EQUILIBRIUM

EQUILIBRIUM

Kurt Wimmer, 2002

LE COMMENTAIRE

Fut un temps, quand un héros était dans de beaux draps dont il voulait s’extirper, il lui fallait faire des galipettes sur des toits comme Jean-Paul Belmondo (cf Peur sur la Ville) ou des double salto arrières comme Keanu Reeves (cf Matrix). C’était encore un peu chevaleresque. Demain, les héros trans-humanistes sortiront leur guns pour abattre leurs ennemis sans broncher, sans une émotion.

LE PITCH

La planète tente de faire la paix avec ses émotions.

LE RÉSUMÉ

Une troisième guerre mondiale a ravagé le début du XXIe siècle. C’est ainsi que s’est installé l’ordre totalitaire des Tetra-Grammatons qui ont imposé une dictature de la paix en privant l’humanité de tout sentiment – soit disant pour mieux la protéger d’elle-même.

In the first years of the 21st century, a third World War broke out. Those of us who survived knew mankind could never survive a fourth; that our own volatile natures could simply no longer be risked. So, we have created a new arm of the law: The Grammaton Cleric, whose sole task it is to seek out and eradicate the true source of man’s inhumanity to man – his ability to feel.

Le pouvoir ordonne à chacun·e de prendre du prozium, une substance qui neutralise les passions : plus de colère, ni d’amour. Plus rien. Conforme. Catatonique.

The great nepenthe. Opiate of our masses. Glue of our great society. Salve and salvation, it has delivered us from pathos, from sorrow, the deepest chasms of melancholy and hate. With it, we anesthetize grief, annihilate jealousy, obliterate rage. (…) For we embrace Prozium in its unifying fullness and all that it has done to make us great.

Au sommet du régime, le Père (Sean Pertwee) prêche la bonne parole. Une milice d’ecclésiastes Grammatons fait la chasse à toute forme d’excitation qui viendrait à se manifester chez des personnes considérées comme déviantes émotionnelles.

John Preston (Christian Bale) est un haut gradé. Il fait son travail sans broncher. Pas plus qu’il n’a bronché quand sa femme Viviana (Alexa Summer) a été condamnée puis brûlée pour déviance émotionnelle (cf La Pianiste) justement – laissant John avec ses deux enfants Robbie (Matthew Harbour) et Lisa (Emily Siewert).

Suite à un accident avec son prozium, Preston commence à ressentir des troubles. Petit à petit, il arrête de prendre ses doses. La dénonciation de son collègue Errol Partridge (Sean Bean) le fait se sentir coupable. Son absence de réaction lors de l’arrestation de sa femme lui donne des remords. Il ressent de l’affection pour la rebelle Mary O’Brien (Emily Watson) et de la sympathie pour Jurgen (William Fichtner), leader de la résistance.

Secondé par l’ambitieux Andrew Brandt (Taye Diggs), Preston est pourtant commissionné par le Vice-Consul DuPont (Angus Macfadyen) en personne afin de trouver un traitre au sein des rangs.

Preston découvre par hasard que son fils ne prend plus ses doses lui aussi.

Ce qui lui donne le courage nécessaire pour faire lancer la révolution (cf V for Vendetta).

Preston renverse le Vice-Consul. Un peu partout en ville, les usines de prozium explosent (cf Fight Club).

L’EXPLICATION

Equilibrium, c’est la menace d’une nouvelle forme d’autoritarisme.

Encore aujourd’hui, l’homme se prouve régulièrement qu’il peut être un loup pour lui-même. Son instinct animal le conduit à vouloir dominer la meute et considérer les autres espèces comme des proies ou des menaces. Dans les faits, cela produit une forme de darwinisme social où les rapports humains sont conflictuels par nature. Seuls les plus forts survivent et imposent leur loi (cf Highlander).

Andrew Brandt est un exemple de cette vision. À peine arrivé qu’il affirme déjà vouloir la place de son collègue.

I told you I’d make my career with you, Preston.

C’est ainsi que dans le monde de l’entreprise, des patrons mènent des OPA hostiles sur leurs concurrents. Sur le plan géopolitique, les rapports entre nations sont toujours tendus quand ils ne sont pas carrément belliqueux. Quand il en a envie, l’homme est capable du pire comme il l’a très bien montré lors des deux dernières Guerres Mondiales (cf Requiem pour un Massacre) ou lors de génocides (cf Valse avec Bachir).

Cependant, penser que l’homme est violent, et que c’est parce qu’il est violent qu’il veut dominer le monde est une erreur. Cette erreur pourrait laissé croire que si l’on maitrisait le caractère violent de l’homme, on pourrait éradiquer toute guerre. Plus jamais ça.

Ce serait prendre le risque de laisser une nouvelle forme d’autorité s’installer progressivement. Comme dans cette société où les Tetra-Grammatons gouvernent de manière tyrannique sur une population droguée. Dans ce régime tout aussi totalitaire et hautement répressif bien qu’il n’en ait pas l’air, les sujets sont devenus des objets.

L’enfer est pavé de bonnes intentions. Les Tetra-Grammatons ne prétendent oeuvrer que pour la paix dans le monde, à l’imagine d’une organisation mafieuse qui rançonnerait des commerçants tout en leur promettant une forme de sécurité. Paradoxalement, et bien que les membres de la communauté soient inoffensifs, les Tetra-Grammatons sont armés jusqu’aux dents et la population surveillée dans ses moindres faits et gestes (cf La Vie des Autres).

Le Vice-Consul exploite la vulnérabilité de ses administrés. DuPont prend le pouvoir en se faisant passer pour le Père et s’il protège l’humanité des horreurs de la guerre, il la prive aussi de toute possibilité de bonheur.

Cet équilibre ne tient pas debout. Mais tout le monde ferme les yeux. Toute ressemblance avec des faits et des personnages existants ou ayant existé serait purement fortuite et serait le fruit d’une pure coïncidence.

Mary trouve les mots pour sortir Preston de sa torpeur.

Let me ask you something. Why are you alive?

I’m alive, I live to safeguard the continuity of this great society. To serve Libria.

It’s circular. You exist to continue your existence. What’s the point?

What’s the point of your existence?

To feel. ‘Cause you’ve never done it, you can never know it. But it’s as vital as breath. And without it, without love, without anger, without sorrow, breath is just a clock. Ticking.

Preston a beau se péter la tête au prozium tous les jours, il ne s’est pas encore complètement grillé le cerveau. Il s’interroge et prend l’initiative d’un test : arrêter son auto-médication et voir. Et ses yeux s’ouvrent. Il devient résolu à ne plus servir.

Preston retrouve rapidement son appétence naturelle pour la contestation et son goût du contre-pouvoir (cf Une Bataille après l’Autre). Même s’il doit faire semblant de rien pour ne pas attirer l’attention des autorités. Preston est encore minoritaire. Il ne servirait pas son mouvement s’il se faisait attraper trop tôt.

Preston rejoint le maquis (cf l’Armée des Ombres) au service d’une société où l’individu ne serait pas dépourvu de ses émotions car elles seraient considérées essentielles pour son épanouissement. Une société où l’on chercherait que l’homme sache s’empêcher, pour reprendre la devise de Camus. Plutôt que de lui retirer tout moyen d’être indépendant.

LE TRAILER

Cette explication de film n’engage que son auteur.

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