THE ARTIST

THE ARTIST

Michel Hazanavicius, 2011

LE COMMENTAIRE

L’homme tout puissant est comme un empereur. Ses conquêtes rentrent dans l’Histoire. Puis les années passent. Les combats l’affaiblissent. Ses blagues d’alors tombent à plat. Les sourires se figent. S’il ne se renouvelle pas, l’homme prend le risque de se retrouver seul devant son écran, à l’arrêt. Les spectateurs ont quitté la salle. La moustache moins vaillante, l’homme n’est plus que l’ombre de lui-même. Une femme a pris sa place (cf A star is born).

LE PITCH

Le pape du cinéma muet voit son empire se dérober sous ses pieds, silencieusement.

LE RÉSUMÉ

Dans la fin des années 20, George Valentin (Jean Dujardin) règne sans partage sur Hollywood où il fait rire le public qui en redemande sans cesse. C’est presque logiquement qu’il finit par prendre la grosse tête.

I’m the one people come to see.

Il ne remarque d’abord pas cette jeune fan qui se faufile entre la sécurité pour se retrouver accidentellement à la une des journaux à ses côtés. Cette fan s’appelle Penelope Miller (Bérénice Bejo). Elle fait des claquettes en tant que figurante, avec un talent qui lui vaut d’être embauchée sur le même film que George. Tous les deux se rapprochent.

Penelope enchaîne ensuite les rôles pour se frayer un chemin jusqu’en haut de l’affiche. Elle devient Peppy. Son avènement se fait parallèlement à celui du cinéma parlant.

George se moque bien de tout ça. Trop aveuglé par son succès pour prendre le train de la nouveauté en marche.

Tu ne devrais pas rire George, c’est l’avenir!

Si c’est ça l’avenir, je vous le laisse!

Pourtant le producteur Al Zimmer (John Goodman) va avoir le nez creux en misant sur le cinéma parlant, et sur Peppy. George quitte son producteur par orgueil. Ses efforts pour produire ses propres films sont néanmoins inutiles. La roue a déjà tourné. Le cinéma muet devient rapidement obsolète et Georges avec.

Peppy a pris sa place.

Les gens en ont marre des vieux acteurs qui font des grimaces pour se faire comprendre. 

Le krach boursier met George sur la paille. Il met tous ses biens aux enchères puis commence à sombrer lentement dans l’alcool. Il se refait ses vieux films en boucle jusqu’à décider de les brûler, mettant le feu à son appartement.

Peppy comprend que George est dans la tourmente. Le cinéma lui manque. Alors elle met la pression à Zimmer pour qu’il embauche son ami. George découvre que Peppy est la mystérieuse acheteuse de tous ses biens qu’il a mis aux enchères. Coup de grâce pour l’ego.

Je me sens tellement mal. Je voulais juste t’aider. Prendre soin de toi…

Tous les deux s’embrassent. Ils ont l’idée de proposer un concept à Zimmer : une comédie musicale. Le producteur est emballé. Peppy et George se mettent en scène ensemble dans une numéro de claquettes dont le succès ne fait aucun doute.

Jean-Dujardin-Berenice-Bejo-The-Artist

L’EXPLICATION

The Artist, c’est la menace de l’ego (cf L’associé du Diable).

George est à l’image de ces grandes entreprises qui règnent sans partage jusqu’à ce qu’une innovation ne transforme l’industrie entière. Certains paquebot parviennent à prendre le virage de la modernité. D’autres trop lourds essaient de tourner sans pouvoir éviter l’iceberg (cf Titanic). Ce fut le cas du mastodonte Kodak qui s’est accroché à l’argentique en snobant le numérique. Ce fut le cas du géant Nokia qui ne crut pas au smartphone.

George n’est pas encore une légende et il risque de ne jamais le devenir car il s’est englué dans le confort de la célébrité – sans s’en rendre compte. Les applaudissements du public sont doux à l’oreille, si bien qu’il y a pris goût. George connaît la recette. Il ne veut pas prendre le risque de tout changer. Comme au Casino, George a accumulé les jetons et maintenant il joue serré. Trop serré. C’est un gagne petit dans un monde qui bouge, où personne n’est à l’abri. Lorsque le cinéma parlant décolle, George reste à quai. Pire il prend l’eau et sombre dans l’anonymat. Trop sûr de lui, il est coupable de ne pas avoir considéré l’opportunité du cinéma parlant ni d’avoir entendu les avertissements répétés de son producteur.

You and I belong to another era, George. The world is talking now. People want new faces, talking faces. I wish it wasn’t like this, but the public wants fresh meat, and the public is never wrong.

L’ego est une maladie qui aveugle un artiste dont l’existence dépend du bon vouloir de son public (cf Birdman). Plaire tout en étant flatté. Le problème de l’artiste est double :

    1. Le public veut parfois d’autres choses. Et le public n’a jamais tort.
    2. Si l’artiste est mal entouré, il peut devenir aveugle et sourd à la fois.

L’ego est tenace. Il pousse George à la dépression puisqu’il n’arrive pas à dépasser son glorieux passé. Il n’envisage pas la possibilité de tomber aux oubliettes. C’est pourtant sans bouger qu’il va scier lui-même la branche sur laquelle il est assis. Et son ego l’empêche tout simplement d’accepter les mains que lui tendent son producteur et aussi Peppy.

George prend conscience de son malheur.

Regarde ce que tu es devenu.

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Il n’existe plus (cf Hollywoodland).

George est un acteur muet, aujourd’hui il n’est plus personne.

Plutôt que de renaître de ses cendres comme un Phénix, il est paralysé, sans idée. L’amour va le sauver. Peppy est sa bouée. Elle n’a jamais voulu réussir sur la médiocrité des autres (cf Le Créateur). Contrairement aux autres, elle n’est pas dans la compétition, la preuve : elle laisse une place à son compagnon sur la piste de danse. Peppy a compris qu’elle aura peut-être à son tour besoin de George un jour. Car la femme a l’intelligence et la modestie de reconnaître qu’elle aussi peut tomber dans le piège de l’ego. Tous les deux ont su mettre les choses à plat comme Michael et Alice (cf When a man loves a woman). Ils forment désormais un couple équilibré qui peut avancer sereinement vers les défis de demain comme Damien et Alexandra (cf Je ne suis pas un homme facile).

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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