LA GLOIRE DE MON PÈRE

LA GLOIRE DE MON PÈRE

Yves Robert, 1990

LE COMMENTAIRE

Quand le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt. Il faut donc pas mal de dextérité à l’enfant sous pression, entouré d’adultes, pour réussir à faire la différence. S’intéresser à l’infiniment grand plutôt que de s’arrêter à l’infiniment ridicule. Entouré par les bons tuteurs qui lui montreront la bonne direction, il pourra se développer en un homme gracieux. Plein de bonnes manières et d’esprit.

LE PITCH

Une jeune pousse masculine s’épanouit sous le rayonnement de son père.

LE RÉSUMÉ

Joseph (Philippe Caubère) et Augustine Pagnol (Nathalie Roussel) donnent naissance à Marcel. Après Aubagne puis Saint Loup, le petit instituteur de campagne fait un bon de comète en partant à Marseille où il est muté à l’école communale du chemin des chartreux.

Augustine accouche de Paul. Sa soeur Rose (Thérèse Liotard) se marie avec Jules (Didier Pain), un fervent catholique qui va devenir le grand ami de Joseph pourtant athée devant l’éternel.

Je me demande parfois, mon cher Jules, si l’usage du latin n’est pas fait pour cacher des choses aux fidèles ignorants.

Marcel (Julien Ciamaca) tombe de sa chaise lorsqu’il découvre que Jules n’est en fait pas le propriétaire du parc Borelli comme on le lui avait juré.

Je découvris ce jour-là que les grandes personnes mentaient aussi bien que moi, je n’étais plus en sécurité parmi elles.

Augustine au teint pâle a besoin de soleil. Qu’à cela ne tienne! Joseph et l’oncle Jules louent une villa sur les hauteurs entre Aubagne et Aix. En avant les vacances.

Avant de partir, l’instituteur se moque de l’un de ses collègues pour avoir montré une photo de lui posant fièrement avec sa prise.

Se faire photographier avec un poisson, quel manque de dignité… De tous les vices, la vanité est décidément le plus ridicule!

Jules profite des vacances pour initier Joseph à la chasse. Tous les deux partent à la chasse à la bartavelle, sorte de galinette cendrée très prisée des Provençaux. Marcel les suit discrètement à distance.

Joseph manque deux belles bartavelles et se fait pourrir par Jules. En réalité, l’instituteur ne les a pas ratées. Elles sont tombées à quelques encablures, sur la tête de son fils qui les exhibe avec honneur du haut de la colline.

Joseph fait son tour d’honneur au village.

Tu as besoin de ton fusil pour faire les commissions?

Il s’y fait prendre en photo par le curé – avec ses deux bartavelles.

L’été continue paisiblement. Marcel et Paul (Victorien Delamare) sympathisent avec Lili des Bellons (Joris Molinas). L’heure arrive de rentrer à Marseille. Joseph est impatient de reprendre l’école.

C’est peut-être un vice chez moi, mais il me tarde de retrouver mes gosses, mon tableau noir…

Marcel le vit comme une trahison. Les vacances ont été si belles qu’il projette de partir vivre en ermite dans la montagne. Avant de partir, il fait une dernière bise à Paul et prend soin de laisser un mot à sa tendre maman. Après quelques heures seulement et une belle frayeur, il déchante. Le rat des villes est courageux mais pas téméraire. Il trouve une excuse imparable.

Qu’est-ce que tu veux que je fasse avec 15 litres d’eau?

Tu vas quand même pas boire tout ça?

Et pour me laver?

Pour se laver une poignée ça suffit.

Peut-être pour toi mais moi il faut que je me savonne de haut en bas.

Pourquoi? T’es malade? 

Non mais je suis de la ville. Ça fait que je suis tout plein de microbes…

Marcel rentre aussi sec à la villa avant que le jour ne se lève. Au petit matin, son père lui fait la morale mais lui promet que s’il travaille bien, la famille pourra revenir en vacances.

Joseph a hâte de partager sa photo avec toute l’école. Tandis que Marcel ne songe qu’à retourner dans ces collines de la gloire, celle de son père.

L’EXPLICATION

Le Gloire de mon Père, c’est son fils.

Joseph Pagnol est un homme modeste mais pas sans principe (cf Des hommes d’honneur). Sa droiture lui permet d’être une figure d’autorité pour ses enfants, notamment Marcel qui respecte chacune de ses paroles.

Tu n’es plus un bébé. Dans la vie il n’y a pas que des amusements.

Joseph cadre d’autant mieux les débats que son métier est de faire la leçon – au sens propre du terme. C’est à dire que cet enseignant aide les enfants à se développer à travers une vision de ce qui est juste et de ce qui ne l’est pas. Il tient un discours inspirant à ses élèves, faisant tout à la fois l’apologie de l’égalité et de la méritocratie.

Guidé et sauvé par l’instruction, chacun aura sa place dans un monde qui respectera tous les hommes.

En tout cas, son discours inspire davantage que celui de ses collègues institutrices.

Quand on sait, on se tait! Petit singe savant…

La position de Joseph lui confère une aura naturelle auprès de Marcel qui occupe les bancs de l’école très jeune et observe les autres élèves en train d’écouter son père, sans broncher (cf les 400 coups).

Alors que la relation à la mère est fusionelle, Marcel conserve toujours une saine distance avec son père.

L’âge de mon père, c’était vingt-cinq ans de plus que moi, et ça n’a jamais changé. L’âge d’Augustine, c’était le mien, parce que ma mère, c’était moi, et je pensais, dans mon enfance, que nous étions nés le même jour.

C’est ce qui lui permet de le considérer comme un modèle. Au point que lorsque le père est en position de faiblesse, le monde du fils tout entier vacille.

L’Oncle Jules avait parlé toute la soirée en savant et en professeur. Tandis que mon père qui était examinateur au certificat d’étude, qui jouait si bien aux dames, qui tirait si bien aux boules, l’avait écouté d’un air attentif, d’un air ignare même, comme un élève. J’étais honteux et humilié.

La pression sur les épaules du père est énorme. Il n’a pas le droit à l’erreur. Mieux vaut ne pas rater le cochonnet ou les bartavelles. L’avenir du fils en dépend. Joseph s’en tire de main de maître car il montre sa part d’humanité et l’assume. Il ne sait pas tout. Il ne peut pas tout savoir. Ce n’est pas grave. Son idéalisme en est d’autant plus touchant qu’il est imparfait, notamment lorsqu’il parle du XXe siècle :

Mes chers enfants, nous sommes entrés dans un siècle fabuleux. Où les miracles, ceux nés de la science, seront quotidiens et apporteront de la joie aux plus pauvres, aux plus humbles. Les maisons auront le gaz. La lumière électrique, souvent même le téléphone. Notre vingtième siècle sera un très grand siècle. Le progrès est en marche. Bientôt la machine exécutera les travaux les plus pénibles. Elle permettra sans doute de réduire à dix heures la journée de travail. Et l’ouvrier aura un jour de repos par semaine.

Ce visionnaire voyait plutôt juste : Joseph a senti arriver les 35 heures, les smartphones, l’intelligence artificielle et les compteurs linky avant l’heure. C’est pas mal. Par contre il a oublié les deux Guerres mondiales et les millions de morts. Pas si génial le XXe siècle…

En tout cas, personne n’est parfait. Pas même Joseph à son tour coupable du pêché de vanité (cf L’Associé du Diable)!

J’avais surpris mon cher surhomme en flagrant délit d’humanité. Je sentis que je l’aimais davantage.

C’est ce qu’il enseigne de plus fondamental à son fils. Rester conscient que tout le monde a ses failles. Chacun joue du pipeau, dans une moindre mesure. On peut suivre un modèle sans tomber dans l’idolâtrie. Gardons des ambitions élevées et permettons nous aussi de nous tromper parfois. Marcel a envie de tout plaquer pour partir vivre dans la montagne. Il échoue, ce qui lui permet d’apprendre dès le lendemain matin au petit-déjeuner. Cette leçon d’humilité ne l’empêchera pas de devenir Marcel Pagnol, bien au contraire.

Plus que ses bartavelles, c’est la réussite de son fils qui fait la gloire du père.

LE TRAILER

https://www.youtube.com/watch?v=0BWVSXPWIUI

Cette explication n’engage que son auteur.

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