VICE-VERSA
Pete Docter, Ronnie del Carmen, 2015
LE COMMENTAIRE
Les jeux TV ont l’air facile. Il y a d’abord la surprise de découvrir un plateau TV, la fierté de s’adresser à des présentateurs ou présentatrices pseudo-célébres. L’excitation de peut-être gagner une somme d’argent – ou un voyage au ski. Que du bonheur. On oublie un peu vite l’angoisse de ne pas connaître la bonne réponse. La peur de perdre et tout simplement la honte de passer pour un·e imbécile devant la nation entière.
LE PITCH
Une jeune fille quitte le Minnesota pour San Francisco.
LE RÉSUMÉ
Lorsque le père de Riley décroche un nouveau job à San Francisco, c’est toute sa famille qui le suit en Californie. Le déménagement est un peu compliqué pour Riley qui n’est encore qu’une enfant. Elle tente de s’adapter à sa nouvelle maison et ses nouveaux amis. Non sans mal. Elle peine à gérer les émotions qui la gouvernent: Joie, Peur, Colère, Dégoût et Tristesse.
Chaque expérience est transformée en souvenir qui se retrouve stocké dans sa mémoire à long terme composée de cinq grands domaines, tous joyeux. Ces grands domaines forment la personnalité de la petite fille.
Joie est en charge de son poste de commandes.
Cette nouvelle vie est une épreuve pour Riley: la maison ne lui plait pas, ses affaires sont perdues pendant le déménagement, son père est stressé… Tristesse commence à toucher les souvenirs de Riley et les rend tristes. Pour son premier jour à l’école, Tristesse fait même pleurer Riley devant sa classe créant ainsi un nouveau domaine dans sa mémoire à long terme. La honte.
Dans la panique, Joie essaie de protéger les autres souvenirs. Elle fait une fausse manipulation, désactive la personnalité de Riley et se retrouve aspirée dans sa mémoire en compagnie de Tristesse.
Colère, Dégoût et Peur se retrouvent tous les trois à devoir gérer le quotidien, avec des résultats catastrophiques. Les cinq domaines s’effondrent peu à peu et tombent dans l’oubli, dont ils ne reviendront pas. Joie s’active pour empêcher ce désastre pendant que Tristesse se lamente.
C’mon! Think positive!
I’m positive that you’ll get lost in there!
Au centre de commandes, Colère a pris la décision de fuguer. Riley veut repartir dans le Minnesota.
Grâce à l’aide d’un de ses jouets préférés, Bing Bong, Joie et Tristesse parviennent à regagner le centre de commandes. C’est un peu par hasard que Joie découvre le rôle de Tristesse.
Crying helps me slow down and obsess over the weight of life’s problems.
Certains des souvenirs les plus joyeux de Riley sont apparus après qu’elle soit triste.
Joy reprend le contrôle et empêche Riley de quitter la maison. Ses parents qui étaient morts d’inquiétude la réconfortent.
Un an plus tard, Riley s’est adaptée à sa nouvelle vie et s’est même faite de nouveaux amis et de nouveaux souvenirs. L’équipe des émotions travaille en bonne intelligence. Le poste de commandes s’est étoffé et permet à Riley de gérer des situations émotionnelles plus complexes.
We’ve been through a lot lately, that’s for sure. But we still love our girl. She has great new friends, a great new house. Things couldn’t be better. After all, Riley’s twelve now. What could happen?

L’EXPLICATION
Vice-Versa, c’est découvrir ses émotions.
Quand on est un enfant, la vie n’est déjà pas facile (cf Allô Maman ici Bébé). Les difficultés sont cependant assez basiques, situées quelque part tout en bas sur la pyramide de Maslow : il faut manger quand on a faim et se sentir en sécurité à la maison ou à l’école. Les enfants sont, en principe, encore ignorant de la véritable violence du monde. Quant aux adultes, ils doivent oeuvrer, toujours en principe, à la préservation de l’enfance en cultivant la joie.
C’est pourquoi Joie est aux manettes pour Riley. Elle a grandi au sein d’une famille aimante. Son enfance est heureuse. Tellement heureuse que Joie exerce un contrôle total sur les autres émotions. Au point de se rendre compte elle-même de la difficulté de sa tâche.
Being cool is exhausting.
Car Riley va être graduellement exposée à des événements de la vie qui lui seront moins joyeux a priori, comme un déménagement. Pour Riley, un déménagement est d’abord synonyme de tristesse et de peur. Par exemple, la tristesse d’avoir l’impression de perdre ses copains et la peur de ne pas réussir à s’en faire de nouveaux.
Joie a beau s’employer autant qu’elle peut pour aider Riley à voir le positif dans tout, elle ne peut pas empêcher les autres émotions d’exister et donc de ce manifester.
Joie veut toujours le meilleur pour Riley mais quand elle étouffe les autres émotions, elle ne rend pas service à Riley.
I just wanted Riley to be happy…
À travers cette expérience, Joie comprend qu’il n’existe pas une hiérarchie immuable d’émotions. Il existe des moments de vie qui rebattent les cartes et font que d’autres émotions deviennent majeures. On ne peut pas être heureux tout le temps, même quand on est une enfant. Cela arrive d’être triste.
I know you don’t want me to, but I miss home, I miss Minnesota. You need me to be happy, but I want my old friends, and my hockey team. I wanna go home. Please don’t be mad.
Joie apprend à composer avec les autres et faire de la place à Colère, Peur, Dégoût et Tristesse. Riley apprend à cohabiter avec ses fauves, pour reprendre la formule de Baptiste Morizot. Spinoza défendait l’idée que la Joie et la Tristesse sont des émotions qui ne s’opposent pas mais au contraire qui se nourrissent l’une et l’autre.
Riley a le droit de se sentir triste de temps en temps, ou en colère. Elle peut piquer une crise quand c’est nécessaire. Tout comme elle peut se sentir dégoûtée. C’est le jeu. Elle sera une fille en parfait état de marche émotionnelle.
La tyrannie de Joie risquait de faire de Riley une personne sans doute insupportable parce que complètement déséquilibrée ou cherchant constamment à dissimuler ses émotions derrière un sourire de façade (cf The Mask).
