DISCLOSURE DAY
Steven Spielberg, 2026
LE COMMENTAIRE
Qu’est-ce qui pourrait se passer si toutes les suspicions les plus folles étaient vraies ? Si une étoile filante à la trajectoire étrange, que l’on pourrait aisément confondre avec un OVNI, était effectivement un OVNI ? Se pourrait-il que le monde s’écroule si les théories du complot venaient à se vérifier ?
LE PITCH
Les extra-terrestres existent.
LE RÉSUMÉ
Daniel Kellner (Josh O’Connor) est un ancien cyber-criminel. Il dérobe des secrets confidentiels à son employeur, la Wardex Corporation. Son patron, Noah Scanlon (Colin Firth) lance immédiatement les recherches.
Grâce au traçage numérique, Kellner est identifié dans un couvent, auprès de sa compagne Jane Blankenship (Eve Hewson).
Pendant ce temps, quelque part dans le Kansas, la météorologue Margaret Fairchild (Emily Blunt) est comme envoutée par un cardinal rouge entré chez elle par hasard. Pour une raison inexpliquée, elle développe des pouvoirs psychiques paranormaux. En direct sur le plateau, elle se met à parler dans une langue gutturale inconnue. La vidéo fait instantanément le tour des réseaux.
Les agents de Wardex sont alertés. Le langage est identifié comme extra-terrestre. Kellner révèle à Jane que les contenus qu’il a en sa possession confirme l’existence des extra-terrestres depuis les années 70. Le gouvernement américain en a capturé quelques uns et conduisent des expériences afin de s’approprier leur technologie avant-gardiste. Wardex cherche à garder cette information secrète.
What Daniel is trying to do is wrong. It’s dangerous, it would take the balance of an already destabilized world.
Margaret retrouve Kellner avant les hommes de Scanlon. Tous les deux sont secourus par des ex-employés de Wardex devenus lanceurs d’alerte pour le compte d’Hugo Wakefield (Colman Domingo), ancien associé de Scanlon.
Margaret et Kellner se souviennent que, dans leur enfance, ils ont été approchés par des animaux qui étaient en fait des extra-terrestres qui leur ont transmis leurs pouvoirs afin d’observer l’espèce humaine.
Margaret parvient à se rendre dans un studio de TV pour partager cette grande nouvelle. Scanlon ne peut pas l’en empêcher.
Le monde abasourdi découvre l’existence des extra-terrestres.
Les hommes de Hugo avaient pu libérer un alien qui s’approche de Kellner pour lui susurrer quelques mots à l’oreille. Margaret s’apprête à s’adresser au monde entier:
Listen…

L’EXPLICATION
Disclosure Day, c’est la capacité à tout entendre.
Si la réalité était une lumière, le réflexe serait paradoxalement de s’en protéger – plutôt que d’aller vers elle. On ferme les yeux pour ne pas être ébloui et éviter de se brûler la rétine, comme une manière de ne pas accepter la réalité (cf Matrix). Ou alors on porte des lunettes de soleil pour regarder une réalité filtrée (cf Memento).
On refuse la réalité parce que l’on peut ne pas aimer ce que l’on voit, ou que l’on n’est pas en mesure d’encaisser la vérité (cf des Hommes d’Honneur).
C’est donc la raison pour laquelle chacun garde sa part de secret (cf Le Prestige). Les humains codifient leurs conversations pour ménager leurs interlocuteurs en prenant soin de ne jamais être totalement honnêtes (cf Interstellar, Menteur Menteur). Une pureté de discours risquerait sans doute de conduire au tilt (cf Mytho-Man). Tout cela parce qu’on ne serait pas en capacité de tout entendre.
En tout cas, les personnes qui dirigent le monde en sont convaincues. Leur posture paternaliste les empêche de tout dire afin de préserver le peuple et maintenir l’ordre. Par exemple : quel intérêt de prévenir la population de l’apocalypse (cf Don’t look up)? Aucun. C’est ainsi que les gouvernement verrouillent leur communication, ou peuvent avoir recours au secret défense pour justifier de ne pas divulguer certaines informations. Au nom du principe de précaution, ils affirment agir dans l’intérêt public.
Alors qu’en réalité, ce sont des personnes qui ont un énorme problème de confiance – comme Noah Scanlon.
I fear us.
Ils sont incapables de faire confiance aux autres car ils ne se font pas confiance. Garder le contrôle de l’information nourrit leurs névroses et leur donne l’illusion de sécurité. Sans parler du fait que ces personnes sont attachées à leur petit pouvoir et ont peur de le perdre.
Par ailleurs, ces personnes ont des certitudes. Mêmes quand elles ne savent pas, elles savent. Elles sont en possession d’informations incroyables et nient le droit aux autres d’être aussi mûres qu’elles pour les digérer. Ce faisant, elles infantilisent les autres.
You’ll get panic and chaos.
Dans cette philosophie, on ne révèle qu’une partie des informations collectées sur l’assassinat de JFK. On repousse de plusieurs générations la date de mise à disposition du grand public de l’intégralité du dossier. Juste le temps que tout le monde se moque suffisamment du fait qu’au siècle précédent, les membres du gouvernements ont pactisé avec l’armée et des mercenaires pour éliminer le président des Etats-Unis.
Ou alors, on fait semblant de déballer tout le dossier d’un coup, comme dans l’affaire Epstein. Tout en prenant soin de caviarder certains passages. C’est à dire donner beaucoup de miettes aux pigeons. Autrement dit : se moquer du monde.
We know you need your weather news.
Alors que l’on constate malgré tout que des événements étranges restent complètement inexpliqués – comme l’existence des extra-terrestres (cf the Vast of Night, Nope, E.T., Rencontre du Troisième Type)

Des réponses existent pourtant. Heureusement que l’on peut compter sur d’autres personnes que Scanlon pour les révéler. Des personnes comme Hugo Wakefield ou Daniel Kellner.
People have the right to know the truth.
Hugo est un homme qui s’interroge (cf Le Vertige).
People are wondering.
Optimiste de nature, Hugo ne partage pas la vision de Hobbes selon laquelle l’homme est un loup pour l’homme, ou que les rapports seraient nécessairement conflictuels par nature (cf Comment tuer son Boss ?). Pour Hugo, on n’est pas obligé de se faire la guerre. Il voit le monde en open source. Selon lui, l’inconnu est plus fascinant qu’effrayant.
Don’t be afraid of what you don’t know.
Hugo ne prend pas les gens pour des cons. En tout cas, il se fait suffisamment confiance pour faire confiance aux autres. Il croit que l’on a tout intérêt à élever collectivement le niveau.
Hugo est même persuadé que le manque de curiosité envers l’autre est ce qui conduit à la xénophobie, et par conséquent à la fin du monde.
Our rejection of this core understanding is leading us to extinction.
Par l’intermédiaire de Margaret, Hugo comprend que l’on peut tout dire et tout entendre – si l’on met les formes. Grâce au don que les extra-terrestres ont réveillé en elle, Margaret fait preuve d’une rare forme d’empathie. Elle dit les choses pour ce qu’elles sont, sans intention ni crainte. Dès lors, il devient possible de les recevoir – même quand il s’agit de vérités dures à entendre.
You know what’s wrong with you is that you think there’s something wrong with me. (…) If I’d move, you’d stay.
Pour ce qu’il s’agit des extra-terrestres, Hugo pense qu’il est temps de dire la vérité après tant d’années de dissimulation. Les extra-terrestres sont une manière de voir la vie : avec anxiété ou curiosité. On ne peut pas partir du principe qu’ils viennent pour casser la gueule à tout le monde (cf Mars attacks!, Skyline), sous principe que l’homme a des penchants coloniaux (cf 1492).
You don’t need to fear them.
Il faut miser sur le fait que les extra-terrestres soient moins belliqueux que l’on peut l’être (cf le Jour où la Terre s’arrêta). Espérer que Margaret va annoncer quelque chose de sympa. A priori, il n’y a pas de raison (cf Premier Contact). On n’est pas au bout de nos surprises.