NEW YORK 1997
John Carpenter, 1981
LE COMMENTAIRE
Les temps changent. Les villes qui avaient jadis un pouvoir d’attraction peuvent donner l’envie de fuir. Jadis on venait de toute l’Europe pour faire son nid à Montmartre. Aujourd’hui, les Parisiens quittent la capitale pour s’installer à Nantes. Il faudra bientôt construire des murs pour stopper l’hémorragie.
LE PITCH
Un hors-la-loi doit sauver le président plongé dans la nuit des morts-vivants.
LE RÉSUMÉ
À la fin du XXe siècle, la criminalité a explosé aux États-Unis (cf Robocop). L’île de Manhattan a été transformée en gigantesque prison à ciel ouvert.
The once great city of new york becomes the one maximum security prison for the entire country. (…) There are no guards inside the prison, only prisoners and the worlds they have made. The rules are simple: once you go in, you don’t come out.
Air Force One a été détourné par des gauchistes.
Tell this to the workers when they ask where their leader went. We, the soldiers of The National Liberation Front of America, in the name of the workers and all the oppressed of this imperialist country, have struck a fatal blow to the fascist police state. What better revolutionary example than to let their president perish in the inhuman dungeon of his own imperialist prison.
L’avion s’écrase. Le président Harker (Donald Pleasence) s’en sort miraculeusement mais il est aussitôt capturé par les hommes du Duc (Isaac Hayes).
Bob Hawk (Lee Van Cleef) fait appel à Snake Plissken (Kurt Russell), un ex-membre des forces spéciales, condamné à perpétuité.
Call me ‘Snake’.
Pour lui permettre d’éviter le pire, Haw lui propose d’exfiltrer le président qui est en possession d’une cassette audio contenant des informations de la plus haute importance. Le deal est donc simple.
You go in, find the President, bring him out in 24 hours, and you’re a free man.
Avant de partir, Hawk prend soin de faire injecter des micro-capsules explosives dans la gorge de Plissken. Marche ou crève.
Sur place, Plissken peut s’appuyer sur Harold (Harry Dean Stanton), Maggie (Adrienne Barbeau) et Cabbie (Ernest Borgnine). Il retrouve le président et évite les nombreuses embûches pour le conduire jusqu’à l’enceinte de la ville. Harold, Maggie et Cabbie ne s’en sortiront pas.
Bob Hawk vient en aide à Plissken et Harker pour qu’ils escaladent le mur. Les capsules explosives sont désactivées.
Plissken réclame un peu d’attention de la part du président. Ce dernier ne montre pas beaucoup de considération pour celles et ceux qui ont aidé à sa libération.
Well, the nation appreciates their sacrifice.
Le président est concentré sur son discours face aux caméras de télévision, et s’apprête à jouer la fameuse cassette audio.
Good evening. Although I shall not be present at this historic summit meeting, I present this in the hope that our great nations may learn to live in peace…
Dégoûté par le cynisme affiché par le président, Plissken intervertit les cassettes. Il détruit les secrets de la bande magnétique, pendant que du jazz passe en direct.
L’EXPLICATION
New York 1997, c’est ne pouvoir compter que sur soi pour sauver ses fesses.
L’industrie du marketing a déployé de nombreux efforts pour faire croire aux valeurs du collectif. Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin. Comme si on était tous frères et soeurs. Il faut rappeler que la fraternité ne fait pas partie de la devise des États-Unis, un pays qui s’est construit sur le sang (cf There will be blood) et la violence (cf Gangs of New York). Outre Atlantique, il faut savoir rouler pour sa gueule (cf Mensonges d’État, If there is a Hell below, Mission Impossible, Raisons d’État, Swimming with Sharks).
Quand on gratte un peu la surface, la véritable nature profondément individualiste des Américains apparait bien vite à la lumière. Snake Plissken était un homme qui faisait le sale boulot de l’État. Puis il a décidé de devenir un mercenaire, comme tout le monde (cf Mad Max, Un Prophète). Celui qu’il était jadis n’est plus.
I heard you were dead.
… I am.
Bien qu’il affirme à son ancien compère Harold qu’un homme doit se rappeler de son passé, il n’existe désormais plus que le présent. Le futur est hypothétique. Plissken est désenchanté, au sens de Mylène Farmer. Pour lui tout est chaos. Il se moque de tout.
I dont give a fuck about your war or your president.
Le comportement de Hawk lui donne raison. On n’hésite pas à lui injecter du poison dans les veines pour s’assurer qu’il fasse le boulot. Les états de service de Plissken ne compte plus.
I’m ready to kick your ass out of the world, war hero.
Plissken accepte le deal qu’on lui propose car il n’a pas le choix, et parce qu’il y voit une opportunité de regagner sa liberté. Cependant, il sait qu’il n’a aucune garantie et que s’il ne négocie pas. Le président et sa fameuse cassette sont la meilleure assurance vie de Snake s’il ne veut pas finir dans les toilettes de l’histoire.
New York reste le centre d’un monde sans foi ni loi. Il y fait bien sombre. Le Duc n’est qu’un caïd comme les autres. Chacun devient une menace potentielle. Il faut constamment surveiller ses arrières.
On ne se rend pas de service. Chaque course est payante.
Dans cet environnement tragique, Snake doit éviter les mines, tenir les autres en respect et monter sur le ring pour sauver sa peau si la situation l’exige (cf Fighter), sans attendre quoi que ce soit en retour.
A little human compassion…
La preuve, le président lui-même n’en a rien à faire. Lui qui devrait pourtant incarner la plus haute autorité, maintenir l’unité et oeuvrer pour le bien de la nation. Il perd un doigt dans la bataille, mais ne pense qu’à se mettre en avant pour profiter de la lumière des projecteurs sans laquelle il ne serait rien. Pas de merci. Harold, Maggie et Cabbie ne sont guère que des victimes collatérales.
Pas de raison non plus que le président puisse triompher. Si Plissken pense d’abord à lui, il ne va pas se priver d’empêcher les autres de briller.
C’est la guerre (cf Civil War).

