M LE MAUDIT

M LE MAUDIT

Fritz Lang, 1931

LE COMMENTAIRE

Dans un monde qui adore coller des étiquettes, il faut prendre garde à ne pas se retrouver affublé d’un signe distinctif. Toutes les médailles ne sont pas des poissons d’avril.

LE PITCH

La police et la pègre se lancent à la recherche d’un tueur d’enfants.

LE RÉSUMÉ

À Berlin, les enfants s’amusent à se faire peur alors qu’un tueur en série fait effectivement des ravages dans leurs rangs (cf Il est revenu).

Attendez juste un instant le vilain homme en noir va venir avec son petit hachoir et il vous coupera!

Les parents sont inquiets.

Hans Beckert (Peter Lorre) approche la petite Elsie Beckmann (Inge Landgut) en sifflotant In the Hall of the Mountain King.

Quel joli ballon! Comment t’appelles-tu ?

La petite ne rentrera pas chez elle. Son cadavre est retrouvé. Hans Beckert se fend d’une lettre anonyme pour la presse, dans laquelle il annonce son intention de repasser prochainement à l’acte (cf Zodiac).

La psychose s’empare de la ville.

Les experts de la police scientifique analysent les empreintes, mais l’enquête patine. Mis sous pression par le maire, l’inspecteur Karl Lohmann (Otto Wernicke) ordonne à ses hommes d’intensifier les recherches.

Il nous faut des résultats!

Ce qui perturbent les activités des gangsters du Ringvereine. 

Plus moyen de faire son travail, la police est partout.

Der Schränker (Gustaf Gründgens) organise une réunion et appelle à une chasse à l’homme, afin de relancer les affaires.

Un gars qui n’est pas affranchi compromet nos affaires. Cette pression ne peut plus durer. Nous devons remettre les choses en place ou sinon nous serons ruinés. (…) Ce monstre n’a pas le droit de vivre! (…) Nous devons l’attraper nous-mêmes!

Pendant que la police remonte la piste de Beckert, les gangsters soudoient les mendiants pour surveiller les rues. Un homme aperçoit Beckert avec une jeune fille et lui imprime une marque du l’épaule : M comme Mörder.

Beckert se cache dans un immeuble. Les gangsters lui mettent la main dessus et l’emmènent dans une ancienne distillerie pour le juger.

Quelqu’un comme toi n’a aucun droit. (…) Nous sommes tous des spécialistes de la loi ici, (…) nous voulons juste te rendre inoffensif.

Beckert reconnait ses crimes et plaide la folie.

Je ne peux pas m’en empêcher, (…) je veux m’échapper de moi-même mais je ne peux pas.

Son avocat (Rudolf Blümner) le défend.

Personne ne peut être puni pour une chose qu’il ne peut s’empêcher de faire.

La police débarque juste avant que Beckart ne se fasse lyncher, et arrête tout le monde. Frau Beckmann (Ellen Widmann) n’accable pas le meurtrier et invite tout le monde à faire davantage attention.

Nous devrions tous surveiller nos enfants.

L’EXPLICATION

M le Maudit, c’est éviter la démission générale.

Quand les choses tournent au vinaigre, les citoyen·nes ont pris l’habitude de se tourner vers l’état-providence : une forme de sécurité garantie par l’état pour celles et ceux qui sont victimes du mauvais sort. Il ne faut pas sortir le chéquier trop facilement sous peine d’engendrer des assisté·es. Mais il est quand même nécessaire d’intervenir pour éviter que la société ne s’effondre (cf Bugonia).

C’est bien pratique en cas de perte d’emploi, de problèmes de santé ou de catastrophe naturelle. En l’occurrence, la population berlinoise est affligée par un autre mal : un psychopathe qui décime la jeunesse (cf Les Assassins sont parmi nous).

N’importe quel homme dans la rue pourrait être le coupable.

Face à cette menace de l’ombre, les Berlinois·es ont le réflexe de s’en remettre à la police pour protéger leurs bambin·es.

Malgré toute la bonne volonté des officiers, trouver le coupable prend du temps et des moyens humains.

90% des pistes n’aboutissent pas. (…) Après si longtemps, personne ne se rappelle de quoi que ce soit.

Que des enfants meurent est insupportable. Mais tant que les portefeuilles ne sont pas touchés. Le monde fonctionne ainsi (cf Dumbo).

Les affaires sont les affaires.

Ayant l’impression que la police ne fait pas bien son travail, la population se retrouve au dépourvu.

Vous feriez mieux d’arrêter les meurtriers!

Les politiques sautent sur l’occasion de se positionner pour être celui ou celle qui trouvera l’assassin. La police fait du zèle et perturbe les activités criminelles – sans pour autant trouver le responsable. Le milieu du crime se moque pas mal des tueurs en série, tant qu’ils n’empêchent pas de faire tourner leur petit commerce. Si le business est en danger, ce n’est plus la même.

Nous n’allons pas tolérer ça!

Beckart est dans la ligne de mire quand les bordels sont fermés par sa faute.

Vous faites fuir ma clientèle!

À partir du moment où der Schränker s’implique, la partie devient nettement plus sauvage (cf Sleepers). Il utilise des moyens illégaux mais plus efficaces pour retrouver Beckart. Après tout, il ne fait que protéger ses investissements.

Nous faisons notre travail, nous devons gagner notre vie.

C’est précisément le problème quand la population s’en remet complètement à des organismes étatiques ou privés. Des criminels peuvent prendre les affaires en main (cf Prisoners). Et c’est encore pire. Ils veulent se faire justice eux-mêmes (cf The Pledge, Snowtown)

Nous devons l’attraper nous-mêmes!

Der Shränker est un extrémiste. Il se moque pas mal de Beckart ou de ses victimes.

Tout ce qui lui importe est que ses clients puissent continuer à dépenser. C’est pourquoi il se fait son propre tribunal, avec ses propres règles.

Aucune pitié! Pas de pardon!

Der Shränker n’a rien à faire que Beckart soit effectivement malade mental. Si cela ne tenait qu’à lui, on mettrait une petite balle dans la tête à Beckart et on n’en parlerait plus. Ce serait tellement simple.

Malheureusement la société ne peut pas fonctionner comme cela, sous peine de revenir à l’âge de pierre.

Chacun devrait se sentir responsable de ce qui arrive à nos enfants dans la rue.

C’est le début des années 30 en Allemagne. Malgré le vibrant message d’espoir lancé par Frau Beckmann, les choses sont sur le point de très mal tourner pendant quelques années…

LE TRAILER

Cette explication de film n’engage que son auteur.

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2 commentaires

  • Peter Lorre est magistral dans ce film. Et que dire de son monologue dans la scène finale du procès..

    • Merci Desman. Son monologue trouve un sens tout particulier aujourd’hui. Il est remis au goût du jour en quelque sorte.

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