LES BLEUS – UNE AUTRE HISTOIRE DE FRANCE

LES BLEUS – UNE AUTRE HISTOIRE DE FRANCE

Sonia Dauger, Pascal Blanchard, David Dietz, 1996

LE COMMENTAIRE

L’équipe de France de foot joue un rôle d’ascenseur émotionnel. Ses faits et gestes se discutent en long et en large par la presse. Ses performances se débattent par soixante millions de critiques. Qu’elle le veuille ou non, l’équipe de France de foot est un reflet de notre société, et de ses maux. Elle donne toujours l’occasion aux Français·es de s’interroger sur le sentiment d’identité nationale.

LE PITCH

Dix ans d’histoire de France à travers un filtre bleu.

LE RÉSUMÉ

Avant 1998, Jean-Marie Le Pen se sert déjà de l’équipe de France en reprochant à certains joueurs de ne pas chanter la Marseillaise. Les maladresses lors de la cérémonie d’inauguration de la Coupe du Monde avec des géants venus de chaque continent, dont Moussa l’Africain suivi de pygmées et de termitières, font grincer des dents. Tout s’efface comme par magie grâce au titre mondial.

La France communie comme jamais depuis la Libération.

Derrière la victoire, tout le monde voit le triomphe de l’intégration à la française : l’Arabe, l’Africain, l’Antillais, l’Arménien, le Portugais, le Kanak, le Basque. Cette France Bleu Blanc Rouge devient la France Black Blanc Beur. La récupération politique ne tarde pas. Charles Pasqua régularise même des sans-papiers.

Le sport est allé plus vite que la société. 

L’euphorie ne vas pas durer.

Dans la foulée de la victoire à l’Euro, rien n’arrête plus les Bleus. Au point qu’on s’imagine qu’un match amical contre l’Algérie pourrait servir à réconcilier les deux nations. Mauvaise idée. Le match est un fiasco. La Marseillaise est sifflée au Stade de France. Chirac s’en va. La pelouse est envahie par des ados issus de l’immigration. Claude Simonet et Marie-George Buffet sont débordés par les événements. C’est la catastrophe à tout point de vue. Ce match fait ressurgir les problèmes d’intégration au grand jour.

Gagner une coupe du monde, ça ne règle pas les problèmes d’un pays.

Effectivement, Le Pen arrive au second tour de la Présidentielle de 2002. C’est d’ailleurs l’année où les Bleus échouent pitoyablement en Corée. Ils se sont vus trop beaux.

On n’était pas prêt, on est arrivé on était des rock stars.

Les héros sont fatigués. Ils n’ont plus faim. Tout le monde tombe de très haut. Les historiques prennent leur retraite. Domenech essaie de changer les méthodes. Un match amical aux Antilles agrémenté d’une rencontre avec Aimé Césaire remobilise les joueurs. Et puis les banlieues brûlent en 2005 (cf La Haine). Le modèle d’intégration vacille à nouveau. Finkelkraut fait scandale en parlant d’équipe de France Black Black Black. La belle histoire échappe à tout le monde.

Alors Zidane revient en 2006 comme le sauveur pour nous emmener en finale avant de nous abandonner égoïstement sur un coup de tête, également. L’euro 2008 est raté. Nous aurions mieux fait de ne pas aller à la Coupe du Monde 2010. Après l’affaire Zahia, les joueurs ne veulent pas descendre du bus pour soutenir leur copain Nico Anelka, viré de l’équipe après avoir prétendument insulté son sélectionneur.

Evra manque d’en venir aux mains avec le préparateur physique devant toutes les TV du monde. La France se ridiculise en Afrique du Sud. Sarkozy parle d’affaire d’état. Des « caïds » emmenés par Ribery terroriseraient les pauvres gamins. Zemmour fait des amalgames. Les Français ne veulent plus entendre parler des Bleus.

La FFF passe la main aux anciens de France 98. Laurent Blanc le démagogue arrive pour mettre de l’ordre dans la maison car les sponsors menacent de partir. Il invite les joueurs à chanter l’hymne – donnant en cela raison à Le Pen. Puis il bannit les casques sur les oreilles, il supprime les buffets halal… Par derrière, il se fait coincer à son insu lors d’une réunion de la DTN où il tient des propos ambigus sur les noirs et  les arabes. Songeant à installer de nouveaux critères de détection.

Des espèces de quotas, mais il faut pas que ça soit dit.

Thuram estime qu’on lui crache au visage. Il se sent comme un indigène. France 98 se déchire. Laurent Blanc est poussé vers la sortie. Deschamps arrive à la rescousse en 2012. Il recréée le lien avec le public, instaure une charte de bonne conduite que les joueurs doivent signer.

Avant un France-Ukraine décisif, Jamel passe pour montrer son film La Marche pour motiver les joueurs. Objectif atteint. Poussée par son public, l’équipe renverse son adversaire et décroche son billet pour le Brésil. La réconciliation a lieu. Une nouvelle dynamique s’enclenche.

Elle est aussitôt coupée par les attentats terroristes de 2015. Après Charlie Hebdo, le Bataclan est attaqué le soir d’un match amical contre l’Allemagne. L’Islam n’est pas en odeur de sainteté, d’autant que Karim Benzema est mis en examen dans une affaire de chantage à la sextape sur son collègue en Bleu Mathieu Valbuena.

Deschamps a l’Euro 2016 en ligne de mire. Il ne rappelle plus le joueur. Cantona s’interroge. Benzema pense que Deschamps cède à une partie raciste de l’opinion.

Le parcours des Bleus à l’Euro a redonné beaucoup d’espoir puis s’est soldé par une immense déception. Quel élan la victoire de Moscou va-t-elle apporter (cf Les Bleus 2018)?

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L’EXPLICATION

Les Bleus – Une autre histoire de France, c’est une passion française.

La France ne se réduit évidemment et heureusement pas qu’à son équipe de football. Pour autant, le foot est tellement associé à notre histoire collective que force est de le reconnaître : le foot dépasse aujourd’hui son cadre strict. Ce n’est que du football, et pourtant…

C’était plus qu’un match. 

Le football comme soft power. Dès lors, refuser de croire que ce qui se passe dans le foot n’est pas à l’image de ce qui se passe aujourd’hui en France est une grosse erreur.

Le foot est d’abord un pan important de l’industrie du spectacle qui brasse des sommes obscènes, et qui doit être reconnue comme telle. Les droits de la Ligue 1 se sont vendus pour 1.1 milliards d’euros. Des Qataris, des Russes, des Américains investissent désormais dans ce qui ne rapportait pas d’argent il y a encore seulement quelques saisons.

Le foot est surtout un miroir de notre société. La France est un mélange qui se vérifie sur les terrains. L’équipe de France de foot ne vit pas en dehors du monde. Au contraire, elle devient parfois le sujet de réflexions sociétales intéressantes car dérangeantes :

Pourquoi Benzema doit faire plus que Griezmann pour montrer qu’il est français ?

Les Bleus et l’histoire de France sont deux destins parallèles. Quand la France a gagné 98, on a parlé d’une France réunifiée! Ce n’est pas anodin. Il s’agit peut-être d’un abus de langage. Le terme n’en reste pas moins lourd de sens. Quand France 98 éternue, c’est toute la France qui s’enrhume.

Dans cette confusion, il est important de ne pas tout confondre comme le rappelait François Hollande:

Ce n’est pas aux politiques de faire l’équipe de France de la même manière que ça n’est pas aux footballeurs de s’occuper de la politique du pays. Chacun à sa place. 

C’est juste.

Comme le disait également Djorkaeff suite à la sortie de route de Knysna :

On ne s’accapare pas l’équipe de France!

Et pourtant on ne se gène pas pour le faire, à commencer par les politiques. Comme Jacques Chirac en son temps, Emmanuel Macron ne va pas rater l’occasion de s’afficher au côté des 23 à l’Elysées, parce qu’il est nécessaire de s’associer à la célébration populaire. En tout cas, nécessaire dans les sondages.

Il est finalement normal qu’on instrumentalise cette équipe de France parce que c’est exactement ce qu’on fait quand on est Français, les rois de l’hypocrisie.

On pardonne son coup de boule à Zidane mais pas la main d’Henry contre l’Irlande. Pourquoi pas ?

Quand Benzema ne marque pas, c’est par manque de patriotisme alors que quand Giroud est muet devant le but c’est parce qu’il se sacrifie pour l’équipe. Tiens donc.

C’est quand il est absent qu’on se rend compte que Giroud est utile, même s’il ne marque pas de but quand il joue – ce qui est quand même son boulot.

Griezmann a parlé de la fierté d’être français, ce pays où il fait bon vivre et bien manger alors qu’il n’y vit plus et qu’il n’y paie plus ses impôts. À sa décharge, la France n’a pas cru en lui – à la différence de l’Espagne.

On se scandalise du doigt sur la bouche de Nasri en direction de la tribune de presse alors que quand Dugarry confie dans Les Yeux Dans les Bleus qu’il était bien content d’avoir niqué les journalistes après son but contre l’Afrique du Sud, cela ne dérange absolument personne. Il n’a fait que tirer la langue.

Anelka a été exclu de l’équipe à cause de propos qui ont fait la une d’un journal sportif qui n’étaient pourtant même pas les siens. Domenech n’a pas cru bon d’intervenir. On connait la suite. Encore une fois, cela ne pose de problème qu’à William Gallas apparemment.

On parle d’humilité et on célèbre la réaction de Mbappé lorsqu’il répond aux Belges: « Je m’excuse mais moi je suis en finale ». Le prodige est déjà pardonné de tout.

On parle de dopage ou de corruption, pour les autres.

Jadis, la France avait des principes. Elle s’est assise dessus au nom du pragmatisme. Désormais on ne compte que quand ça nous arrange (cf Nikita).

Une équipe qui gagne c’est black blanc beurre et une équipe qui perd c’est des racailles de quartier.

Comme disait Olivier Dacourt, un philosophe du milieu de terrain, on ne récolte que ce qu’on sème. Et puis en même temps, on n’est plus à une contradiction près.

Si on n’avait pas le foot, pour quoi on s’enflammerait ? Roland Garros ? Le Tour de France ? Luc Besson ? Les réformes ? Brigitte Trogneux ? La culture ?

Restons légers, mais soyons quand même sérieux.

LE TRAILER

Cette explication de film n’engage que son auteur.

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