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Costa-Gavras, 1969

LE COMMENTAIRE

Les régimes autoritaires ont pour habitude de traquer leurs ressortissants. Espionner leurs conversations (cf La vie des autres). Faire peur dans le rétroviseur (cf Duel). Prôner les vertus du conformisme (cf The Wall, Fahrenheit 451) et plein d’autres mesures sympathiques bafouant l’idée que l’on peut se faire de ce que devrait être la Liberté. Personne ne doit pouvoir se cacher, ni s’échapper. Pas la peine de chercher à fuir. Décidément rien à voir avec une démocratie.

LE PITCH

Un défenseur de la paix est une victime paradoxale de la violence.

LE RÉSUMÉ

Le Général de la gendarmerie (Pierre Dux) ainsi que son Colonel (Julien Guiomar) tentent de maîtriser les courants de pensée de l’opposition comme on éradique le mildiou. Communistes, pacifistes, anarchistes ou autres objecteurs de conscience (cf Les Sept de Chicago)… il faut tous les faire taire! Le Général et le Colonel sont d’ailleurs très au point sur leur tâche.

Nous devons préserver les parties saines du pays et nous devons guérir les parties atteintes.

En l’occurrence, le chef de l’opposition parlementaire (Yves Montand) arrive dans le Nord du pays pour donner une conférence sur le désarmement. Les forces de l’ordre ne font bizarrement rien pour calmer les opposants. À l’extérieur, les esprits s’échauffent tandis que le Docteur prononce des paroles pleines de sagesse.

Il n’y a pas assez d’hôpitaux, pas assez de médecins. La moitié des dépenses est consacrée à l’industrie militaire. Nous vivons dans une société molle et corrompue, nous vivons dans un pays où même l’imagination est suspecte.

À sa sortie, le Docteur est bousculé par un triporteur. Il meurt de ses blessures.

Une enquête est ouverte. Le juge d’instruction (Jean-Louis Trintignant) compte bien faire la lumière sur cette sale histoire et en profiter pour condamner les coupables.

J’écris ‘assassinat’ M. le juge? Vous avez dit ‘assassinat’?

Malgré les pressions, de nombreux membres des forces de police et de la gendarmerie son inculpés – dont le Général et le Colonel. Le Procureur Général (Georges Rouquier) peste contre le magistrat.

Vous discréditerez la police et ensuite la justice! Comme si ça ne suffisait pas que ce pays soit envahi par des voyous à cheveux longs, par des athées, des drogués au sexe indéfini!

Les peines sont ridicules. Pire, les officiers sont épargnés, conduisant à une indignation générale ainsi qu’à la démission du gouvernement. Les forces d’opposition pourtant annoncées favorites aux élections n’auront pas le loisir de célébrer leur victoire, stoppées net dans leur élan par un coup d’état.

Les militaires en profitent pour interdire les cheveux longs, les mini-jupes, Sophocle, Euripide… jusqu’à la lettre Z qui veut pourtant dire Il est vivant en Grec ancien.

L’EXPLICATION

Z, c’est l’éternel recommencement.

Avant d’être une chanson de Youssoupha, l’éternel retour fut un mythe mésopotamien introduisant la notion de cycles. Rien ne se crée et rien ne se détruit. Tout se reproduit. Face à ce constat implacable, les Grecs invitent chacun à se poser des questions sur son rôle dans le cosmos. L’acceptation de cet état de fait – ou sa négation pure et simple. Chacun a le choix, comme le dit le Procureur Général :

Vous êtes le seul maitre à bord avec votre conscience, et après Dieu.

Certains acceptent ce destin sans lutter et jouent leur partition à la perfection. Ce sont les forces de l’ordre (cf Un pays qui se tient sage) qui savent qu’elles gagnent toujours à la fin, même si elles se font un peu chatouiller au passage par quelques fauteurs de trouble.

De quoi se mêlent les médecins??

Les militaires ont clairement accepté que les choses sont ce qu’elles sont. Ils ont donc choisi leur camp : celui des vainqueurs. La matraque ou le baton. À tous les coups, cela fait mal (cf Diaz). Reste à se trouver du bon côté.

D’autres font le choix du maquis. Ils sont minoritaires. Intello romantiques. Dans la négation et l’indignation. Persuadés que leurs efforts peuvent changer les choses, ils sonnent la révolte. Il s’agit du Docteur et de ses amis Manuel (Charles Denner), Matt (Bernard Fresson) et Georges Pirou (Jean Bouise). Des progressistes. Ces hommes se battent au nom de leurs idées pour renverser le régime en place, dans le respect le plus strict des lois qui sont malgré tout contre eux. Ils n’y parviennent jamais et s’étonnent immanquablement.

Pourquoi nos idées génèrent-elles de telles violences?

On leur met toujours des bâtons dans les roues. Ce qui ne les empêche pas de se relever encore et toujours, jusqu’à une mort cérébrale.

Il ne veut pas s’arrêter le coeur.

Car leur combat est sans fin, ce qui leur donne une raison inespérée de se lever le matin. Chaque jour on recommence (cf Un Jour sans fin).

On peut peut être changer tout ça, mais nous n’y sommes pas encore.

Le juge est ainsi convaincu que sa cause est noble et qu’il peut faire son métier honnêtement. Après tout, justice doit être faite. Il interroge et inculpe, pour rien.

Tout comme le photo-reporter pense qu’il a un rôle déterminant dans le rétablissement de la vérité, s’appuyant sur un principe fondamental :

Le peuple a le droit de savoir!

C’est cela…

Dans l’entre deux, le peuple majoritaire a choisi Roland Garros. C’est à dire se cantonner à un rôle de spectateur qui lui va très bien par ailleurs. Neutre. 15-A. Po-po-po-po-po-po-po-po ho hohooooo… Olé! Vautré dans son canapé devant son petit écran. Totalement transparent. Il n’est pas là (cf The Barber).

Je veux pas être connu, je veux pas avoir d’ennuis.

À la question : à quoi bon? Le peuple n’a pas trouvé de réponse. Ce qui ne le dérange pas. Le peuple se satisfait de contempler les autres en train de faire leurs bêtises, sans faire de vague. Du pur divertissement.

Viens manger, laisse les s’entre tuer. (…) T’étais pas bien a la maison? (…) Tu dis que t’as glissé, et on est tranquille.

Quoi qu’il en soit, le peuple finit toujours par se lasser de tout.

La non-violence, vous n’en avez pas assez?

Comme d’habitude.

Ce qui lui donne une bonne occasion de se plaindre, car il aime encore bien râler de temps en temps.

Tout ça c’est de la politique! Cochons et compagnie. (…) Le complot continue. (cf Everything is a rich man’s trick)

À la fin de l’histoire, nous continuons à nous agiter comme des automates en attendant notre tour. Un nouveau chapitre de plus dans une longue série, interminable d’ennui. Si les instruments sont différents, la musique est la même pour tout le monde.

Rien ne saurait cependant faire oublier que Z is dead (cf Pulp Fiction).

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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