BLONDE

BLONDE

Andrew Dominik, 2022

LE COMMENTAIRE

L’industrie du show business ne permet à personne d’écrire sa propre histoire. Les acteurs ou les actrices doivent faire quelque chose des rôles qui leur sont distribués, sans poser de question. Sourire quand les lumières sont allumées, en donnant une impression de sincérité. Donner le meilleur d’eux-mêmes. Face aux miroirs, aucune facette de leur personnalité ne peut plus s’enfuir.

LE PITCH

Norma Jeane étouffe dans son costume de Marilyn.

LE RÉSUMÉ

Norma Jeane Mortenson (Lily Fisher) vit avec sa mère dépressive (Julianne Nicholson) et un portrait en guise de père. Lors du violent incendie qui ravage Los Angeles, sa mère prend la voiture pour voir les flammes de plus près.

I’d like to see Hell close-up.

Lorsqu’elle rentre à la maison, elle accuse sa fille d’être responsable de son malheur et tente de la noyer dans la baignoire. La petite parvient à prendre la fuite chez les voisins. Norma Jeane prend la direction de l’orphelinat pendant que sa mère part en institution.

En 1940, Norma Jeane (Ana de Armas) est devenue Marilyn Monroe. Elle fait la une des magazines et des calendriers. On lui promet un brillant avenir.

The future is in the palm of your hand.

Lors d’une audition pour décrocher un rôle au cinéma, elle est violée par un président de studio (David Warshofsky). Plus que son talent, c’est son derrière qui lui vaut de se retrouver à l’affiche de Don’t Bother to Knock.

It was like watching a mental patient maybe, not acting. No technique. The actor in her role always knows who she is. What do you think boss?

Look at the ass on that little girl…

Elle noue une liaison poly amoureuse avec Cass Chaplin (Xavier Samuel) et Edward G. Robinson Jr. (Evan Williams), deux fils de qui, comme elle, souffrent à cause de leur paternel.

We’re juniors of men who never really wanted us.

Elle tombe enceinte et préfère avorter pour éviter tout risque de transmission d’une potentielle maladie mentale héritée de sa chère mère.

Marilyn continue son ascension fulgurante, toujours hantée par son père dont elle reçoit occasionnellement du courrier. À l’écran, elle est l’héroïne de Gentlemen Prefer Blondes dans lequel elle ne se reconnait pourtant pas. En privé, elle rencontre le célèbre Joe DiMaggio (Bobby Cannavale) avec lequel elle se marie pour mieux divorcer neuf mois plus tard suite à une nouvelle crise de jalousie (cf L’Enfer).

You tell them your husband says you’re quitting!

À New York, elle surprend Arthur Miller (Adrien Brody) lors d’une audition puis se marie avec l’auteur. Première fausse couche. Second divorce.

Sur le tournage de Some Like It Hot, Marilyn pique une crise de nerfs contre Billy Wilder (Ravil Isyanov). Elle commence à abuser de médicaments et d’alcool.

En 1962, elle entretien une liaison avec le Président Kennedy (Caspar Phillipson) qui la fait littéralement livrer dans sa chambre, où il contraint l’actrice à une fellation alors qu’il est pourtant en réunion téléphonique – avant de la violer puis de la ré-expédier en Californie via les agents des services secrets.

You have to swallow…

De retour à Los Angeles, elle s’imagine kidnappée par les autorités pour subir un nouvel avortement. Ou peut-être était-ce vrai ?

It’s just a dream.

Suite à la mort de Cass, elle reçoit une lettre posthume dans laquelle le cuistre lui révèle avoir écrit les lettres qu’elle pensait venir de son père.

Traumatisée par ces mauvais traitements à répétition et submergée par le chagrin, Marilyn serait morte d’une overdose de barbituriques.

L’EXPLICATION

Blonde, c’est être broyé·e par un système.

Norma Jeane s’attaque à la montagne de Beverly Hills. Née à Los Angeles, elle ne débarque pas de nulle part (cf Mulholland Drive). Néanmoins, son parcours s’annonce autant rempli de promesses que d’embûches.

In California, you can’t tell what’s real and what’s yourself. 

Pour ce voyage en Hollywood, Norma Jeane n’est pas bien équipée.

Tout d’abord, sa plastique avantageuse lui nuit, faisant d’elle une proie pour les prédateurs (cf L’intouchable Harvey Weinstein). Son premier casting se termine par un viol. La couleur est annoncée d’emblée. Marilyn ne parviendra jamais à reprendre le dessus.

You don’t have to read.

Son tempérament léger est vite brimé par une industrie patriarcale où tout est décidé pour elle à l’avance. Elle doit se contenter d’obéir aux ordre.

Be a good girl.

Dans ce système, elle va devenir un produit aux mains de ceux qui savent exploiter les autres. Les patrons de studio font ce qu’ils veulent avec l’image de leur diva.

I invented you.

Elle tente timidement d’imposer ses conditions, menace de se couper le visage sur le plateau… mais Marilyn dépend déjà trop du système. Elle ne peut plus faire machine arrière.

My mind’s my own to change.

Personne ne respecte sa volonté.

Marilyn est trop fragile pour évoluer dans cet environnement. Une fragilité lié à un père après lequel elle courra toute sa vie. Trouvant le refuge auprès d’hommes qu’elle appelle Daddy mais qui l’ont violentée physiquement et moralement. Ce père qu’elle cherche en chaque homme la prive de toute estime d’elle-même. L’humilité de Marilyn est en réalité une forme de passivité.

I’m not a star, I’m just some blonde.

Elle endosse le stéréotype. Ainsi, elle se retrouve croquée toute crue, par tout le monde.

Pas assez prête pour que sa vie soit déshabillée par tout le monde.

What business of yours is my life?

Icône au point d’être violée par Mister President en personne, à qui elle souhaita malgré tout bon anniversaire en direct à la TV.

Pas armée mentalement pour se retrouver prisonnière de son statut (cf Amy). Tout le monde lui envie une vie qu’elle déteste.

Miss Monroe you’re cruel. Every one of us, everybody in the world would give their right arm to be you and you know it.

Absence de père, de protection de la part de sa mère, de choix… Elle bascule dans un cauchemar. À Hollywood, on ne se soucie que du sensationnel. Personne n’en a rien à faire de rien. Marilyn a piégé Norma Jeane qui ne voulait rien de tout cela, en tout cas pas comme cela. (cf Spencer)

I know you’re supposed to get used to it, but I just can’t.

Hollywood l’a faite, et défaite sans aucune pitié. Rouleau-compresseur. Son histoire sert de contre-exemple à toutes celles et ceux qui rêvent de sortir de leur anonymat (cf La Famille Bélier). Voilà ce qui guette celles et ceux qui ont un besoin cruel de validation, quand elles ou ils se retrouvent précipité·es dans la fosse aux lions.

LE TRAILER

Cette explication de film n’engage que son auteur.

2 commentaires

  • Tout d’abord un grand merci sincère pour l’article, et les phrases clés du film ainsi que les nombreuses références.
    Je n’ai pas tellement aimé la forme du film, tout comme la forme du livre de Joyce Carol Oates dont il est issu, cependant l’actrice a tellement intégré la manière d’être de Marylin/Norma, forte et fragile tour à tour, c’est littéralement bluffant. C’est pour cette dernière raison que je recommande chaudement ce film.
    Il y a deux points cependant que je ne partage pas, la passivité supposée Marylin/Norma et la conclusion.
    Sur le premier point, Norma c’est tout le contraire de la passivité, je pense à tous ses efforts pour s’instruire, ses cours à Actors studio, sa démarche auprès d’un psychiatre pour améliorer sa santé mentale, … Qu’elle ait manqué de clés, je dirais plutôt d’armes pour affronter le système hollywoodien, je partage, elle n’est évidemment pas la seule actrice mais certainement la plus emblématique.
    Concernant la conclusion, l’ensemble des difficultés et même des horreurs que Marylin a traversées est le chemin de beaucoup de femmes si l’on porte attention aux multiples me too, il me semble, que ce n’est pas une raison pour que les femmes se contentent d’observer le monde mais bien plutôt pour elles de chercher les poches de respiration dans ces univers asphyxiés et de faire bouger les lignes 🙂 Je songe à Céline Sciamma par exemple.

    • Merci Sophie pour votre commentaire et ces belles réflexions.
      Vous avez raison concernant la détermination de Marilyn qui mérite d’être soulignée. Elle ne veut pas se satisfaire de sa plastique mais souhaiterait être reconnue pour son talent d’actrice, travaillant dur pour y parvenir. Je la trouve passive, abusée par les hommes, mais pas totalement résignée. C’est d’ailleurs ce qui fait son drame : Elle essaie, sans y parvenir. Veut croire à l’existence de son père, sans le rencontrer…
      Pour ce qui est de la conclusion, vous proposez une autre lecture. Pris sous un angle plus féminin, on mesure toute la difficulté pour une femme de parvenir au statut de star dans un monde d’hommes. Marilyn devient alors martyr. Il s’agit d’une invitation à se battre contre ce système décadent. Des personnes comme Céline Sciamma ouvrent effectivement une autre voie (cf Working Girl).

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