FIRST MAN : LE PREMIER HOMME SUR LA LUNE

FIRST MAN : LE PREMIER HOMME SUR LA LUNE

Damien Chazelle, 2018

LE COMMENTAIRE

Les photos ont tellement perdu de leur intérêt qu’on les a remplacées par des stories aux témoignages éphémères. Comme le disait une publicité pour un savon populaire : C’est bien plus malin pour se laver les mains. Quand on prend une photo aujourd’hui, c’est plutôt pour immortaliser un moment. Un selfie sur une plage de Thaïlande (cf The Beach), au Parc des Princes ou à côté du Président de la République Française. Montrer qu’on était là, alors qu’on ne l’aura peut-être jamais été.

LE PITCH

Un homme se voit confier pour mission d’aller se promener dans l’espace.

LE COMMENTAIRE

Neil Armstrong (Ryan Gosling) est un jeune pilote de l’armée de l’air Américaine. Sa dernière manoeuvre s’est mal terminée. Ses responsables l’accusent d’être distrait. Il a de quoi. Sa petite fille souffre d’une tumeur au cerveau. À sa mort, Armstrong postule pour la NASA afin de pouvoir rebondir.

I don’t know what space exploration will uncover, but I don’t think it’ll be exploration just for the sake of exploration. I think it’ll be more the fact that it allows us to see things. That maybe we should have seen a long time ago. But just haven’t been able to until now.

La famille emménage à Houston et le nouvel astronaute intègre la mission Gemini. Les enjeux sont énormes puisque l’Union Soviétique est en train de gagner la course de l’espace. Armstrong démontre de belles habilités. Mais la technologie est encore balbutiante. Elliot See et Charles Bassett meurent dans un accident.

Bien qu’Armstrong souffre de la disparition tragique de ses amis, il en retire encore plus de détermination. Ce sont pourtant Ed White (Jason Clarke), Gus Grissom (Shea Whigham) et Roger Chaffee (Cory Michael Smith) qui sont sélectionnés pour faire partie de la mission Apollo.

Tandis qu’Armstrong est réquisitionné pour vendre le programme spatial à la Maison Blanche, ses trois amis meurent lors d’un test. Incendie dans la cabine.

La NASA est plus que jamais sous pression. L’opinion américaine s’impatient et se demande pourquoi dépenser autant d’argent pour ce programme. Armstrong commande la mission Apollo 11, en compagnie du fanfaron Buzz Aldrin (Corey Stoll).

À mesure que le jour J approche, Armstrong s’isole de sa femme (Claire Foy) et de ses deux garçons. Ses conférences de presse sont glaciales, comme Neil sait l’être parfois.

Neil, I was sorry to hear about your daughter.

I’m sorry, is there a question?

Consciente du risque, Janet insiste pour qu’il fasse de vrais adieux à sa famille avant de partir dans l’atmosphère.

4 jours après leur départ, les astronautes atteignent la lune où ils posent le pied pour la première fois. Armstrong fait une observation dont il a le secret. Elle restera à jamais dans l’Histoire.

That’s one small step for man, one giant leap for mankind.

Il en profite pour déposer le bracelet de sa fille dans l’un des cratères. À leur retour, les héros sont placés en quarantaine.

Armstrong qui ne montre guère ses sentiments se sent plus à l’aise derrière la vitre qui le sépare de Janet. Il peut plus facilement coller sa main contre celle de sa femme.

L’EXPLICATION

First Man, c’est voir la vie autrement.

On aime déterminer assez rapidement la trajectoire de sa vie à la façon d’un ingénieur de la NASA. C’est rassurant. La carrière. Les vacances entre amis (cf Les Petits Mouchoirs). Les barbecues entre amis (cf Le Coeur des Hommes). Quand tout se passe bien, nous touchons au but. Si ça se passe mal, la fusée explose et c’est le burn out (cf Chute Libre). Dans ce schéma de vie, l’échec s’évite. C’est d’ailleurs à ça que servent les répétitions en coulisses : pour prévenir d’un désastre sur scène. Rien n’est laissé au hasard. Le succès se travaille de façon méticuleuse. Absolument tout est calculé.

Et pourtant la vie ne fonctionne pas tout à fait comme ça. Armstrong va d’abord s’en rendre compte avec le décès de sa fille, emportée par le cancer. Tous ses calculs pour trouver un traitement n’auront servi à rien. Nous sommes parfois impuissants. C’est comme ça.

Armstrong va aussi le comprendre en rejoignant la NASA, qui représente pour lui un saut dans l’inconnu, une nouvelle aventure. Ainsi qu’une façon d’envisager les choses différemment.

Why do you think space flight is important?

I had a few opportunities in the X-15 to observe the atmosphere. It was so thin, such a small part of the Earth that you could barely see it at all. And when you’re down here in the crowd and you look up, it looks pretty big and you don’t think about it too much. But when you get a different vantage point it changes your perspective.

Toute sa vie, Armstrong a voulu construire quelque chose de stable et rassurant, sans pour autant éviter l’ineluctable. Il est temps pour lui d’apprendre à vivre avec cette composante. Chaque jour, il se teste en devant maitriser le moindre paramètre – tout en étant à la merci du destin. Les calculs ont beau être exacts, ils ne protègent pas contre une étincelle. On peut fuir la mort, elle nous rattrape toujours.

Lâcher du lest. Les patrons de la NASA eux-mêmes se font remonter les bretelles par Janet pour cette raison.

Jan, you have to trust us. We’ve got this under control.

No, you don’t. All these protocols and procedures to make it seem like you have it under control. But you’re a bunch of boys making models out of balsa wood! You don’t have anything under control!

Chacun fait donc de son mieux, en essayant de ne pas oublier l’héritage Socratique. C’est à dire savoir qu’on ne sait rien. Que les progrès de la science ne sont rien comparés à ceux de demain.

Chacun doit accepter que la vie puisse être différente de ce qu’on l’imagine. Y compris Janet qui affirme avoir rêvé d’une vie plus pépère.

I’ve got a sorority sister with a normal life.

Yeah?

She married a dentist.

A dentist? Sounds good.

He’s home by six every night. And every few months she calls to say she wishes he weren’t.

C’est l’hôpital qui se fout de la charité!

Arriver à vivre sa vie, sans la fantasmer, tout en acceptant que cette vie ne soit pas aussi rectiligne qu’on aurait pu la souhaiter (cf Hollywoodland). Tel est le challenge qui nous attend. C’est pour ça que le Président Kennedy avait justifié son choix d’aller sur la lune. Pour que tout soit possible.

Pour cela il faut accepter que tout n’est pas de notre ressort. Tout est possible impose qu’une autre vie soit aussi possible. À nous de trouver notre place dans cet espace, en se rappelant que l’homme ne serait rien sans les femmes (cf Hidden Figures).

Si on y parvient, alors on peut tout faire. Les rêves les plus fous sont effectivement permis, dans la limite de l’infini.

LE TRAILER

https://www.youtube.com/watch?v=TVowQ4LgwLk

Cette explication n’engage que son auteur.

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