LA FOLLE JOURNÉE
DE FERRIS BUELLER
John Hughes, 1986
LE COMMENTAIRE
À la libération de Paris, les Français·es ont fait la fête avec les GI. Les drapeaux flottaient dans les rues. Quelques dizaines d’années plus tard, ce n’est plus tout à fait la même chose. Ces fourbes d’Américains font désormais la fête avec des Allemandes. Les drapeaux flottent toujours. Mais on mange des spätzle et on boit de la bière plutôt que de chanter Edith Piaf.
LE PITCH
Un lycéen américain joue au chat et à la souris avec le proviseur.
LE RÉSUMÉ
Ferris Bueller (Matthew Broderick) aborde sa dernière année de lycée avec sérénité. Bien qu’il doive passer un examen, il se fait porter pâle – en confiance. Ses parents n’y voient que du feu (cf Risky Business).
They bought it! (…) The key to faking out the parents is the clammy hands. It’s a good non-specific symptom; I’m a big believer in it. A lot of people will tell you that a good phony fever is a dead lock, but, uh… you get a nervous mother, you could wind up in a doctor’s office. That’s worse than school.
Sa soeur Jeanie (Jennifer Grey) n’est pas dupe.
Le proviseur Rooney (Jeffrey Jones) non plus, mais il manque de preuves pour convaincre Madame Bueller (Cindy Pickett).
I don’t remember him being sick nine times.
That’s probably because he wasn’t sick. He was skipping school. Wake up and smell the coffee, Mrs. Bueller. It’s a fool’s paradise.
Ferris convainc son pote Cameron (Alan Ruck), qui est vraiment souffrant, de sortir de son lit pour le rejoindre.
You’re not dying, you just can’t think of anything good to do.
Ferris met en place un système ingénieux pour faire croire à tout le monde qu’il est en souffrance. Il invente une excuse pour libérer sa copine Sloane (Mia Sara).
C’est parti pour une belle journée au volant de la Ferrari du père de Cameron.
Un bon restaurant, un petit match de base-ball et une visite au musée, pendant que le proviseur se démène pour dénoncer son mauvais élève. Ferris passe au travers des gouttes et évite de se faire remarquer par son père (Lyman Ward). Il prend même le micro lors de la parade du von Steuben day et enflamme la foule.
Une journée bien remplie se termine (cf Les 400 Coups). Cameron réalise que les employés du garage où il a laissé la Ferrari se sont faits plaisir : il n’y a plus d’essence dans la caisse. Si le groupe parvient à rentrer sans encombre, le compteur de la Ferrari ne ment pas. Cameron s’en fiche. Cette journée l’a inspiré. Alors tant pis si son père fait la gueule.
Being afraid, worrying about everything, all that shit… I’m tired of it. It’s the best day of my life. (…) I am not going to sit on my ass as the events that affect me unfold to determine the course of my life, I’m going to take a stand, I’m going to defend it. Right or wrong, I’m going to defend it.
Ferris rentre chez lui in extremis, avec l’aide de sa soeur qui est tombée amoureuse d’un délinquant (Charlie Sheen) grâce aux aventures de son frère.
Pendant que Rooney se tape la honte, Ferris a réussi son coup.
Life moves pretty fast. If you don’t stop and look around once in a while, you could miss it.

L’EXPLICATION
La folle Journée de Ferris Bueller, c’est l’art de faire l’école buissonnière.
Si l’Histoire a prouvé quelque chose, c’est que les Américains ne sont pas les plus intelligents (cf Idiocracy). Par contre, les Américains sont de très loin les plus malins. Ils excellent dans le marketing. Leur talent est de donner l’impression à tout le monde qu’ils ont bossé comme des chiens pour atteindre leur but. Pas avares en superlatifs, ils savent surtout bien vendre leur sauce. Mêmes quand ils sont dans le mauvais rôle, ils parviennent à faire croire l’inverse. Champion·nes toutes catégories. Seulement très peu tombent pour dopage (cf Stop at Nothing).
Les Américains ont tout compris, à l’image de Ferris qui veut clairement réussir dans la vie.
I wanna go to college, so I can have a fruitful life.
Cependant pour Ferris, le succès n’est pas incompatible avec l’idée de jouir des plaisirs de la vie. Bien au contraire. Carpe diem (cf Le Cercle des Poètes disparus).
Come on, live a little!
Cet hédoniste veut joindre l’utile à l’agréable (cf Le Loup de Wall Street). En France on dit qu’à l’impossible nul n’est tenu. Ferris n’est pas d’accord. Comme tout bon Américain, il est complètement décomplexé et n’a l’intention de se priver de rien.
The question is not ‘what are we going to do?’, the question is ‘what aren’t we going to do?’. (…) You can never go too far!
De toute évidence, Ferris ne veut pas s’épuiser sur les bancs de l’école pour se préparer à passer le reste de sa vie dans des réunions dont il ne se rappellera pas à l’heure de la retraite (cf Monsieur Schmidt). À quoi bon travailler sa visibilité alors que tous ses collègues l’auront bien vite oublié juste après son pot de départ ? C’est maintenant qu’il faut s’amuser (cf Point Break)!
Son pragmatisme est imparable.
I do have a test today, that wasn’t bullshit. It’s on European socialism. I mean, really… What’s the point? I’m not European, I don’t plan on being European. So, who gives a crap if they’re socialists? They could be fascist anarchists, it still doesn’t change the fact that I don’t own a car.
Ferris maitrise l’art de l’école buissonnière.
Il a le courage de faire ce qui fait peur à tout le monde, en rendant tout cela très facile. Son secret est qu’il ne craint pas les conséquences.
You think I don’t care?
I know you don’t care.
La volonté de Ferris est contagieuse. Son pote Cameron, plus catholique que protestant, est rongé par les scrupules. Il pense que seuls les bons élèves seront récompensés plus tard. Selon lui : sécher l’école n’est pas bien. Il ne faut pas longtemps pour que Ferris réussisse à convaincre son ami.
That’s all in your head!
Ferris a suffisamment de malice pour profiter de la naïveté de ses parents et se jouer de la bêtise du rigoureux proviseur Rooney – qui a une tête d’Allemand.

Et cela fonctionne. La fortune sourit aux audacieux. Ferris passe toujours entre les gouttes. Même sa soeur s’en exaspère.
Why should everything work out for him?!
L’école buissonnière permet à Ferris d’être là où les choses se passent. Il vit comme une cigale dans un monde où la bise est un mythe. Ces idiotes de fourmis se sont bien fait couillonner (cf Baise-en-Ville). On profite en terrasse pendant que les autres sont au bureau, en train de créer de la valeur. Quand on sait emprunter les bons raccourcis, on finit souvent avant les autres – et la vie n’en aura été que plus riche. À la fin de la journée, Ferris ne manque pas de dresser un constat pour prouver à son pote Cameron à quel point sa philosophie est la bonne.
Do you realize if we played by the rules right now, we’d be in gym.
Cela en valait effectivement la peine (cf Gatsby le Magnifique).