INVICTUS

INVICTUS

Clint Eastwood, 2009

LE COMMENTAIRE

Il ne pleut pas tous les jours. La roue finit toujours par tourner. Chacun peut sortir de sa cellule pour se retrouver à célébrer en bonne compagnie, avec le sourire – et des lunettes de soleil. Cependant, la roue ne tourne pas toute seule. Pour y parvenir, il faut le juste état d’esprit. La liberté se trouve d’abord en soi.

LE PITCH

Le nouveau Président Sud-Africain voit grand.

L’HISTOIRE

1994, Nelson Mandela (Morgan Freeman) vient d’être élu.

Un tournant dans l’histoire de l’Afrique du Sud.

Who is this?

This is the terrorist Mandela. Remember that day boys. It’s the day our country has been let to the dogs.

L’ampleur de la tâche est immense entre crise économique, criminalité et tensions raciales. Le nouveau président multiplie les voyages pour attirer les capitaux étrangers puis se penche au chevet de son équipe de rugby, un symbole. Les Springboks, une équipe à majorité blanche représente l’apartheid. La communauté noire préfère jouer au football ou supporter l’équipe adverse. Au point que les sympathisants de Mandela réclament la dissolution de cette équipe, ce qui pose problème à moins d’un an d’une Coupe du Monde jouée à domicile.

Dans un discours poignant, Mandela impose le maintient des Springboks.

Brothers, sisters, comrades: I am here because I believe you have made a decision with insufficient information and foresight. I am aware of your earlier vote. I am aware that it was unanimous. Nonetheless, I believe we should restore the Springboks; restore their name, their emblem and their colors, immediately. Let me tell you why. On Robben Island, in Pollsmoor Prison, all of my jailers were Afrikaners. For 27 years, I studied them. I learned their language, read their books, their poetry. I had to know my enemy before I could prevail against him. And we DID prevail, did we not? All of us here… we prevailed. Our enemy is no longer the Afrikaner. They are our fellow South Africans, our partners in democracy. And they treasure Springbok rugby. If we take that away, we lose them. We prove that we are what they feared we would be. We have to be better than that. We have to surprise them with compassion, with restraint and generosity; I know, all of the things they denied us. But this is no time to celebrate petty revenge. This is the time to build our nation using every single brick available to us, even if that brick comes wrapped in green and gold. You elected me your leader. Let me lead you now.

Il se rapproche de leur capitaine, François Pienaar (Matt Damon) et lui donne comme objectif de gagner la Coupe du Monde. Il partage avec lui un poème de William Ernest Henley qui l’a beaucoup inspiré pendant ses années de détention: Invictus.

Thank whatever gods may be.

For my unconquerable soul.

I am the master of my fate.

I am the captain of my soul.

La route est longue pour les Springboks qui ne sont clairement pas au niveau. Avec courage et solidarité, les Sud Africains portés par Pienaar et inspirés par Mandela vont accéder jusqu’à la finale. Face à l’épouvantail Néo-Zélandais, les joueurs trouvent les ressources pour l’emporter à la surprise générale.

Pienaar reçoit la Coupe du Monde des mains de Mandela pendant que la foule en liesse célèbre la victoire un peu partout dans le pays en voie de réunification.

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L’EXPLICATION

Invictus, c’est l’étoffe des grands.

On a aujourd’hui tendance à considérer le leadership comme une qualité principalement managériale. Ce trait de caractère dépasse cependant le petit monde de l’entreprise. Le leadership est ce qui fait la qualité des grands chefs capables d’unifier et faire prospérer une nation. De ce point de vue, on ne peut pas considérer qu’Hitler fut un bon leader, bien qu’il était surnommé affectueusement le Führer, dans la mesure où son Reich s’est totalement écroulé en 1945 alors qu’il s’était engagé sur 1,000 ans. De la même manière, Trump ne fut pas un bon leader compte tenu des divisions qu’il a entretenues aux États-Unis (cf l’âme divisée des États-Unis). Quid d’un Président qui passerait chaque weekend dans la rue à braver les flashballs, pendant 5 mois (cf Un pays qui se tient sage)?

Mandela fut un leader charismatique qui fut récompensé par une fête incroyable après la victoire des siens, bien méritée.

Il inspira d’autres leaders. En l’occurrence, François Pienaar ainsi que Jason Tshabalala (Tony Kgoroge), responsable de la sécurité qui a du composer avec des gardes du corps de l’ancien président de Klerk.

Quelle est la force de Mandela?

Son humilité. Comme le dit l’un de ses garde du corps:

He’s not a saint, he’s a man!

Après son élection, le monde entier s’interroge, à juste titre. Mandela a tout à prouver, il le sait. Il est conscient du challenge. Diriger ce pays, c’est sa Coupe du Monde à lui.

‘He won an election but can he run a country?’ It’s a legitimate question.

Mandela oeuvre pour la réconciliation de l’Afrique du Sud. Il sait qu’en tant que leader il doit montrer l’exemple. Sa communication compte. Chaque mot est mesuré.

Forgiveness liberates the soul. It removes fear. That is why it is such a powerful weapon.

Personne n’ose s’élever contre un homme qui a la force de prôner le pardon, après avoir passé 27 années de sa vie en prison.

Mandela use de beaucoup de sagesse et de pédagogie pour permettre à son peuple de mieux comprendre les enjeux.

You criticize without understanding. You seek to only address your own personal feelings. That is selfish thinking. It doesn’t serve the nation.

Il n’a pas peur de contredire ceux qui l’ont mis au pouvoir car il sait qu’un leader ne peut pas faire plaisir à tout le monde. Le projet collectif dépasse tout le reste. Son rôle est de veiller au respect de ce project.

You’re risking your political capital, you’re risking your future as our leader.

The day I am afraid to do that is the day I am no longer fit to lead.

Mandela a besoin d’un symbole. Il n’ignore pas la dimension populaire mais également politique du sport. Certains en France se sont révoltés de la France Black Blanc Beurre célébrée à travers l’équipe de foot en 1998. Selon eux, ce n’était que du football. Ce qui est vrai. Néanmoins, il arrive parfois que le sport sorte du stade (cf La couleur de la victoire).

We became more than just a rugby team.

Les objectifs de Mandela et de Pienaar se croisent. Tous les deux vont passer un contrat pour mieux servir leurs intérêts réciproques et surtout ceux de la nation. La victoire des Springboks c’est ce dont Mandela a besoin pour montrer au monde que l’Afrique du Sud est sur le bon chemin. Il rapproche l’équipe de son peuple en contraignant les joueurs à passer du temps dans les townships, ce qui va aussi leur permettre de se sentir investis d’une mission. Ils jouent pour la victoire mais avant tout pour tous ces enfants bien sûr. Mandela va aussi prouver à l’équipe que son intérêt est profond lors d’une visite impromptue pendant laquelle il va s’adresser à tous les joueurs de manière personnelle.

Mandela était un redoutable animal politique qui a réussi à étouffer l’affaire de l’intoxication alimentaire des joueurs All Black deux jours avant la finale. Mandela n’était pas un saint, juste un homme qui a accompli de grandes choses. La fin justifie parfois les moyens (cf The Watchmen).

Carla Bruni fut l’amoureuse. Mandela fut l’invaincu. C’est à dire quelqu’un de cultivé, qui savait qu’Invictus c’est un poème avant d’être un parfum.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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