BLACKFISH

BLACKFISH
Gabriel Cowperthwaite, 2013

LE COMMENTAIRE

Par le passé, les femmes aimaient questionner leur miroir pour savoir laquelle était la plus belle pour aller danser. Dans cet exercice de style purement narcissique, le miroir se voulait toujours rassurant. C’était avant que Blanche Neige ne permette à la femme de se libérer d’elle-même et de se poser des questions fondamentales sur ce qu’est la beauté. Aujourd’hui, c’est l’alpha mâle qui se regarde le nombril dans le miroir. Son reflet a des allures de baleine tueuse. L’homme est devenu un monstre.

LE PITCH

Tilikum, l’orque star de Seaworld, sème la terreur dans les bassins.

LE RÉSUMÉ

Dans les années 1960, des décennies avant la résurrection des dinosaures, les parcs à thèmes devaient faire avec les moyens du bord. Seaworld a fait un pari aquatique: des requins, des dauphins, des crocrodiles… autant d’animaux qui attirent les foules et font vendre de la peluche. Parce que la clientèle est toujours plus exigeante, il faut sans cesse se renouveler avec des animaux toujours plus exotiques, ou dangereux. C’est dans cette optique que Tilikum, un orque taille XXL a été pêché en 1983.

L’orque est un animal fascinant, qu’on idolâtre ou qu’on redoute. C’est tout un mythe qui s’est créée autour de lui. L’orque avait repris le rôle de la baleine vengeresse tenu par Moby Dick dans Orca, traquant le capitaine Nolan jusqu’au Pôle Nord. C’était avant que le requin blanc ne lui vole la vedette. L’orque on s’en est fait toute une montagne alors qu’en fait il n’est pas si méchant.

To this day there is no record of an orca doing harm to any human in the wild.

Il peut néanmoins faire des dégâts.

Tilikum a rejoint Seaworld en qualité de mâle dans un bassin rempli de femelles. Logiquement il s’est très vite retrouvé victime d’agressions répétées qu’il a eu du mal à éviter compte tenu de l’étroitesse des bassins.

The poor guy is so large, he couldn’t get away because he is just not as mobile. Where was he gonna run? There is no place to run.

La frustration de ces orques en captivité a fini par provoquer des bousculades, des blessures, des noyades et des morts, de manière presque inévitable.

Face à ces drames, les patrons du parc ont été obligés de réagir. Un peu comme quand une équipe de foot qui perd décide de virer l’entraîneur plutôt que ses joueurs, Seaworld a décidé de prendre la défense de sa star, au détriment de ses instructeurs, blâmant la faute sur des soit disant négligences. Les clients paient pour voir l’orque, pas son instructeur.

Cette prise de position a logiquement conduit les instructeurs à poursuivre leur employeur, ce dernier refusant visiblement de reconnaître la dangerosité de leur travail. Au cours du procès, les experts ont révélé l’extrême intelligence de ces animaux…

When you look into their eyes, you know somebody is home.

… et surtout l’atrocité de leurs conditions de détention vie. On les capture, on les force à vivre ensemble alors que la simple idée de vivre en collocation nous est tout simplement insupportable. Puis on les féconde sans leur permettre de s’accoupler ; pour enfin mieux séparer les bébés de leur mères, et faire du gros business. Car on ne parle pas du fait qu’on emploie des animaux en les payant à coups de sardines.

En 2012, la justice a statué: les instructeurs sont désormais protégés des orques par des barrières.

En 2016, Seaworld a enfin annoncé la fin de son élevage d’orques. (Enfin) Finies les conneries.

Encore mieux, une loi va prochainement permettre aux animaux de cirque de retrouver leur liberté.

Les touristes affluent (enfin) un peu moins. C’est bientôt le baissé de rideau.

blackfish

L’EXPLICATION

Blackfish c’est toujours la méthode Coué.

Nous n’avons pas notre pareil pour nous convaincre que nous avons raison, que nous sommes les plus beaux et souvent les meilleurs. Si quelqu’un a tort, ça ne peut être que l’autre! Nous sommes tellement forts dans l’auto-persuasion que nous arrivons à nous faire croire que les orques dans les parcs d’attraction sont heureux de faire des galipettes contre quelques sardines.

He seemed to like to work.

On créée des mythes et pour ça on rebaptise. Les indigènes appelaient l’orque Blackfish pour son pouvoir spirituel. Nous l’avons bassement renommé Killer Whale, la baleine tueuse, parce que ça sonne plus dramatique et donc plus vendeur. C’est la victoire honteuse du marketing.

Pour valider le mythe, on n’hésite pas jusqu’à mentir sur l’espérance de vie de ces animaux censée être plus importante en captivité qu’en dehors du parc (!) ou sur cette dorsale qui se plie. On veut croire que tout possible, pour peu qu’on force un peu les choses. Ça n’a pas marché dans les banlieues quand on a voulu parquer différentes communautés dans des blocs, pourquoi ça marcherait avec des orques?

You’ve got animals from different cultural subsets that have been brought in from various parks. These are different nations.

On oublie un principe fondamental qu’on nous apprend pourtant en mathématiques dès le primaire: on n’additionne pas des choux avec des carottes.

On oublie et on (se) ment. Seaworld est l’équivalent de Disneyland, avec des dauphins. C’est le petit théâtre des rêves. Sauf que personne n’a envie d’aller en coulisses et de savoir ce qui s’y passe. On veut croire à la convivialité des fast food dans lesquels vous pouvez venir comme vous êtes, mais on ne peut pas regarder ce qui se passe en cuisines. Personne ne veut admettre que Seaworld est une sorte de camps de concentration pour mammifères marins – déguisés en parc d’attraction. On veut du rêve au goût de barbe à papa sans savoir comment on l’obtient. On veut le splash, peu importe la souffrance de l’animal. On veut des records extravagants, sans le dopage. On rêve sa pizza Napolitaine, en fermant les yeux sur les Pakistanais en cuisine. On se prend pour les Rois du Monde et on se fout pas mal de la morale.

How can anyone look at that and think that is morally acceptable?

Le constat alarmant de Blackfish c’est surtout que la société progresse bien moins vite qu’elle en donne l’impression. Des incidents impliquant des orques s’étaient déjà produits par le passé. On savait. On a du mal à voir les symptômes. Quand on les voit enfin, il est trop tard. Et on n’est incapable d’en tirer les conséquences.

In twenty years, we haven’t learnt a damn thing.

Donc ça recommence encore et encore. Il en va de même des récentes crises économiques ou politiques.

À qui la faute? Dans le cas de Blackfish, des gens sont quand même morts, des amoureux des orques sont traumatisés à vie, des mamans ont perdu leurs enfants, des cétacés obèses sont toujours emprisonnés dans 20 mètres cubes d’eau. Pourquoi? Pour divertir une foule de badauds incultes et faire du profit pour mieux aller se la couler douce sur les plages de Thaïlande?

Tout ça n’est peut-être finalement que la faute des Thaïlandais? Les autres ont toujours tort.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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