RING

RING

Hideo Nakata, 1998

LE COMMENTAIRE

Être dans le rôle du spectateur est confortable. On regarde ce qui se passe dans la petite lucarne tranquillement depuis notre sofa, comme protégé par une distance de sécurité imaginaire. Nous faisant presque oublier que les contenus auxquels nous sommes exposés peuvent provoquer en nous des émotions parfois intenses. De véritables changements d’état. Un peu comme si Jean-Luc Reichmann sortait littéralement de l’écran pour nous faire de véritables chatouilles. Ou comme si Arthur venait s’asseoir à nos côtés pour nous faire mourir d’ennui.

LE PITCH

Une cassette VHS maudite provoque la mort de nombreux curieux.

LE RÉSUMÉ

Deux jeunes lycéennes japonaises jouent à se faire peur en visionnant une cassette vidéo d’épouvante. La légende veut qu’après l’avoir visionnée, le téléphone retentit pour annoncer une mort prochaine. En l’occurrence, Tomoko (Yuko Takeuchi) meurt de trouille. La menace n’est pas à prendre à la légère.

Four people died from watching this videotape!

Reiko Asakawa (Nanako Matsushima), la tante de Tomoko, mène son enquête qui la conduit à Izu, où la jeune fille aurait visionné la fameuse vidéo hantée. Reiko y trouve une cassette et la regarde, évidemment. Une succession de scènes anxiogènes laissent la place à un mystérieux reflet sur l’écran. Le téléphone sonne. Le compte à rebours a commencé.

Ryūji Takayam (Hiroyuki Sanada), l’ex-mari de Reiko vient à son secours. Il demande une copie pour pouvoir regarder la vidéo à son tour. Malheureusement leur fils Yoichi (Rikiya Otaka) regarde lui aussi la vidéo, soit disant influencé par le fantôme de Tomoko. Le temps presse.

Just one more day…

Reiko et Ryūji découvrent que la réalisatrice pourrait être Sadako Yamamura (Rie Inō), la fille de Shizuko Yamamamura (Masako). Cette medium se serait suicidée en se jetant du mont Mihara après avoir été qualifiée d’imposture par des journalistes. La vidéo serait donc une vengeance.

It’s not of this world. It’s Sadako’s fury. And she’s put a curse on us.

Sadako est morte également, tuée par son père. Lorsque Reiko retrouve son cadavre, elle croit que le plus dur est fait. Malheureusement pour Ryūji, le lendemain son téléviseur s’allume. Sadako apparait à l’écran, sortant d’un puits. La jeune fille, lugubre, se dirige vers lui, causant la mort de Ryūji par arrêt cardiaque. Juste avant sa mort, il appelle Reiko pour l’informer que la malédiction n’est pas rompue.

Reiko comprend que le signe indien ne peut être vaincu. Pour survivre (cf le Pianiste), il est nécessaire de faire une copie de la vidéocassette puis de la faire voir à quelqu’un. Afin de sauver Yoichi, elle se rend chez Kōichi pour lui faire visionner le film. Elle sacrifie le père au nom du fils.

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L’EXPLICATION

Ring, c’est la mécanique infernale du spam.

Qui n’a jamais eu la surprise désagréable de recevoir du courrier indésirable – souvent publicitaire (cf 99 francs) – dans sa boite aux lettres ou sa boîte mail? C’est le principe même du spam : une communication électronique non sollicitée qui s’incrustent dans nos boîtes de réception sans que nous ayons demandé quoi que ce soit. Se faire spammer n’est évidemment pas agréable. C’est pourquoi il existe désormais un onglet prévu à cet effet : pour filtrer ce genre de désagrément. Se faire spammer revient quasiment à se faire péter au nez par un inconnu dans un métro bondé. C’est insupportable.

Être spamé est une chose. Qui n’a jamais spamé les autres par erreur? Par exemple, en regardant une vidéo accrocheuse sur un réseau social, déclenchant ainsi la transmission automatique de cette même vidéo à toute sa communauté. On devient ainsi un spammeur malgré soi. Complice. L’arrosé arroseur. Le péteur dans le métro.

Ce genre de vidéos sont en général le fait de pirates, comme Sadako, qui ont une profonde rancoeur contre le système. Sadako n’a pas encaissé le suicide de sa mère, calomniée par les médias. Dès lors, elle cherche à pourrir la société de l’intérieur en confectionnant une petite vidéo inquiétante, que personne ne peut comprendre, mais qui finit par faire peur à tout le monde. Une vidéo qui n’apporte rien et qui s’invite malgré tout chez tout le monde. Sadako s’appuie sur la médiatisation à outrance qui a coûté la vie à sa mère.

Car le spam tue, à petit feu. Sept jours. Et quand il est bien fait, il peut tuer ou abrutir beaucoup de gens, sur le principe de la contagion. Comme un virus très efficace, un spam mystérieusement dangereux peut créer une sorte d’attraction irrésistible. On sait pertinemment qu’on ferait mieux de passer son chemin et ne pas clicker. Fermer les yeux (cf Les aventuriers de l’arche perdue), pour la bonne cause. Se boucher les oreilles. Ne pas sombrer dans le voyeurisme. Résister à la tentation de regarder ce spectacle pitoyable d’un oeil trop attentif.

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C’est peine perdue. On finit toujours par craquer. Garder un spam juste pour soi relève de l’impossible (cf Ne le dis à personne). Le click déclenche un forward. Ainsi on infecte tout le monde.

How did the rumours about the video even start in the first place?

This kind of thing… it doesn’t start by one person telling a story. It’s more like everyone’s fear just takes on a life of its own.

Fear…

Or maybe it isn’t our fear, maybe it’s what we secretly hope is true.

Existe-t-un échappatoire? Sommes-nous tous condamnés? La question mérite d’être posée.

Why not just let things run its course, are our lives really worth saving?

En réalité, nous sommes effectivement tous condamnés. On ne peut rien faire contre les spam. De la même manière que nous ne pouvons pas empêcher notre système gastrique de relâcher des gaz malodorants. C’est la nature. Nous devons l’accepter. Le plus important est peut-être de ne surtout pas se trouver en bout de chaîne. Repousser l’échéance. Personne ne souhaite être le dernier à se faire spammer, le dindon de la farce. L’imbécile dont les narines resteront à jamais souillées.

Alors on se refile la patate chaude, en boucle. Ou en cercle. On renifle l’odeur pestilentielle du pet puis on le recrache par la bouche au visage de notre voisin le plus proche. Être dans une logique de partage. Avec un sourire, car on peut quand même y mettre les formes. Au grand jeu des chaises musicales, ne pas être le dernier.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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