BUT I’M A CHEERLEADER
Jamie Babbit, 2000
LE COMMENTAIRE
Il existait encore au siècle dernier en France des écoles ménagères. Les femmes y étaient formées pour devenir une bonne épouse sur la base d’un code de conduite. En tant que compagne de son mari, la femme avait pour responsabilité de faire la cuisine, la lessive, le repassage et le ménage. Pas étonnant que certaines femmes aient commencé à s’intéresser à autre chose…
LE PITCH
Une jeune femme doit suivre une thérapie de reconversion.
LE RÉSUMÉ
Megan Bloomfield (Natasha Lyonne) est une Américaine moyenne qui fait partie des pom-pom girls de son lycée. Elle a le privilège d’être la copine du capitaine de l’équipe de foot locale (Brandt Wille).
Sauf qu’elle déteste quand il l’embrasse avec la langue. Ce qui ne semble pas déranger Kimberly (Michelle Williams).
Don’t you hate it when they do that?
I think it’s fun.
Megan commence à rêver de ses copines…
Ses proches remarquent quelque chose et s’en inquiètent. Le père (Bud Cort) fait passer des messages lors de ses bénédicités.
Please help us to follow your path. The one you intend us all to follow. Lors, please help us to obey the rules in life you set up for us, for all that is natural, healthy and sacred…
Bientôt, les proches font appel à Mike (RuPaul Charles), un ex-gay de l’association True Directions.
Your parents and your friends want to have a conversation with you. I’m here to help facilitate that dialogue. (…) We’re not accusing, we’re supporting.
Il est temps de parler. Les parents de Megan lui explique ce qui se passe.
Megan we love you. Lately we’ve become concerned with certain behaviours. We’re afraid you might be influenced by a way of thinking… unnatural.
Honey, we think you’re a… lesbian.
Megan ne comprend pas. Elle doit cependant partir deux mois en thérapie de reconversion, supervisée par Mary Brown (Cathy Moriarty). Avec l’espoir d’en ressortir à nouveau normale.
There is no choice.
Megan y fait la connaissance de garçons et de filles qui semblent souffrir du même problème qu’elle, notamment Graham (Clea DuVall).
Au cours de cette thérapie, les participant·es doivent d’abord reconnaitre leur condition.
I’m homosexual.
Les participant·es doivent ensuite se prêter à des exercices pour mieux correspondre à ce que l’on attend de leur genre, et subir des châtiments visant à les remettre sur les chemins de l’hétérosexualité.
C’est un échec flagrant. Les garçons n’ont d’yeux que pour Rock (Eddie Cibrian), le fils de Marie qui passe ses journées en short court. Et les filles font le mur dès qu’elles le peuvent pour se rendre dans le bar gay du coin.
Megan se fait prendre, et virer. Elle se retrouve à la rue. Lors de la cérémonie finale, elle s’invite pour faire une déclaration émouvante à Graham. Les deux jeunes femmes quittent le camp d’internement ensemble.
Désormais, ce sont les parents de Megan qui rejoignent un groupe de discussion pour parents dont les enfants sont gays.
L’EXPLICATION
But I’m a cheerleader, c’est l’hypocrisie de croire que l’on peut changer la nature.
Les dictons ne sortent pas de nulle part. Ils portent toujours en eux une part de vérité. Qui se ressemble s’assemble (cf La Forme de l’Eau). Il n’y a pas de fumée sans feu (cf House by the River). Chassez le naturel, il revient au galop (cf La Zizanie). Ce qui semble vouloir dire que chacun·e a sa nature profonde et si l’on évolue dans le temps, on ne change pas – selon le théorème de Céline Dion.
En effet, on peut formater des enfants (cf Jesus Camp, L’enlèvement) ou travailler le talent des athlètes à force d’entrainement intensif. Mais d’un dauphin, t’en fais pas un requin.
Il faut une bonne dose d’hypocrisie pour prétendre le contraire.
Ce qui est le cas des parents et des amis de Megan qui ne supportent pas sa vraie nature. Après avoir fait semblant de ne pas voir, ils ont décidé de prendre le taureau par les cornes en se planquant derrière leur Dieu.
Jesus, I hope we’re doing the right thing.
En rejoignant True Directions, Megan met les deux pieds dans le royaume de l’hypocrisie. Un monde où les adultes refusent d’admettre que plusieurs options sont possibles. Il faut défendre le modèle unique : une femme, c’est fait pour être avec un homme et avoir des enfants – si possible après le mariage.
Mary Brown, la reine des hypocrites, refuse de reconnaître que son fils est gay. Mike se considère comme un ex-gay. Tout ce beau monde parle de sexualité comme d’une maladie que l’on pourrait soigner avec des antibiotiques – comme à la grande époque (cf Imitation Game). N’importe quoi.
Look we just got you right on time. (…) You still have a chance to save yourself.
Naïve, Megan ne voit pas en quoi elle pose problème. Elle fait tout comme il faut puisqu’elle est même pom-pom girl, comme le veut la règle.
I’m not perverted : I got good grades, I go to church… I’m a cheerleader!
Le lavage de cerveau a évidemment des effets dévastateurs sur les participant·es, qui ne sont pas là de leur plein gré (cf Vol au dessus d’un nid de Coucou).
I just want to be normal…
Heureusement, Megan va trouver des personnes qui font de la résistance face à cette hypocrisie généralisée.
This is bullshit Megan. You are who you are. (…) In the end it’s up to you whether you choose to live a… lie. Whether you want to be who you are or keep it hidden is really more what you’re about.
Graham montre le chemin à Megan qui trouve le courage de se mettre hors-jeu de ce système détestable, et revenir chercher celle qu’elle aime. Toutes les deux sont prêtes à affronter la vie, sans se cacher. Plus besoin de se justifier. True Directions, involontairement, leur aura rendu service.
Ces thérapies de reconversion pourraient n’être que ridicules si elle n’étaient pas si dévastatrices.
Pendant ce temps, les parents s’arcboutent. Ils refusent d’accepter la réalité et se réfugient dans des communautés où ils vont pouvoir retrouver des gens comme eux (cf Take Shelter). Sans s’en rendre compte, ce sont pourtant eux qui deviennent minoritaires.

