PUNISHMENT PARK
Peter Watkins, 1971
LE COMMENTAIRE
L’hymne national des États-Unis célèbre le land of the free. Il serait intéressant d’examiner de plus près la conception que l’administration actuelle (cf Reality) et les grandes corporations américaines (cf The Social Dilemma) se font du concept de liberté.
LE PITCH
De jeunes activistes américain·es sont envoyé·es en camp de redressement.
LE RÉSUMÉ
En pleine guerre du Vietnam, l’état d’urgence est décrété par Richard Nixon.
Under the provision of Title 2 of the 1950 Internal Security Act, also known as the McCarran Act, the President of the United States of America is still authorized, without further approval by Congress to determine an event of insurrection within the United States and to declare the existence of an « internal security emergency ». The President is then authorized to apprehend and detain each person as to whom there is reasonable ground to believe probably will engage in certain future acts of sabotage. Persons apprehended shall be given a hearing, without right of bail, without the necessity of evidence and shall then be confined to places of detention.
Une équipe TV suit un groupe d’activistes se retrouvant dans un camp au milieu du désert californien. Ces activistes sont des militant·es pour les droits civiques ou se battent pour la paix. Chacun·e se voit condamné·e à une peine de prison par un tribunal populaire (cf M le Maudit), avec la possibilité de convertir cette peine en quelques jours au Punishment Park.
You are hereby sentenced to serve 15 to 21 years in a federal penitentiary, you have the alternative of undergoing four days in a punishment park. How do you choose?
Dans ce camp, les condamné·es sont soumis·s à un exercice : parcourir de nombreux kilomètres afin d’atteindre un drapeau américain planté au dessus d’une montagne – sous la surveillance des forces de l’ordre.
The objective of that course is simple : you must evade capture by the pursuing law enforcement officers and reach the flag by the appointed time.
Les échanges lors des auditions sont houleux.
What would you do to us if you were in control, what is your moral code, what would you do for this country? You are indulging in self gratification, you are indulging into some sort of mental masturbation!
(…) You want me to tell you what’s immoral? War is immoral! Poverty is immoral! Racism is immoral! Police brutality is immoral! Oppression is immoral! Genocide is immoral! Imperialism is immoral!
Lors de l’exercice, les activistes se séparent en deux groupes. Un groupe choisit de se défendre tandis que l’autre adopte une approche non-violente. Les premiers sont tués alors que les pacifistes sont roués de coups à leur approche du drapeau. Les policiers se justifient par le fait que l’un des leurs a été tué par les activistes. Comme toujours, ce n’est de la faute à personne (cf La Haine).
They threw rocks. The guns went off, it was an accident. I didn’t want to kill anyone.
Les agents répondent aux protestations des journalistes en leur reprochant de n’avoir été que des témoins passifs des événements.
They belong to this country as much as you do!
I didn’t see you put any band-aids on anybody! All you want is money for this programme!

L’EXPLICATION
Punishment Park, c’est la démocratie en question.
La souveraineté du peuple est un principe fondamental qui distingue la démocratie du régime dictatorial dans lequel les décisions arbitraires de l’État s’imposent à ses membres. Une démocratie repose sur un débat, pas toujours facile, qui est inexistant dans les autres régimes.
C’est pourtant ce qui commence à poser question au sein des démocraties modernes. Dans les années 70, la guerre du Vietnam a véritablement secoué la société américaine (cf Good Morning Vietnam, Né un 4 Juillet).
I am as concerned as you are about the direction of this country.
Une grande partie de la population s’est prononcée contre ce conflit. Des manifestations ont ainsi éclaté un peu partout, opposant babacool pacifistes aux représentants du conservatisme : Cheveux longs et chemise à fleurs, contre coupe en brosse et chemise manches courtes.
Dans le punishment park, la fracture est évidente entre d’un côté, des représentant·es du peuple qui parlent au nom du réalisme. Ils ou elles savent comment le monde fonctionne. La liberté et le confort doivent se défendre (cf une Bataille après l’Autre), parfois en dehors des frontières. C’est le devoir de chaque citoyen·ne que de se battre contre l’ennemi pour maintenir ses privilèges. En l’occurrence, ce sont les autres qui iront se battre. Mais peu importe. Le rôle de ces juges est de condamner tout·e opposant·e pour trahison et faire appliquer la répression.
He loves his country, but he wants to go to Canada.
(…) They don’t understand what’s going on in this country, they have no idea, no loyalty, no understanding. And they respond with violence.
(…) I think there should have been more spank in America.
(…) They have to be shown their way is wrong.
(…) We are doing this for people who pay their taxes.
(…) Do you realize the intensity in which this situation places the USA?
Les arguments ressemblent à s’y méprendre à ceux d’aujourd’hui…
De l’autre côté, les jeunes ne comprennent pas l’intérêt de faire la guerre contre l’URSS. Au nom de quoi leur impose-t-on de manière arbitraire d’aller mourir au Vietnam ? Les accusé·es tentent de se défendre.
You are oppressing people that are powerless in your country!
(…) Right now I think the honorable thing to do is to be a criminal!
(…) You are trying to put radicals on trial as scapegoats for the problems of your own system!
(…) I’m not loyal to the government, because the government is against people!
Leurs arguments tiennent la route.
Don’t you realize how much you’re being exploited? How the people who control the money are diminishing your existence to working in a dirty factory that puts black smoke up in the air which pollutes the world, and you’re working your ass off saving money for your kids getting pennies while they’re making hundreds and hundreds of dollars ? Don’t you realize how you’re being duped? (…) Are you that blind?
Personne ne s’entend. Pour mettre fin à la cacophonie, on finit tout simplement par faire taire les récalcitrant·es. C’est plus simple. En attendant, il n’y a pas eu de débat contradictoire.
Silence the defendant!

Le fait que Nixon décrète l’état d’urgence permet à l’état d’obliger certain·es citoyen·nes à aller se battre au Vietnam pour préserver les intérêts de la nation. Si les citoyen·nes ne sont pas d’accord, ils ou elles ne sont pas de bon·nes patriotes. C’est un crime.
We don’t know why we were arrested!
You stand guilty of conspiracy to undermine the national security.
Ce qui revient à dire que les citoyen·nes n’ont plus le choix. On ne leur demande pas de réfléchir.
Why do you turn against the country?
My parents taught me to think.
On ne leur demande pas de poser de questions non plus.
Who tells you this war is protecting your country?
On leur demande simplement d’obéir. Executer ce qu’on leur dit, sans faire la tronche. Faute de quoi, les dominant·es auront le droit d’envoyer les activistes en mission kamikaze dans le désert en les séparant pour mieux les affaiblir, puis de les tabasser (cf Un Pays qui se tient sage) ou carrément les tuer. De toute façon, les prisons sont blindées.
Il semble que les garant·es de la démocratie puissent oublier qu’ils ou elles sont au service du peuple. Qu’ils ou elles puissent s’asseoir sur le résultat des urnes, et de forcer des projets de loi sans consulter le parlement – au nom de la préservation de cette même démocratie. Tout en se donnant le droit de faire taire l’opposition si nécessaire. Peut-on encore parler de démocratie ?