MASS

MASS

Fran Kranz, 2021

LE COMMENTAIRE

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, on n’a pas toujours besoin de hurler pour exprimer sa rage. Les mots dépassent la pensée. Rien de tel qu’un bonne colère contenue. On peut faire passer bien des messages avec un seul regard haineux.

LE PITCH

Les parents d’une victime rencontrent les parents du coupable.

LE RÉSUMÉ

Jay (Jason Isaacs) et Gail (Martha Plimpton) se rendent dans une église épiscopale où doit se dérouler une rencontre avec Richard (Reed Birney) et Linda (Ann Dowd).

Evan, le fils de Jay et Gail, a été la victime d’un crime de masse perpétré dans son école (cf Bowling for Columbine). L’attaque a été conduite par Hayden, le fils de Richard et Linda, qui s’est donné la mort quelques minutes après.

Six ans se sont écoulés. Les familles ont eu l’occasion de se recroiser lors de l’enquête. Mais la douleur est toujours vive.

L’objectif de cette rencontre est de permettre une sorte de médiation (cf Carnage).

Chacun·e marche sur des oeufs. C’est Gail qui commence.

I wanna start by saying that we regret some of the things that we said.

Les premiers échanges sont courtois et mesurés. On montre des photos des deux garçons en évoquant des souvenirs, la gorge serrée. Jay a besoin de poser des questions. Il prévient avant de se lancer.

We’re not here to attack you.

Il sait qu’il va avoir du mal à ne pas se laisser déborder par ses émotions. Jay et Gail ont besoin de comprendre de la bouche de Richard et Linda comment Hayden en est arrivé là. Des mots qui ne figurent pas dans le dossier que les parents d’Evan ont déjà lu en long, en large et en travers.

We want to listen and we want to heal.

Richard et Linda tentent d’expliquer l’inexplicable : beaucoup de déménagements, du harcèlement à l’école (cf Close), la mauvaise influence des jeux vidéos… ? Linda est frustrée de devoir reconnaître qu’elle ne connaissait pas son fils et qu’elle n’en aura jamais l’occasion.

There’s so much that no one will ever know.

Jay perd son sang froid. Il veut désespérément comprendre ce que personne ne peut comprendre, suggérant que Hayden était peut-être psychopathe – ce qui blesse Richard.

We hoped it was what he said it was.

How could you believe that??

Because I wanted to… (…) You think you can attach one word to something in order to understand it, to make you feel safe ? (…) It’s not simple, it’s everything you cannot see.

Jay revient sur la douleur de son fils, grièvement blessé pendant de longues minutes avant que Hayden ne l’achève d’une balle dans le cou. Il explose.

We don’t want to see you in pain, we want to see you punished!!

Linda parle avec son coeur. C’est ce que Jay réclamait. Elle aussi est désemparée, mais pas pour les mêmes raisons (cf We need to talk about Kevin).

You should have said something.

What should we say?? I’m asking you! (…) We believed we were good parents! And in some awful confusing way we still do. Isn’t it worse? (…) It’s very hard to trust anything anymore. I raised a murderer.

Linda explique qu’elle aimerait se souvenir du garçon innocent qu’était Hayden avant de devenir un monstre, afin qu’elle puisse faire son deuil. Elle demande à Gail de partager une histoire à propos d’Evan. Ce moment permet à Gail de faire la paix et de pardonner Linda, Richard et Hayden.

I forgive you.

Gail est épuisée par toute cette douleur et veut avancer à nouveau dans sa vie. Elle veut aussi retrouver son mari.

We don’t sleep, we don’t breathe anymore.

Après ce moment d’émotion, ils communient tous ensemble dans le silence. Jusqu’à ce que Richard coupe court.

… Well, I’m glad we were able to help.

C’est apparemment trop pour lui. Il souffre toujours.

Linda revient auprès de Jay et Gail afin de les remercier, et leur raconter une histoire sur Hayden qui la fait fondre en larmes.

La nuit tombe.

L’EXPLICATION

Mass, ce sont des victimes des effets pervers d’un système.

En France, on est encore relativement préservé des tueries de masse (cf Novembre). Tandis qu’aux États-Unis, elles sont malheureusement devenues une triste habitude. Plus de 33 000 personnes y meurent chaque année par armes à feu. C’est plus que les accidents de la route.

Cette caractéristique est évidemment imputable au permis de porte d’armes qui est autorisé par le 2e amendement de la constitution américaine. Compte tenu de la nature violente de cette nation (cf There will be Blood, Killers of the Flower Moon, The Brutalist) et du fait que le niveau intellectuel se dégrade au fil des années (cf Idiocracy), tous les ingrédients sont réunis pour que les tragédies s’enchaînent.

En plus des morts, il reste les proches des victimes. De bonnes familles américaines trahies par un système dans lequel elles croient dur comme fer.

Jay et Gail paient leurs impôts et ont peut-être même un drapeau américain qui flotte quelque part devant leur maison. Par ailleurs, ils ne pensent pas que la peine de mort soient une solution (cf La dernière Marche) bien qu’elle s’applique encore dans certains états. Pour autant, ils ressentent la mort d’Evan comme une terrible injustice et ils ont raison. Ils en ont gros sur la patate. Impossible pour eux de souffrir en silence.

We’re not gonna apologize for our feelings.

Tandis que Richard et Linda doivent porter le poids du crime de Hayden en tant que parents, tout en pleurant la mort de leur fils. Ils savent qu’ils n’ont pas tout bien fait, et ils ont pourtant essayé de faire de leur mieux. Linda est dévastée.

We were scared but we were trying to see the best possible outcome!

Richard dresse un constat d’échec.

I can’t change what I’ve done…

Where is your regret!?

… I regret everything.

Le système les a tous trahis. Il a conduit des enfants à commettre l’irréparable et contraint leurs parents à se retrouver pour régler cette histoire (cf Je verrai toujours vos Visages). La société américaine récompense celles et ceux qui prennent des risques. Elle punit les autres. Quand on se retrouve sur le bord de la route, il faut se démerder. Richard, Linda, Gail et Jay doivent tenter des réparer les pots cassés entre eux.

I don’t know if I can do it.

(…) Maybe it wasn’t a good idea.

Ce sont à eux de prendre leurs responsabilités. Ils doivent tenter de résoudre leurs problèmes en adultes sans se déchirer, alors qu’ils souffrent chacun·e à leur manière.

You do not know! I know!!

Richard, Linda, Gail et Jay ont été plombé·es par ce système impitoyable qui les accable tout en les abandonnant à leur triste sort.

Les masses ont le pouvoir… de ne pas finir de s’entretuer. Elles ont le devoir d’être fortes, en dépit de leur immense tristesse. Sinon le monde entier se dénoue définitivement.

LE TRAILER

Cette explication de film n’engage que son AUTEUR.

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