JACKIE
Pablo Larraín, 2016
LE COMMENTAIRE
Pour une femme, c’est le défilé chaque jour. Tout le monde scrute ses moindres faits et gestes. Elle est souvent contrainte de baisser le regard, porter une casquette ou des lunettes de soleil pour avoir la paix. Derrière le masque, elle n’aspire qu’à un peu de paix.
LE PITCH
Une femme doit préparer les obsèques de son mari.
LE RÉSUMÉ
Theodore H. White (Billy Crudup) rencontre Jacqueline Kennedy (Natalie Portman) peu après l’assassinat de JFK (Caspar Phillipson). Encore bouleversée, elle garde néanmoins la maîtrise de son discours.
Don’t think for one second that I’m gonna let you publish that.
Tout est allé si vite. Du bruit des balles à l’investiture de Lyndon Johnson (John Carroll Lynch) dans l’avion présidentiel. Jackie Kennedy a l’impression qu’on lui a enlevé son époux. Il y a le protocole. On lui dit ce qu’elle doit faire.
I don’t think they’ll let you parade. The world has gone mad. You should take the children and disappear.
Heureusement, Jackie peut compter sur le soutien de Robert F. Kennedy (Peter Sarsgaard).
She makes the call.
Il est clairement d’une plus grande aide que le prêtre grabataire (John Hurt).
Father? Are you listening?
I’m listening, I think so.
Il faut encore organiser les obsèques. Les services secrets de Jack Valenti (Max Casella) poussent pour une cérémonie discrète. Finalement, Jackie reprend courageusement la main.
I changed my mind, we will have a procession.
Car il faut que l’Histoire se rappelle.
Malgré son addiction aux drogues, à l’alcool et ses envies de suicide, Jacqueline Kennedy tient debout grâce à l’aide de son assistante Nancy Tuckerman (Greta Gerwig). Elle lutte contre la culpabilité de ne pas avoir protégé son mari de ce guet-apens.
Elle lui rend un bel hommage.
His favorite was Camelot. And that last song, that last side of Camelot, is all that keeps running through my mind. Don’t let it be forgot, that for one brief, shining moment there was a Camelot.
Theodore H. White confirme que la femme dans l’ombre de celui que l’on a fait disparaitre restera malgré tout dans les mémoires.
You’ve left your mark on this country Mrs Kennedy over these past few days. That’s the story. Losing a President is like losing a father and you were a mother to all of us. And that’s a very good story. (…) Decades from now, people will remember your dignity and the majesty. They will remember you.

L’EXPLICATION
Jackie, c’est une femme qui ne s’efface pas.
Make America great again. On peut se demander de quand on parle. Si le début des années 60 a marqué une période de boom économique, les États-Unis n’en restaient pas moins un pays salement ségrégationniste (cf Mississippi Burning) et conservateur.
JFK donne un élan d’espoir. Jeune, beau, riche, il est un partisan des droits civiques et de l’apaisement avec l’URSS. Il prend toute la lumière. Personne ou presque ne remarque sa charmante épouse Jacqueline, plus connue pour son collier de perles, ses travaux de décoration d’intérieur à la Maison Blanche ou l’organisation de soirées arrosées au champagne.
Il est vrai que tout s’est un peu précipité pour elle.
I never wanted fame, I just became a Kennedy.
Pour ce qui est des femmes dans l’Amérique de l’époque, leur place est au foyer (cf La Bonne Épouse). Betty Draper s’occupe du dîner et des enfants pendant que Don travaille. Jackie a beau être la première dame du pays, elle ne compte pas. On la cantonne à quelques sourires.
Nothing is ever mine. Not to keep anyway. (…) A first lady must always be ready to pack her suitcases. That’s inevitable.
Elle n’ignore d’ailleurs pas la réputation qui lui est faite.
They think I’m a fool.
Dans ce pouvoir où tout est théâtralisé, elle assume son rôle.
Le couple Kennedy dérange beaucoup trop de monde. Puisqu’il n’est pas possible de raisonner JFK, il faut le supprimer de manière radicale. Tout est déjà prêt pour la suite. On s’imagine que Jackie partira avec l’eau du bain. La commission Warren remplace des pans entiers de son témoignage par la mention : référence aux blessures supprimée. Jackie ne doit pas se débattre. En tout cas, c’est ce qu’on lui fait comprendre.
Elle refuse vigoureusement.
I’m supposed to hide away now? (…) I will not sneak out through the back door!
Jackie se retrouve pratiquement seule contre tous.

En plus de devoir faire le deuil de son fils Patrick mort en août de la même année, Jackie doit faire le deuil d’un homme politique exceptionnel, au sens où JFK n’était pas un saint (cf Blonde). Jackie l’aimait néanmoins.
How could I hate him?
Après le mort de JFK, elle doit se trouver une identité propre.
I’m not the first lady anymore. You can call me ‘Jackie’.
Face à ces hommes qui lui disent quoi faire (cf Le Silence des Agneaux), elle doit faire preuve de fermeté. Elle n’est pas ce petit être fragile que tout le monde imagine.
I’m not a debutante. You don’t protect me anymore.
En plein coeur de la tempête, elle doit faire en sorte que le spectacle continue, d’une manière qui soit juste.
Why are you doing this Mrs Kennedy?
I’m just doing my job.
En cela, elle impressionne son entourage qui respecte sa sensibilité et surtout son professionnalisme.
JFK a fait rêver des millions d’Américain·es. Sa disparition fut un choc. Jackie a fait en sorte que le rêve ne s’éteigne pas en cette période trouble qui a traumatisé l’Amérique. Elle a montré qu’elle était largement à la hauteur de son mari. En cela, elle a également inspiré des millions d’Américain·es – à commencer par Nancy Tuckerman.
You have your whole life ahead of you.
Jackie a montré qu’une femme pouvait incarner l’élégance mais aussi surprendre par son courage face à l’épreuve. À sa manière, Jackie Kennedy fait partie des pionnières célèbres qui auront marqué l’histoire du combat féministe (cf Simone, le Voyage du Siècle, Spencer) avec beaucoup d’autres anonymes (cf Les Figures de l’Ombre, 20th Century Women).