Duke (Johnny Depp) et le Dr Gonzo (Benicio del Toro) roulent à fond la caisse sur les autoroutes fantômes du Nevada – en jonglant avec les drogues.

The ether was wearing off. The acid was long gone. But the mescaline was running strong. Good mescaline comes on slow. The first hour is all waiting. Then about halfway through the second hour, you start cursing the creep who burned you because nothing’s happening. And then – ZANG!

En route pour Las Vegas où ils doivent couvrir l’événement motard Mint 400, les deux hommes prennent un auto-stoppeur (Tobey Maguire). Celui-ci parvient à s’enfuir devant les propos apparemment incohérent des deux hommes qui parviennent tant bien que mal à leur hotel.

L’hallucination continue. Au milieu des motards, Duke se croit sur un champs de bataille.

I saw these bastards in Easy Rider, but I didn’t believe they were real. Not like this, man, not hundreds of them.

En plein flip, il retourne à l’hotel. Puis tente quelques sorties hasardeuses avant de retourner dans sa chambre. Il y trouve Gonzo dans la baignoire, cherchant à s’électrocuter sur l’air de White Rabbit de Jefferson Airplane, ce qui est plus stylé que l’adagio d’Albinoni si cher à Jean-Claude Dus (cf Les Bronzés). Duke parvient à le maitriser tant bien que mal.

Le lendemain matin, Gonzo a disparu. Il est reparti à Los Angeles pendant la nuit. Duke doit gérer la facture exorbitante. Il cherche à quitter la ville mais se fait arrêter par un motard. Son réflexe est d’appeler son avocat qui se trouve à nouveau à Las Vegas, au Flamingo, en compagnie de Lucy (Christina Ricci). Duke les y retrouve.

Les deux hommes se débarrassent de Lucy pour assister à une convention. Lucy les appelle pour avoir des explications que Duke n’est pas en mesure de fournir.

Après un long black-out, Duke tente de se rappeler ce qu’il s’est passé à l’aide de bandes magnétiques. Il se souvient vaguement de la serveuse, de la femme de chambre et de l’orang-outan.

L’heure est arrivée de déposer Dr Gonzo sur le tarmac de l’aéroport, à proximité de son avion. Traitement VIP.

Juste le temps de retourner à l’hotel pour finir son article par conscience professionnelle, Duke reprend la route pour Los Angeles, tambour battant, comme le lui a toujours recommandé son avocat.

As your attorney, I advise you to drive at top speed.

Cette pige lui aura permis de faire le tour de la question.

What Leary took down with him was the central illusion of a whole lifestyle that he helped create. A generation of permanent cripples, failed seekers, who never understood the essential old mystic fallacy of the acid culture: the desperate assumption that somebody, or at least some force, was tending the light at the end of the tunnel. There was only one road back to L.A. – U.S. Interstate 15. Just a flat-out high speed burn through Baker and Barstow and Berdoo. Then onto the Hollywood Freeway, and straight on into frantic oblivion. Safety. Obscurity. Just another freak, in the freak kingdom.

L’EXPLICATION

Las Vegas c’est un moment d’extrême lucidité.

Le voyage de Duke commence par une série de questions fondamentales :

What was I doing here? What was the meaning of this trip? Was I just roaming around in a drug frenzy of some kind? Or had I really come out here to Las Vegas to work on a story? Who are these people, these faces? Where do they come from? They look like caricatures of used car dealers from Dallas, and sweet Jesus, there were a hell of a lot of them at 4:30 on a Sunday morning, still humping the American dream, that vision of the big winner somehow emerging from the last minute pre-dawn chaos of a stale Vegas casino.

À ces questions, les plus religieux d’entre nous prétendront qu’ils ont la réponse. Comme toujours. Ils sont ceux là qui savent. Leur présence sur terre serait la volonté du Créateur qui décide de tout, y compris de la mort des dinosaures (cf Jurassic Park) ou du réchauffement climatique (cf Le Jour d’après). Si Dieu préfère nous faire disparaître sur une route Anglaise plutôt que dans le désert (cf Lawrence d’Arabie), c’est ainsi. Les voies du Seigneurs sont impénétrables, parait-il. Celles des drogues un peu plus.

Duke n’a pas de réponse.

I’m not really sure I can answer that.

Alors il s’en remet à la mescaline, entre autres, pour découvrir de nouveaux horizons. Le voyage prend désormais tout son sens. Les motards ne sont qu’un prétexte. Il s’agit en fait de partir à la découverte des possibilités infinies que propose l’Amérique de Joe Dassin.

Our trip was different. It was to be a classic affirmation of everything right and true in the national character. A gross physical salute to the fantastic possibilities of life in this country. But only for those with true grit.

On peut vivre dans le réel en tentant de le définir et d’en maitriser les contours. Mais qu’est-ce que le réel (cf Le Prestige) : des places de parking délimitées par un peu de peinture au sol?

You can’t park your car here.

Why not? Is this not a reasonable place to park?

Reasonable? You’re on a sidewalk! This is the sidewalk!

Duke analyse la situation avec clairvoyance. Il fait exploser les référents pour voir le monde différemment, ce qui lui procure un recul incroyable – sans pour autant lui apporter les réponses. Ce n’est plus important.

There was madness in any direction, at any hour. You could strike sparks anywhere. There was a fantastic universal sense that whatever we were doing was right, that we were winning.

Accepter les questions sans tenter d’y répondre. Vivre avec les problèmes sans en chercher une solution. Les affirmations se libèrent du poids de la justesse.

You people just don’t understand! This car is property of the World Bank, that money goes to Italy!

Duke dérange parce qu’il a trouvé sa place dans un monde parallèle, entre la vérité et le mensonge. Ou plutôt, au delà de la vérité et du mensonge. Une troisième voie. Duke a compris que les routes du quotidien ne mènent nulle part puisqu’elles sont en circuit fermé (cf The Snowpiercer). Ça ne s’arrête jamais. Ce qui se passe à Las Vegas reste à Las Vegas (cf Very Bad Trip). On n’en part pas (cf Leaving Las Vegas) ou à la rigueur pour aller à Los Angeles (cf Showgirls).

When’s the thing going to stop?

Stop?

Stop it!

It’s not ever going to stop, man!

Il peut donc continuer sa route sereinement. En bon disciple de Nietzsche, il est parvenu à réaliser ce que personne est incapable de faire : devenir soi-même. Duke assume que son histoire n’a ni queue ni tête, ce qui ne lui pose plus aucun problème. Au moins, c’est lui qui conduit. Il a tout compris.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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