X2000

X2000

François Ozon, 1998

LE COMMENTAIRE

En fonction des cultures, on peut donner une valeur symbolique à tout et n’importe quoi. Un miroir brisé condamne les responsables à sept années de malheur. C’est long sept ans. Comme pourrait le préciser le professeur Bayrou : sept ans, c’est sept fois un an. Quand on casse un verre, cela peut être un mauvais présage. Au delà du fait que l’on peut se couper en le ramassant, le verre cassé est synonyme de fragilité ou de dispute. Tout comme il peut juste vouloir dire qu’on a fait un peu trop la fête la veille.

LE PITCH

Un homme se réveille dans le nouveau millénaire avec la gueule de bois.

LE RÉSUMÉ

Des bouteilles et des verres vides trainent dans un appartement. Un homme (Bruno Slagmulder) sort de son sommeil et se prend aussitôt la tête. La douleur a l’air intense. Il semble désorienté. La lumière en pleine figure, il aperçoit les mots de Bonne Année 2000 sur les carreaux de la fenêtre de la chambre.

À ses côtés dans le lit, une femme (Denise Shropfer-Aron) dort encore.

L’homme se rend nu dans la cuisine pour prendre une aspirine. Finalement, il prend deux cachets dont l’effervescence suffit déjà à le faire se sentir mieux.

Dans le couloir, deux jumeaux (Olivier le Guevellou, Lionel le Guevellou) dorment ensemble dans un sac de couchage.

Dans son lit, la femme emerge doucement.

L’homme se rend dans le salon d’où il observe ses vis-à-vis (cf Fenêtre sur Cour). Dans l’immeuble d’en face, il aperçoit un couple (Lucia Sanchez, Flavien Coupeau) en train de faire l’amour au sol. Certain·es continuent visiblement de s’amuser. L’homme se contorsionne pour les épier.

La femme le regarde, puis s’en va se faire couler un bain. Elle se brosse les cheveux puis s’enfonce dans sa baignoire. Un bruit l’interpelle. C’est l’homme qui s’est cassé la figure dans le salon.

Lorsqu’il se relève, il remarque que les jumeaux dans le sac de couchage ne dorment pas. Ils sont bleus et ne respirent plus. Plutôt que de paniquer, l’homme reste par terre. Il les contemple un peu amusé de voir leur ressemblance dans la mort.

La femme profite de son bain, l’air pensive.

Pendant que l’homme ramasse les morceaux du verre qu’il a renversé. Dans la cuisine, il remarque des fourmis qui s’activent derrière la poubelle.

Il se rend à son tour dans la salle de bains pour se regarder dans la glace.

Elle lui parle.

Ça va…?

Il lui répond.

… Bof. 

Quelque chose lui pique le pied.

Qu’est-ce qui va pas ?

… Les fourmis attaquent.

L’EXPLICATION

X2000, c’est un nouveau millénaire peu réjouissant.

Celles et ceux qui ont fait le réveillon de l’an 2000 se rappellent du climat anxiogène exceptionnel qui entourait la St Sylvestre de l’époque. Pendant plus d’un mois, les animateurs TV Charly et Lulu avaient poussé la chansonnette pour rassurer tout le monde. Ils affirmaient qu’en l’an 2000 ce ce serait trop bien, qu’il n’y aurait toujours pas de martiens (cf Mars Attacks!), que Bradley ne ferait plus jamais le pitre… Les paroles étaient un peu approximatives mais la musique avait le mérite d’être entrainante.

Cette bonne humeur contrastait avec la peur relayée par les médias dominants d’un gigantesque bug. Plus rien n’allait fonctionner. Les distributeurs allaient coincer et les systèmes informatiques allaient saturer. On se préparait déjà au pire (cf Jusqu’au Déclin, Juste la Fin du Monde).

Finalement, les gens se sont forcés à faire la fête, comme d’habitude. Ils ont passé péniblement minuit avant d’aller se coucher pour se réveiller quelques heures plus tard avec la tête à l’envers. Pour se rendre compte que rien n’avait changé. Le monde était toujours là, avec sa météo pourrie de janvier. La boulangerie était ouverte. Et personne n’allait couper à la taxe d’habitation.

Forcément, chacun·e de son côté a dressé un bilan, avec la particularité de se demander comment serait ce nouveau millénaire – sachant que l’ancien était quand même gratiné. Certes, il y avait eu les Lumières, la découverte de l’Amérique (cf 1492) et la victoire en Coupe du Monde de foot 1998 (cf Les Yeux dans les Bleus). Mais au passif du siècle précédent, on note quand même la peste noire, l’inquisition (cf Le Nom de la Rose), une première (cf 1917) puis une seconde Guerre Mondiale (cf Requiem pour un Massacre). Sans parler de l’invention de la bombe atomique (cf Oppenheimer) ou de l’assassinat de Kennedy (cf JFK).

Cet homme se sort donc du siècle dernier avec le mal de crâne, sans être bien certain de savoir où il met les pieds. Il cherche des éléments de réponse.

Les premiers indices sont plutôt démoralisants.

Déjà parce que les cigales ont quitté le navire. Il n’y a presque plus personne dans l’appartement. Et il n’y a pas rien de plus de sinistre qu’un appartement post-fête. On se sent comme un·e rescapé·e après un ouragan.

Les jumeaux sont morts. On ignore la cause du décès. Dans quelques heures, l’odeur va devenir irrespirable. Et cela veut dire qu’il va falloir appeler les pompiers. Pas vraiment la meilleure manière de commencer l’année.

Les voisins copulent. Ce qui veut dire que c’est en face que ça baise. L’homme ne baise pas et il ne baisera peut-être plus. Si la femme donne l’impression de continuer à flotter sur son petit nuage de mousse, l’homme comprend que le vent a tourné.

Les cigales ont quitté le navire et les fourmis se déchaînent sur le pied de l’homme. C’est la revanche de Jean de la Fontaine. Non seulement les fourmis ne sont pas prêteuses, mais en plus ces garces se réjouissent du malheur d’autrui. L’homme vient à peine de mettre les deux pieds dans le nouveau millénaire qu’il est attaqué par les fourmis.

Quelques années plus tard, les faits lui donnent raison.

Après les attentats terroristes (cf Fahrenheit 9/11, Novembre), on a enchaîné avec une pandémie (cf Contagion).

La diplomatie internationale retombe dans ses pires travers avec la montée des fascismes qui refusent de se présenter comme tels. L’ennemi redevient le rouge, celui qui veut le chaos (cf Joker). La gauche qui n’a pas encore virée au centre est désormais qualifiée d’extrême, pointée du doigt comme la nouvelle extrême-droite. Difficile de s’y retrouver.

On parlait de poudrière des Balkans au début du XXe siècle. À présent, il y a des début d’incendies un peu partout dans le monde.

Le gouvernement n’en fait qu’à sa tête. Les politiques paniquent (cf Personne n’y comprend Rien, Matignon : Mission Impossible ?). L’ère de la post-vérité est en train d’achever le peuple (cf Les nouveaux Chiens de Garde).

On brandit l’argument de la dette pour faire payer les faibles revenus, tout en protégeant les grandes fortunes alors que la théorie du ruissellement économique a prouvé qu’elle ne fonctionnait pas. Il faut s’unir pour éviter que les grandes fortunes françaises partent à l’étranger – sans mettre en question leur attachement à la patrie. Quand le peuple se plaint, on lui tape dessus (cf Un Pays qui se tient sage).

Internet et les smartphones offrent un système de surveillance redoutable. Les réseaux sociaux abrutissent les personnes qui en abusent (cf The Social Dilemma, the American Meme).

En matière de sport, on a découvert que les légendes étaient truquées (cf Stop at Nothing). Heureusement que les athlètes français·es ne se dopent pas. Tout n’est pas perdu…

L’environnement montre de sérieux signes d’essoufflement (cf Wall-e). Les températures augmentent dangereusement, en dépit de ce que peuvent en dire certain·es. La fréquence des catastrophes naturelles qui sont associées à cette hausse des températures s’intensifie (cf Le Jour d’Après, Geostorm, The Impossible).

Les racistes craignent de se faire remplacer par les noir·es et les arabes. Pendant que les autres ont peur que l’humanité toute entière se fasse remplacer par l’intelligence artificielle (cf Les Rescapés du Futur).

En somme, l’avenir n’est pas radieux.

C’est pourquoi l’homme va devoir enfiler son caleçon, puis son costume et retourner bosser – sans faire la gueule. Le premier janvier ne sera plus férié très longtemps. Il faut se préparer au pire (cf Take Shelter).

Cette explication de film n’engage que son auteur.

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