APOLLO 13
Ron Howard, 1995
LE COMMENTAIRE
Être malade en voiture n’est pas ce qu’il y a de plus agréable. On devient la centre de l’attention des passagers d’une voiture qui roule soudainement moins vite, comme si cela pouvait faire passer l’envie de dégueuler dans les virages. Le voyage est interminable, avec une pression de tous les instants pour ne pas vomir. Dans ces conditions, on imagine à quoi peut ressembler le fait d’être malade dans l’espace.
LE PITCH
Trois astronautes contournent la lune plutôt que de marcher dessus.
LE RÉSUMÉ
Jim Lovell (Tom Hanks), Ken Mattingly (Gary Sinise) et Fred Haise (Bill Paxton) travaillent pour la NASA. Ils se préparent pour la mission lunaire Apollo 13 après que Neil Armstrong ait posé le premier son pied sur la lune (cf First Man).
Quelques jours avant la mise à feu, Mattingly est sorti du casting car il est peut-être en phase d’incubation de la rubéole. On ne peut visiblement prendre aucun risque supplémentaire. Jim Lovell est mis sous pression. Il accepte à contre coeur de remplacer Mattingly par Jack Swigert (Kevin Bacon), afin de ne pas déprogrammer la mission.
It’s your decision.
Marilyn Lovell (Kathleen Quinlan), la femme de Jim, fait des cauchemars.
Au centre de contrôle à Houston, Gene Kranz (Ed Harris) est en charge de la liaison avec l’équipage.
Au décollage, l’un des moteurs de la fusée se coupe sans empêcher le module de commande Odyssey de se connecter au module lunaire Aquarius.
Un court circuit provoque cependant l’explosion d’un réservoir d’oxygène. Plus ennuyant…
Houston, we have a problem!
L’équipage a effectivement un très gros problème. Les voyants clignotent de partout. La décision est prise de couper deux réservoirs de combustible sur trois afin de stopper la fuite et sauver la vie des astronautes.
The Odyssey is dying. From my chair here, this is the last option.
Cette décision compromet toute chance d’alunissage.
We just lost the moon.
La fuite n’est malheureusement pas stoppée. Le plan de la dernière chance est désormais de profiter de l’orbite lunaire pour revenir vers la terre.
À bord, les astronautes désactivent tout ce qu’ils peuvent pour préserver le peu d’énergie qu’il reste afin de pouvoir rentrer. Ils se les gèlent et se disputent entre eux. Jim Lovell voit son rêve lui passer sous les yeux.
En pilotage manuel, ils parviennent néanmoins à relancer les moteurs. Ce qui les rapproche de la Terre.
À Houston, on imagine encore tellement de problèmes qui pourraient empêcher la mission de ne pas être une catastrophe. Gene Kranz se veut optimiste.
We’ve never lost an American in space, we’re sure as hell not gonna lose one on my watch! Failure is not an option.
L’heure de vérité approche. Lovell adopte un ton solennel.
Gentlemen, it’s been a privilege flying with you.
En général, c’est plutôt mauvais signe lorsqu’on remercie ses collègues de la sorte avant la fin de l’histoire (cf Titanic).
Le bouclier d’Odyssey résiste à la rentrée dans l’atmosphère, et le module de finir miraculeusement sa course dans l’océan. Les trois survivants sont secourus par hélicoptère puis conduits vers l’USS Iwo Jima.
Jim Lovell est amer, mais il est vivant.
Our mission was called « a successful failure, » in that we returned safely but never made it to the moon.

L’EXPLICATION
Apollo 13, c’est une leçon de maquillage.
Dans le monde passionnant de l’entreprise, on aime répéter qu’une crise est une opportunité. Celles et ceux qui en parlent avec l’air le plus convaincu s’appuie souvent sur le fait qu’en Chine ou au Japon, les deux sens sont contenus dans le même idéogramme. Une manière pour ces imbéciles de faire semblant d’étaler leur science et de chier sur l’héritage grec. Puisqu’en Français, le mot crise vient de Krisis qui veut dire décision. Donc tout cela n’a rien à voir avec la choucroute.
Le fait de voir une crise comme une opportunité dépend de la capacité de chacun·e de voir le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide. C’est un conditionnement. Tout comme cela peut-être une manière de maquiller la réalité de la manière dont on préfère (cf Memento).
Aux États-Unis, c’est une seconde nature. Les Américain·es sont des champion·nes de l’esbroufe. On fait dire ce qu’on veut aux chiffres. Tout comme on peut maquiller la réalité.
Ainsi cette mission qui devait permettre à de nouveaux astronautes de marcher sur la lune vire en mission de sauvetage. Ce n’est pas la même chose. Les scientifiques de Houston s’en rendent bien compte. Gene Kranz le confirme : une redéfinition des termes s’impose (cf Full Metal Jacket).
From this moment, we’re improvising a new mission.
Face aux plus sceptiques qui parlent de catastrophe, Gene Kranz met les pendules à l’heure : il s’agira plutôt d’un miracle.
This could be the worst disaster NASA’s ever experienced.
With all due respect, sir, I believe this is gonna be our finest hour.
Gene Kranz s’était déjà agacé auprès des membres de son équipe qui ne semblent visiblement pas comprendre.

Messieurs, il faut savoir faire la différence entre les mots!
I don’t care about what anything was DESIGNED to do, I care about what it CAN do.
Quand on change la réalité, on change toujours la réalité dans un sens favorable. Les Américain·es le savent tellement que lorsque ceux qui se retrouvent dans une position périlleuse, comme les astronautes d’Apollo 13, ils se mettent à douter du discours officiel de Houston qui pourrait n’être que du pipeau. Après tout, comment faire la différence ?
What if they have made a mistake and there was no way to reverse it. Do you think they would tell us?
Les médias dominants font leur boulot en relayant la propagande (cf Les nouveaux Chiens de Garde). Ils restent proches de la vérité, à une nuance près.
The Apollo 13 astronauts MAY BE in grave danger.
Ce n’est pas tout à fait pareil…
Les faits sont ce qu’ils sont : trois hommes sont allés faire un tour dans l’espace et sont revenus. À leur retour, les rescapés sont présentés comme des héros. Puisqu’il faut bien justifier les fortunes englouties dans cette mission.
D’ailleurs le programme de la NASA ne sert-il pas juste à jeter de la poudre aux yeux du contribuable afin de gagner la guerre froide dans les esprits ? Plus personne ne veut payer depuis que Neil Armstrong a réalisé son petit pas.
Now Jim, people in my state keep asking why we’re continuing to fund this program now that we’ve beaten the Russians to the moon.
Neil Armstrong a-t-il seulement posé le pied sur la lune (cf To the Moon)?
On était déjà dans les prémices de la post-vérité (cf X2000, Reset, Eddington).