LES DENTS DE LA MER

LES DENTS DE LA MER

Steven Spielberg, 1975

LE COMMENTAIRE

On dit de l’eau qui dort qu’il faut s’en méfier (cf Jurassic Park). Cela ne veut pas dire qu’on doit en avoir peur. Juste être conscient la menace peut surgir de partout. Le danger est tout le temps. C’est d’ailleurs quand notre environnement semble le plus paisible que quelque chose est susceptible de se préparer. Il est donc utile d’apprendre à vivre comme un marin, constamment sur le pont.

LE PITCH

Trois hommes tentent de pêcher un gros poisson.

LE RÉSUMÉ

Martin Brody (Roy Scheider) est un ancien flic de New York qui aspire à une pré-retraite les doigts de pieds en éventail comme chef de la police dans une petite station balnéaire de la côte Est. Il ne va pas pouvoir se planquer bien longtemps car un carcharodon carcharias va venir semer la terreur sur la côte.

Faisant plusieurs victimes, dont un chien, le requin sème la panique sur les plages. Pire, il devient une menace économique pour cette petite ville qui dépend de la saison estivale.

Le maire propose une prime attirant des chasseurs en tout genre, sans succès. Car ce requin là ne s’offre pas au premier pêcheur venu. Il faudra attendre la mort du jeune Kintner pour que le chef Brody prenne ses responsabilités et décide d’embarquer dans une chasse au requin palpitante avec Quint (Robert Shaw) en pêcheur chevronné, et Hooper (Richard Dreyfuss) en scientifique océanographe.

D’abord grisés par cette poursuite, les trois comparses se rendent rapidement compte qu’ils ont peut être un peu sous-estimé la bête. De traqueurs, ils deviennent traqués.

Quint semble maîtriser son sujet puis finit par devoir battre en retraite face à un requin qui se montre plus coriace que prévu: Il vient à bout des barils, de la corde à piano, de la cage, il coule le bateau, il finira même par croquer Quint.

C’était sans compter avec le chef Brody qui finit par avoir le dernier mot et fait sauter le caisson de ce prédateur des mers.

Brody et Hooper peuvent nager sereinement vers la côte sans risque de se faire chatouiller les orteils.

L’EXPLICATION

Les Dents de la Mer, c’est surmonter sa peur de l’inconnu.

Ce fameux requin blanc rôde sans qu’on puisse le voir. Ou plutôt, on ne veut pas le voir – comme le maire qui joue les imbéciles.

But you don’t have that tooth?

On le devine, tout au plus. Le requin mystère frappe de manière clinique et toujours dans l’obscurité, sous la surface. Il opère littéralement en sous-marin. La première panique vient de là.

À lui seul, le requin a teinté l’Atlantique de mercurochrome. Ne faisant pas dans la dentelle. L’océan tout entier devient un champ de mines (cf Les oubliés). Un terrain d’angoisses.

Moins on le voit et plus on le redoute. Encore que le chef Brody prend complètement conscience de l’ampleur de la tâche lorsqu’il fait face au requin pour la première fois. Il a d’ailleurs ce réflexe très humain d’appeler les renforts:

We’re going to need a bigger boat.

Ce à quoi Quint lui répond qu’ils ont surtout besoin d’huile de coude. Comment affronter son angoisse autrement qu’en l’affrontant ? Ce requin dont on n’aperçoit que l’aileron est la pire des menaces. Sous l’eau (cf Open Water). Il est le danger sous nos orteils. Le requin est un terroriste qui frappe sans crier gare. Il est ce qu’on ne connaît pas et qu’on ne peut pas anticiper. En un mot, le requin représente la mort (cf No Country for Old Men).

L’équipage quant à lui est d’une nature singulière. On peut imaginer qu’il ne représente qu’un seul et même homme face au danger: tantôt rationnel comme Hooper, tantôt fonceur à l’image de Quint ou finalement profondément flippé façon Brody.

Hooper confiant dans sa science doit néanmoins abdiquer la seringue à la main et Quint se fait manger tout cru par orgueil. Contre toute attente, c’est Brody le froussard shooté à la Dramamine qui va devoir affronter le danger seul. Comme un grand. Il doit sortir de son confort pour s’improviser en Capitaine Achab (cf Moby Dick).

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Face à la mort, rare sont ceux qui ne se dégonflent pas (cf Troie). Hooper n’a plus de salive au moment de monter dans sa cage. Et Quint qui n’a peur de rien finit par battre en retraite. Il avoue son angoisse lorsqu’il parle de son expérience sur l’USS Indianapolis. Personne n’a envie d’être « le prochain » (cf The Irishman). Le dernier sur la liste d’attente.

You know what was the time I was the most frightened? Waiting for my turn…

Tout le monde se couche. Le bateau coule. Brody va avoir son moment de vérité en confrontant le prédateur qui lui fonce droit dessus. Il ne tremble pas. Brody est celui qui a peur mais qui réussit à se transcender. L’homme moyen devient soudainement exceptionnel. Une sorte de Superman.

Des millions de trouillards peuvent se rassurer. Les policiers à la retraite peuvent dormir sur leurs deux oreilles. Cette histoire a malgré tout fait beaucoup de mal à l’image du requin dans l’inconscient collectif. Le requin restera à jamais celui qui peut ruiner nos vacances au Mexique (cf Instinct de Survie).

Il a été dépeint comme un monstre qui laisse trainer des bouts de jambes, un méchant, un sournois, un vilain, un coquin au sens de Molière – presque plus que le maire lui-même. L’image du requin a autant souffert de ce Grand Blanc que le dauphin a pu profiter de Flipper ou du Grand Bleu. Dommage car les requins ne tuent les surfeurs que par erreur, pas par malice. S’ils pouvaient s’excuser auprès des surfeurs, on peut parier qu’ils le feraient sans sourciller.

Et dire qu’aujourd’hui on tue des requins pour pouvoir surfer tranquillement. Au point que les requins sont désormais en voie de disparition (cf Les Seigneurs de la Mer). On a fait du requin le symbole de toutes nos peurs pour mieux se prouver qu’on avait du courage (cf Edge of Tomorrow).

LE TRAILER

Cette explication de film n’engage que son auteur.

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