JURASSIC WORLD

JURASSIC WORLD

Colin Trevorrow, 2015

LE COMMENTAIRE

Lorsque une porte s’ouvre, on ne sait jamais ce qu’il y a derrière. C’est pour cela qu’il est bon de se poser la question de savoir où l’on met les pieds. Dans quelle aventure se lance-t-on ? Si chaque aventure semble différente, il arrive pourtant que l’histoire se répète.

LE PITCH

Un dresseur de dinosaures doit se confronter à une véritable bête sauvage.

LE RÉSUMÉ

Des années après que les dinosaures aient repris leurs droits sur Isla Nublar (cf Jurassic Park), tout est enfin rentré dans l’ordre – ou presque. Le premier test fut une catastrophe mais les animaux furent remis en cage. La direction a rétabli les conditions de sécurité pour relancer les visites.

Le fantasme de John Hammond s’est enfin réalisé. Le parc existe et il tourne à plein régime. Une véritable machine à cash. Les touristes affluent de partout. Des touristes fortunés, donc exigeants et qui finissent toujours par se lasser de tout (cf Fantômas se déchaîne).

InGen est donc contraint de créer un hybride de dinosaure afin d’exciter le chaland : l’Indominus Rex. Croisement entre un T-Rex, un Raptor, une grenouille et Hannibal Lecter (cf Le Silence des Agneaux).

You created a monster!

Tel un super dinosaure, l’Indominus Rex va vite semer la pagaille en instaurant un déséquilibre au niveau de la chaîne alimentaire du parc puisqu’il n’a aucun prédateur. Claire (Bryce Dallas Howard), la patronne, est déjà en panique à l’idée que cet animal puisse faire la rencontre des 20.000 visiteurs regroupés au sud de l’île: ce serait assurément une vraie boucherie, doublée d’une catastrophe commerciale.

Owen (Chris Pratt) est un dresseur de Raptors. Il s’est déjà confronté au monstre et sait qu’on ne peut pas le raisonner. Une solution radicale s’impose : le supprimer. Ce à quoi s’oppose formellement le grand patron Simon Masrani (Irfan Khan). L’investissement a coûté trop cher. Par ailleurs, il peut rapporter beaucoup trop.

Il faut néanmoins bien se rendre à l’évidence : l’Indominus Rex est cinglé. C’est un danger public. Une belle occasion pour Hoskins (Vincent d’Onofrio) de prouver que les Raptors peuvent être utilisés à des fins militaires. Il va lancer Owen et Barry (Omar Sy) à la chasse de l’Indominus Rex. Manque de pot, ce dernier communique avec les Raptors qui se retournent contre leur maître.

Heureusement que les Raptors ont de la mémoire et de la sympathie pour Owen qui aura toujours été bon avec eux (cf Ben-Hur). Finalement, c’est un T-Rex qui vient à bout de l’Indominus Rex, avec l’aide d’un Raptor et d’un Mosasaure (cf En Eaux Troubles).

Dans un dernier face à face intense avec Owen, le T-Rex et le Raptor décident de le laisser tranquille pour s’en retourner chacun de leur côté de la jungle, comme s’ils voulaient qu’on leur fiche enfin la paix. Chacun chez soi. Owen apprécie.

It’s a relationship, it’s based on mutual respect.

L’EXPLICATION

Jurassic World, c’est ne rien avoir appris.

La modernité est un challenge (cf Le Chat, OSS 117, The Artist, Kennedy et Moi, La Belle Époque). Comment s’adapter à un environnement qui change, de nouveaux outils, de nouvelles habitudes, de nouvelles attentes ? Rester pertinent ?

A priori Masrani détient la réponse:

The key to happy life is to accept you are never in control.

Cela veut dire que selon lui, réussir à s’adapter revient à suivre le mouvement. Se rappeler que l’on n’est jamais vraiment en contrôle, comme l’a d’ailleurs très bien montré la première expérience de John Hammond. Maintenons la cadence, le reste viendra naturellement.

Ce n’est pas tout à fait exact. Car si on ne se pose pas un minimum de question et qu’on laisse la modernité guider la marche sous prétexte qu’on n’a pas le contrôle, la modernité peut conduire droit dans le mur. En l’occurrence, si les patrons du parc s’en remettent aux désirs de leurs clients, ils vont tomber dans le piège de la surenchère en se lançant dans la création d’un super-dinosaure qui va finir par leur échapper (cf Frankenstein).

Hammond a recrée une espèce qui avait disparu, sur la base des travaux des paléonthologues, sans se poser la question de l’adaptation des dinosaures au monde contemporain (cf Hibernatus). Masrani va encore plus loin en créant de toute pièce une nouvelle race de dinosaure, dans le but de séduire la clientèle.

We needed something scary and easy to pronounce.

À qui la faute ? Si seulement le public savait se satisfaire du spectacle qu’on lui propose… C’est parce que le public veut toujours plus qu’il finit avec les Ptérodactyles aux fesses.

You didn’t ask for reality, you asked for more teeth.

Le problème vient du fait que le public ne veut renoncer à rien. On veut l’arme absolue (cf Alien vs Predator) et la sécurité. S’approcher des bêtes sauvages, derrière le confort d’une vitre blindée.  Réconcilier ce qui ne peut pas l’être.

L’autre problème et qu’on ne sait pas dire non au public sur le principe que le client est roi. Parce qu’on souhaite satisfaire des enfants qui ne savent pas ce qu’ils veulent, dans le but de faire de plus de profits, on adopte des logiques marketing sans queue ni tête (cf Tournage dans un Jardin Anglais, Buy Now).

We’ve been pre-booking tickets for months. The park needs a new attraction every few years in order to reinvigorate the public’s interest. Kind of like the space program. Corporate felt genetic modification would up the wow factor.

They’re dinosaurs. Wow enough.

Not according to our focus groups. The Indominus Rex makes us relevant again.

Masrani fait l’erreur d’aller trop loin, comme l’avait déjà fait Hammond, tout en négligeant une nouvelle fois les fondamentaux.

Il oublie les règles élémentaires de conduite en présence d’animaux sauvages.

Don’t turn your back to the cage.

Il oublie qu’on ne peut pas faire n’importe quoi lorsqu’il s’agit de création (cf The Substance).

L’histoire semble effectivement être un éternel recommencement. Peut-être parce qu’on a une fâcheuse tendance à ne pas retenir la leçon. C’est toujours la même chanson.

LE TRAILER

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